«Si une chose peut mal tourner, elle va infailliblement mal tourner.»

      «Si une chose peut mal tourner, elle va infailliblement mal tourner.» Cet adage résume de façon simpliste la loi de Murphy. Selon l’ingénieur Edward Murphy (1918-1990), un emmerdement n’arrive jamais seul, et le fait que l’homme dispose de plusieurs moyens d’arriver au même but (l’un bon, l’autre mauvais entraînant une catastrophe) le condamne à choisir le mauvais moyen – un jour ou l’autre.

      Pourquoi cette entrée en matière brutale ? Parce que Monty Brogan – le personnage joué par Edward Norton dans La 25ème Heure – évoque la loi de Murphy dès les premières minutes du long-métrage de Spike Lee, et que tout le film tourne autour de ce concept. Montgomery « Monty » Brogan est arrêté en possession d’une importante quantité d’héroïne et est condamné à sept années de prison. Il passe son dernier jour de liberté sous caution en traînant avec ses deux meilleurs amis, Jakob Elinsky (Philip Seymour Hoffman), Frank Slaughtery (Barry Pepper), son père (Brian Cox), et sa petite amie, Naturelle Riviera (Rosario Dawson). Au cours d’une longue nuit de fête, il repense à sa vie, où et quand il a raté le coche, comment son incarcération touchera ses proches et comment survivre en prison.

      Les premières images du film synthétisent d’emblée ce que veut dire le réalisateur aux spectateurs. Monty et son ami mafieux récupère sur une route en construction un chien qui a été tabassé. Après avoir voulu achever le sort du pauvre animal avec une arme, Monty décide de le prendre avec lui pour le soigner. Les clés de lecture du film sont données : le mafieux russe symbolisant la chute de Monty, son ticket pour la prison; la route en construction représentant la tentative de reconstuction identitaire de Monty pendant tout le film; et enfin le sort accordé au chien, qui tranche avec le propre sort de Monty, qui ne peut échapper à la prison.

      Lorsqu’il réalise La 25ème Heure en 2002, Spike Lee décide d’intégrer les événements du 11 septembre 2001 dans le scénario, alors que le livre dont il est adapté était écrit avant l’épisode du World Trade Center. Il en résulte un questionnement poignant sur la façon dont New-York fait face à ce drame, sur l’impact que cela a sur les New-Yorkais. C’est aussi une corrélation avec l’existence de Montgomery (sa future reconstruction et celle de la ville). Quoi qu’il en soit, la scène montrant Jakob et Frank dans le salon de ce dernier, avec la caméra qui approche lentement de la fenêtre dévoilant ground zero (le tout sur une musique frisonnante d’émotions) ne laisse personne indifférent. Le cinéaste, comme à son habitude, nous abreuve de quelques pépites de mise en scène et filme ses personnages au plus près de leurs faiblesses. Car Spike Lee, au même titre que Martin Scorsese, se démarque par son habileté à diriger les acteurs. Que ce soit Philip Seymour Hoffman, Barry Pepper, Rosario Dawson ou bien sûr Edward Norton – ici au sommet de son art, une fois n’est pas coûtume – tous crèvent l’écran. Le pari – réussi – de Spike Lee est d’ailleurs de faire du personnage principal un homme respectable et sympathique, alors même qu’il s’agit d’un dealer ayant des liens avec la mafia.

      C’est aussi la question du multi-culturalisme de l’Amérique qui est traitée (une autre récurrence dans la filmographie de Lee). La scène inoubliable des « Fuck You » devant la glace du restaurant laisse un sentiment d’amertume au spectateur, lorsque chaque ethnie en prend pour son grade. C’est le signe du désespoir de Montgomery, qui en veut à chacun, se cherchant une excuse pour avoir foiré sa vie. Cette scène montre à quel point il est facile de tomber dans la haine de l’autre, par facilité, pour ne pas avoir à se remettre en question personnellement. Usant d’une intertextualité cinéphilique (le film cite aussi bien American History X, Cool Hand Luck (1967) avec Paul Newman ou encore ses précédents films), Spike Lee fait monter la tension jusqu’au dénouement, ou plutôt jusqu’à l’absence de dénouement et cette scène finale absolument grandiose qui ne finit jamais de tourner dans nos tête après le mot « FIN »… Qu’importe d’ailleurs si le réalisateur n’opte pour aucune fin définitive pour clore son film, il nous a préparé dès le début à considérer l’échec de Monty comme insurmontable. Par sa multitude de choix, « l’homme est condamné à être libre » (versez un royaltie à Sartre) et à choisir un jour le mauvais, celui qui sera irréversible.

         Bref, La 25ème Heure reste pour moi un film intelligent, poignant, et qui mérite d’être vu par un plus grand nombre de personnes qu’actuellement…

Titre original : 25th Hour
Réalisation : Spike Lee
Scénario : David Benioff, d'après son roman éponyme
Chef opérateur : Rodrigo Prieto
Musique : Terrence Blanchard et Bruce Springsteen
Production : Spike Lee et Tobey Maguire
Avec : Edward Norton, Philip Seymour Hoffman, Barry Pepper,
Rosario Dawson, Anna Paquin, Brian Cox...
Durée : 135mn
Distributeur : Gaumont Buena Vista International
Sortie en France : 12 mars 2003

                                                        Dr. Gonzo
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