Gamera contre Barugon, de Shigeo Tanaka (1966)

Gamera contre Barugon

        Gamera ne chôme pas, les gars ! Enclenché en 1965 avec le film sobrement intitulé Gamera, la tortue géante réveillée par des expériences militaires terrorise, pardon fait rigoler les spectateurs à raison d’un film par an jusqu’au début des années 70. Le premier du nom, qui rappelons-le dois tout au hasard (il s’agissait d’un film de rats géants mais, faute de rats incontrôlables lors du tournage, les producteurs leur ont substitué une tortue géante !), est un succès surprise lors de sa sortie, faisant de la créature un sérieux concurrent au Godzilla de la Toho. Si ce premier film en noir & blanc offre une qualité indéniable (scénario, effets spéciaux, décors, mise en scène) et une bonne tranche de petits détails désopilants (certains dialogues ne s’inventent pas), le reste de la franchise, durant sa période initiale, laisse beaucoup à désirer. La faute à un ciblage essentiellement enfantin et donc aux éléments qui vont avec, notamment des personnages d’enfants insupportables qui tiennent le rôle titre, à des chansons insipides dont seules les Japonais et les années 60 ont le secret. Et puis disons-le, il faut se les farcir les suites innombrables qui utilisent les stock-shots des précédents films sans souci de cohérence narrative ni de respect photographique (il fait jour, ah il fait nuit, dis donc c’est qu’il dure long le combat entre les monstres ou c’est moi qui ait un problème de décalage horaire ?!).

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Birdman, de Alejandro González Iñárritu (2015)

Birdman

        Bon, déjà, disons le cartes sur table, écrire le nom du réalisateur n’est pas une mince affaire, merci le copier/coller pour le coup, et pour le prononcer, un petit topo s’impose les amis : on dit donc Alérandro Gonzalez Iniaritou (sic). J’espère que l’intéressé ne m’en voudra pas pour avoir écorché son nom.

        Tout ça nous amène au 5ème film de ce réalisateur qui, pour ma part, est l’un des plus talentueux de sa génération. On me siffle dans l’oreillette que le bonhomme vient de remporte l’Oscar du meilleur réalisateur, et bien c’est amplement mérité. Pour autant, Birdman ne manquera certainement pas de désarçonner les amateurs du réalisateur. Exit le principe du film-choral que celui-ci maniait avec une intelligence rare et méticuleuse. Ici le cinéaste adopte l’unité de lieu – un théâtre new-yorkais et le quartier qui l’entoure – et de temps – via l’utilisation d’un faux plan-séquence. Faux plan-séquence car, on le remarque si l’on prête attention, il y a plusieurs raccords dans le film, disposés très judicieusement et qui ne remettent pas en question le principe du film. Au contraire, la dimension méta textuelle reste parfaitement ludique et passionnante. Lire la suite Birdman, de Alejandro González Iñárritu (2015)

Peur Bleue, de Renny Harlin (1999)

        Renny Harlin, artisan du blockbuster d’action, s’attelle à un monster movie aquatique en 1999. Depuis le carton inter-sidéral des Dents de la Mer, on ne compte plus les films qui copient sans vergogne l’œuvre séminale de Spielberg, à commencer par de fieffés réalisateurs italiens pour qui l’absence de requin dans un film de requin ne pose guère de problème. Peur Bleue (à ne pas confondre avec le film sur la peur des schtroumpf), quant à lui, dispose d’un budget conséquent et cela se voit à l’écran, de nombreuses critiques à l’époque déplorant d’ailleurs une surabondance d’effets spéciaux au détriment de l’émotion. Et puis il faut dire que quand on embauche Samuel L. Jackson, Thomas Jane, LL Cool J. ou encore Stellan Skarsgård, et  bien, ça coûte un peu d’oseille. Le spectateur attentif verra d’ailleurs que la plupart des acteurs n’ont pas trempé la chemise, puisqu’on remarque de façon flagrante les doublures lorsque l’eau pénètre dans la base maritime top secrète.

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        Réalisé sans grande originalité, Peur Bleue est un divertissement du samedi soir, qui n’épargne pas les conventions les plus codifiées et rabâchées de ce style d’exercice, mais avec Renny Harlin à la barre, le spectacle  reste plutôt convainquant pour se laisser emporter par la vague. Trois requins génétiquement modifiés, devenus des tueurs implacables en quête de chair fraîche, se ballade dans un complexe scientifique top-secret (même si tout le monde sait où il se trouve…) bien nommé (Aquatica). Scénario classique, les scientifiques découvrent que leur idée de trouver une solution à la maladie d’Alzheimer en prélevant l’ADN des requins n’est pas forcément très malin, et comme ils le comprennent trop tard (en tout cas, bien après les spectateurs), ils doivent s’échapper du complexe aquatique en évitant de finir en plat de résistance pour les squales.

De fait, un tel synopsis fait de Peur Bleue un véritable slasher aquatique, les requins gigantesques remplaçant le boogeyman implacable et taciturne. L’équipe de scientifiques devient ici la bande de teenagers, en moins décérébrée certes, mais qui y passera quand  même ! Renny Harlin n’épargne personne, pas même les stars du film : Stellan Skarsgård et Samuel L. Jackson connaissent notamment des morts bien sauvages. Quant à ces satanées bestioles d’eau douce,  elles sont exterminées chacune selon une référence aux trois premiers Dents de la mer, soit par une bombonne de gaz, une électrocution, et des explosifs. Le docteur Susan McAlester, présentée comme l’héroïne principale, n’échappe pas non plus à la mort, manière de rappeler qu’à force de jouer avec la science, on finit par le payer. De ce côté là, Peur Bleue correspond parfaitement à l’idéologie moralisatrice d’un certain cinéma hollywoodien.

Dr. Gonzo

I… comme Icare, de Henri Verneuil (1979)

I... comme Icare

        Quand on aborde la filmographie d’Henri Verneuil, on ne peut qu’éprouver une immense admiration tant l’oeuvre est autant qualitative que quantitative, couvrant quarante ans de cinéma français, et du cinéma français de qualité s’il vous plait ! Après de nombreux films à succès et une expérience américaine, il fonde sa propre société V Films pour pouvoir réaliser I… comme Icare, un film qui lui tient à cœur. Basé sur l’assassinat de John F. Kennedy en 1963, I… comme Icare lui permet d’explorer la théorie du complot, et plus généralement l’illusion démocratique des sociétés contemporaines.

        Le film débute par l’assassinat du président Marc Jarry, récemment réélu, dans un environnement urbain évoquant la topographie de Dallas, là même où Kennedy a été tué. En nous montrant dès le départ que l’assassinat est un complot, avec le tueur employé pour couvrir le vrai commanditaire du meurtre, Henri Verneuil laisse le spectateur dans une situation inconfortable. Tout le reste du film suit l’enquête du procureur Henri Volney, le seul membre de la commission qui refuse de considérer Daslow comme le seul assassin. Mise-en-scène soignée, dialogues percutants, bande-originale signée Ennio Morricone, Yves Montand génialissime et brochette d’acteurs secondaires tout aussi efficace, voici la recette qui fait du film de Verneuil un immanquable du cinéma politique des années 1970. Au cours d’une séquence assez longue, c’est l’expérience du psychologue américain Milgram qui est recréée, visant à démontrer l’importance et la manipulation des gens par une autorité. Fasciné par la faculté d’obéissance et les conflits de conscience, Verneuil inclus cette expérience très connue menée dans les années 1960 pour donner plus de poids à la théorie du complot qui entoure l’assassinat du président. Institutions gouvernementales et organisation du crime sont liées dans cette sombre histoire, de même que dans de nombreux autres exemples qui ont fait l’Histoire par le passé, comme le découvre Volney.

Notons que le film se déroule dans un pays fictif mais, pour évoquer le plus possible les Etats-Unis, ce sont des lieux de Cergy-Pontoise et de la Défense qui ont servis de lieux de tournage. La Préfecture et le siège d’EDF de Cergy-Pontoise correspondaient parfaitement à l’ambiance moderne et urbaine pour illustrer l’action. Comme le rappelle le titre même du film, à trop s’approcher de la vérité, on se brûle les ailes, et le procureur Volney va le payer cher. Une fin prévisible et un peu expédiée, mais qui n’entache en rien un film à voir absolument.

Dr. Gonzo

Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, de Peter Jackson (2014)

Bilbo

        Toutes les bonnes histoires ont une fin, au plutôt un début. La Bataille des Cinq Armées clôture magistralement la trilogie du Hobbit en même temps qu’il ouvre l’une des plus grandes sagas cinématographiques, débutée il y a de ça 13 ans : Le Seigneur des Anneaux.

        Passé un premier acte mémorable offrant l’aboutissement de l’arc narratif de La Désolation de Smaug, notre cohorte de nains menée par Thorin et accompagnée de Bilbon revendique la Montagne Solitaire comme héritage légitime. Thorin devenant de plus en plus mégalomane et obsédé par l’Arkenstone, Bilbo décide d’offrir la gemme aux armées ennemies. La bataille des Cinq Armées qui s’annonce est, comme on pouvait s’y attendre de la part de Peter Jackson, épique, démesurée, et sublimée par une mise-en-scène toujours inventive – c’est à se demander où le réalisateur trouve les moyens de se réinventer au bout du 6ème film en Terre du Milieu. Les modifications apportées à l’histoire originale permettent d’étoffer un récit compact – 2h24 de film, le plus court de la trilogie mais pourtant énormément riche en événements. Cela permet aussi d’envisager les événements qui se déroulent dans le Seigneur des Anneaux, afin de faire le lien – ce qui est fait explicitement dans la dernière séquence, ô combien nostalgique !

The Hobbit

        Peter Jackson ne fait pas dans le détail, il nous livre la conclusion au Hobbit que l’on attendait (en tout cas, moi) : guerrière, suintante de moment de bravoure et d’épées qui butent sur les boucliers, de flèches transperçant les ennemis. On est donc bien loin de l’ambiance plus enfantine et slapstick du premier film. Tout cela bien sûr sans oublier l’essentiel et qui faisait déjà du Seigneur des Anneaux une saga d’heroic fantasy au delà du pur divertissement : l’universalité de son récit et sa portée émotionnelle. Vivement donc l’année prochaine et la version longue.

Dr. Gonzo

Le Monde, la Chair et le Diable, de Ranald MacDougall (1959)

Le Monde, la Chair et le Diable

        Il y a quelque temps j’avais parlé du Survivant de Boris Sagal (1971), sympathique film d’anticipation avec cette vieille canaille de Charlton Heston. A ce propos Princecranoir signalait, sur un thème similaire, un film de la fin des années 50 relativement peu connu et au nom biblique pompeux : Le Monde, la Chair et le Diable, dont il parle également dans un billet. C’est donc à mon tour d’en parler, afin de boucler la boucle.

         Dans la filmographie pléthorique du cinéma d’anticipation des années 50, Le Monde, la Chair et le Diable est peu souvent cité, à l’inverse des classiques Them!, Le Jour où la Terre s’arrêta ou L’invasion des profanateurs de sépultures. Il vient en effet un peu après la bataille, et le Noir & Blanc le marginalise encore un peu plus à une époque où la couleur domine.

        L’élégant Harry Belafonte se retrouve dans la peau de Ralph Burton, un mineur bloqué au fond d’un tunnel suite à un éboulement de terrain. Lorsqu’enfin il s’échappe du piège, il découvre un monde sans âme qui vive, des paysages désertés de toute trace humaine, seuls des témoignages visibles de ce que fût l’humanité.  Des journaux lui apprennent qu’une guerre nucléaire est à l’origine de cette dévastation. Le pauvre peut tout de même vivre puisque l’isotope radioactif utilisé est inefficace passé 5 jours. Pour un jeune Afro-Américain dans l’Amérique puritaine des années 50, c’est l’aubaine, il peut tout se permettre, même ce qu’on lui refusait quand les Blancs habitaient ce sol : vivre.  Décidant d’aller voir du côté de la Grosse Pomme – où il n’y a toujours personne – il flâne dans les boutiques, s’installe au dernier étage d’un building de grand standing non loin de Central Park.  Pour Ralph, l’ascension sociale est totale, mais il se sent un peu seul quand même.

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        Le film délaisse un peu la science-fiction pour plonger dans le mélodrame avec l’arrivée de Sarah, magnifiquement interprétée par Inger Stevens. Les deux personnages développent une relation amicale, mais Sarah ne tarde pas à exprimer des sentiments plus forts. C’est là que Harry Belafonte fait montre du potentiel politique du film, en particulier via des dialogues forts et justes. Ralph a peur que « les gens jasent » si jamais ils se montrent en public comme un couple, ce qui ne manque pas d’absurdité vu qu’il n’y a personne dans New-York.  Il fait remarquer à Sarah que dans des conditions normales, elle n’aurait jamais oser lui parler, appartenant à la société favorisée blanche. Belafonte se sert donc habilement du film de MacDougall pour exposer ses convictions humanistes et son combat pour les droits civiques, alors au cœur de l’actualité au moment où sort le film. Ce sous-texte politique n’est pas, de loin, la seule qualité du film. La mise-en-scène très soignée alliée à un Scope somptueux, ainsi qu’un New-York désert (filmé tôt le matin) en font un titre dans le haut du panier du cinéma d’anticipation.

         Rupture de tonalité dans la dernière partie du film, avec l’entrée en scène d’un nouveau survivant, Ben Thacker (Mel Ferrer, prestance virile et rassurée). Ralph devient pour le nouvel arrivant un obstacle dans la « possession » de Sarah, engageant le film sur le terrain du survival urbain post-apocalyptique, l’une des séquences les plus poignantes que l’amateur de cinéma de genre puisse rêver. Les bruits de pas résonnent dans la méga-nécropole, les toits des buildings constituent un point d’observation parfait pour la chasse à l’homme.  Mais au final, point de nihilisme dans ce récit parfaitement orchestré. Suivant à la lettre une sentence biblique ornant un monument de la ville, Ralph jette l’arme et c’est sur une réconciliation  fraternelle (et un ménage à trois qui n’est pas évoquer celui qui clôt le sulfureux Viridiana de Luis Buñuel deux ans plus tard) que l’on se quitte, avec pour intertitre de fin « The Beginning » ! De peu le cinéma annonce/précède l’évolution de la société, et ce film là se doit de ne pas être oublié avant qu’un politicien nous ramène tous en arrière.

Dr. Gonzo

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