Cheval de Guerre, de Steven Spielberg (2011)

Quand j’étais petit, j’avais une trouille bleue des chevaux. Il y avait un haras, pas loin de chez moi, et parfois mes parents m’y emmenaient et je devais les suivre près des box. La taille, mais aussi la tête concave et longue de ces grands canassons (je ne parle pas de mes parents) m’effrayaient et leurs gros yeux cernés de mouches (je ne parle toujours pas de mes parents) hantaient pendant plusieurs nuits mes cauchemars de petit garçon. Les yeux fermés, seul en pyjama dans mon lit trop grand, je voyais se pencher au-dessus de moi au beau milieu de la nuit un homme à tête de cheval, vêtu d’un sweat Waikiki et de baskets qui clignotent, et qui se mettait à me crier dessus en ouvrant grand les naseaux et les yeux : « Je t’avais dit d’emporter tes crayons de couleur !!! ». Je me réveillais en sueur ; pour moi, la nuit était terminée. Oui, je détestais les chevaux. Leur hennissement, leur respiration bruyante et le choc de leurs sabots sur le sol quand ils s’ébrouaient, ajoutaient à mon effroi et je ne pouvais pas m’en approcher ni les toucher, de peur qu’ils me happent avec leurs grandes dents à la Morandini et qu’ensuite… bah… Ils m’arrachent un bras ? Ils me mangent ? Enfin, toujours est-il que je refusais d’être à moins d’un mètre d’eux. Il n’y avait pas d’explication à cette peur, comme on n’explique pas la peur du vide, de l’orage ou des nains de jardin.

Depuis, cette angoisse a disparu, même si je reste méfiant vis-à-vis de la « plus belle conquête de l’homme ». Est-ce la raison pour laquelle ce film d’un réalisateur que pourtant j’aime beaucoup ne me tentait guère ? Allez savoir ! Néanmoins, par un pâle après-midi de juin, je me décidais à regarder Cheval de guerre et je lançais le DVD… J’allais le récupérer dans le jardin, un peu honteux, et cette fois-ci, je lançais le film correctement, à savoir dans le lecteur approprié.

L’histoire est celle d’un jeune anglais, Albert, dont le père fermier a acquis au prix fort – alors que la famille est au bord de la banqueroute – un beau et costaud cheval, baptisé Joey, qu’il compte utiliser pour labourer son champ, même si ce n’est pas le type de cheval approprié. Aussitôt, Albert se lie d’une grande amitié et d’une profonde passion pour son cheval, et on se dit que rien ne les séparera jamais, pas même la loi, pas même les hommes, pas même la mort, et encore moins leur religion respective (Joey est bouddhiste, tendance dure) !

Malheureusement, nous sommes en 1914 et la Première Guerre mondiale éclate. Or, en ces temps-là, mes enfants, les jeunes se tenaient tranquilles, et les chevaux jouaient encore un grand rôle militaire. Aussi, le père d’Albert, qui n’a plus un sou, décide sans en référer à son fils de vendre Joey à la cavalerie britannique. Le militaire qui acquiert le cheval jure au jeune homme en larmes qu’il prendra soin de son cheval : « Je ne le mangerais qu’avec de la vraie moutarde de Dijon et de la sauce à la menthe », prend-il soin de lui préciser.

Joey est envoyé au front, passant des champs de patates aux champs de batailles, et de la pluie britannique à la pluie d’obus. C’est le début d’une grande aventure pour le cheval. A l’heure où la guerre s’industrialise et s’ouvre à la technologie mortifère (gaz de combat, artillerie lourde, mitrailleuses, minitel…), Joey passe des mains des Anglais à celles des Allemands, soit pour fondre sur l’ennemi, soit pour tracter de gros canons. Il est ensuite recueilli dans une ferme française : il rencontre Alexandra Ledermann qui lui apprend à danser le jerk sur de la musique pop, avant d’être récupéré par les Allemands, où un petit caporal moustachu et nerveux vient lui murmurer à l’oreille le concept doux et berceur de « TOTALER KRIEEEEEEG !!! ».

Quoiqu’il en soit, le cheval ne laisse jamais indifférent ceux qui croisent son chemin, pour le meilleur et pour le pire, et très vite dans les rangs de la Tripe-Entente ou de la Triplice, Joey devient une Starr, pardon, une star (j’avoue, c’était facile…). Décidé à retrouver ce cheval qu’il s’était juré d’épouser à la White Wedding Chapel de Las Vegas, Albert, malgré son jeune âge, s’engage dans l’armée britannique et part pour le front français, au sein d’un des conflits les plus sanglants du XXe siècle. Une vraie boucherie… chevaline ! Ah ! Ah !

« Tu vas rire, mais j’ai mangé ta mère en lasagnes ce midi ! »

Au sortir du film (sur fond orangé avec soleil couchant), j’étais un peu embêté. D’abord, parce que Spielberg m’a peu déçu dans sa longue carrière, mais que là, c’était le cas. Ensuite, parce que je venais de me rendre compte que ça faisait maintenant dix jours que je n’avais pas sorti ma grand-mère de la cave… Attendez une minute…

MAMIE ?!!!………………………….

Bon…

Je reprends et j’explique ma (petite) déception. Certes, la photo est magnifique et certains plans sont de toute beauté. L’on a également droit à quelques belles scènes, comme lorsque Joey se retrouve prisonnier des barbelés et que deux combattants ennemis arrivent chacun de leur tranchée pour l’aider, profitant de cette occasion unique et inhabituelle pour faire connaissance. Bien trouvé. Néanmoins, les musiques, grandiloquentes, sont agaçantes, surtout en première partie du film. Pour une fois, John Williams déçoit. On a parfois l’impression qu’au détour d’un plan, alors que les violons s’envolent, Laura Ingalls va courir vers nous des pâquerettes à la main en sautillant par-dessus les herbes hautes, accompagnée de ses amis les papillons. Le film dégouline de bons sentiments, réguliers dans l’œuvre de Spielberg, mais ici franchement à la limite du pathos.

Malgré cela, on ne peut pas dire que Cheval de guerre soit fort en émotions. Oui, la guerre c’est mal. Oui, les hommes se conduisent comme des animaux et même un cheval ou une poule peuvent se montrer plus dignes qu’un être humain. Et puis – désolé les amis des bêtes –, cette description de la Première Guerre mondiale, véritable carnage humain avant tout, principalement axée sur l’histoire d’un cheval, moi ça m’a un peu mis mal à l’aise. Surtout quand, comme moi, on l’a faite cette putain de guerre ! Ah ! Je vous raconte pas Verdun, mes enfants ! Je vous raconte pas parce que j’y étais pas… Je fabriquais des pointes pour les casques allemands, à l’arrière… Faut bien gagner sa vie ! Eh !

Au final, ce film au petit trot m’a semblé long, parfois ennuyeux, un peu trop lisse, quelques fois intéressant. Je n’ai pas détesté, je n’y ai pas non plus pris du plaisir. J’irais presque jusqu’à dire que c’est un film destiné à la jeunesse. Presque. D’autant que le film est tiré d’un roman pour enfants de Micheal Morpurgo, publié en 1982. En tout cas, ça n’est certainement pas celui des films de Spielberg que je reverrais le premier. Bref, un petit Steven, mais un film qui se regarde quand même, surtout pour les amateurs d’équitation ou les fans de Sophie Thalmann.

Haydenncia

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