Robin des Bois, de Ridley Scott (2010)

Oudelali, bonnes gens ! Voici un film sur Robin des Bois quelque peu innovant, puisqu’il propose de raconter comment ce petit archer anglais est devenu la légende qu’on connaît. Celui qui volait aux riches pour donner aux pauvres, et une fois les pauvres devenus riches, qui les volait à leur tour pour donner aux riches devenus pauvres, et ainsi de suite. En fait, ce mec-là avait trouvé une bonne excuse pour expliquer sa cleptomanie !

Nous sommes donc à l’aube du XIIIe siècle, le 6 avril 1199. Il est 8h43. Il fait 22,5°. Le vent est de secteur Est pour 10 à 20 km/h.

Après avoir assisté à la mort de son monarque et chef de guerre Richard Cœur de Lion (le cousin du moins connu Régis Rognon de Poule) lors du siège du château de Châlus, Robin Longstride, humble archer anglais, décide de retourner en Angleterre. Sur place, le frère de Richard, Jean sans Terre, vil, cupide, fan des Sex Pistols, est devenu le nouveau monarque – incompétent – d’Angleterre. Son obstination à prélever des taxes plonge un royaume déjà affaibli dans une misère et une corruption encore plus grande, et la menace d’une guerre civile. De plus, la France de Philippe Auguste s’apprête à profiter de cette situation alarmante pour envahir cette terre où pourtant il pleut tout le temps, où la nourriture est bouillie et où les desserts consistent en de la gelée qui remue quand on la touche à la manière d’un sumo sur une chaise électrique. Autant dire qu’il fallait vraiment être motivé !

Les circonstances poussent Robin et ses joyeux compagnons jusqu’à Nottingham et ses environs, en proie à la pénurie, à la pauvreté. Robin y rencontre Lady Marianne, veuve de Robert Locksley, demi-sœur d’Elton John. Robin et Marianne se font face à face. Cupidon intervient alors, bande son arc et tire la flèche de l’Amour. Robin l’observe, se moque de la technique du chérubin et explique que « C’est un arc que t’as entre les mains gamin, pas un ravioli ! ». Cupidon, vexé et n’ayant pas tout compris de la subtilité de cette phrase, disparaît dans un nuage, non sans avoir annoncé que le jeune couple se séparera avant dix ans à cause d’une affaire de cocufiage et d’adoption glauque.

L’infâme Godfrey

Au départ, le film de Ridley Scott devait montrer le Shérif de Nottingham sous un beau jour, et Robin des Bois devait apparaître comme un personnage pas si glorieux que ça. C’eut été encore plus audacieux, peut-être même un peu trop. Russel Crowe en tout cas, à qui l’on avait proposé le rôle du justicier anglais, était alors prêt à quitter le projet. Finalement, l’histoire fut réécrite dans un sens plus classique et Russel Crowe accepta le rôle. L’acteur australien peut d’ailleurs surprendre par sa carrure massive et son air taciturne, taiseux, dans ce rôle qu’on a le plus souvent attribué à des acteurs filiformes et plus souriants, d’Errol Flynn à Kevin Costner. Toutefois, je l’ai trouvé convaincant, voire émouvant, avec son petit regard de chien battu qu’il nous avait déjà adressé dans Gladiator. Les deux autres personnages les plus intéressants du film sont pour moi Lady Marianne (Cate Blanchett), flamboyante, courageuse, loin de la potiche qu’on attendait, et l’affreux et opportuniste Godfrey (Mark Strong), parfait avec son petit accent français dans la version originale : « Vous êtes anglais ! » lui lance-t-on devant sa traitrise, et lui de répondre : « Quand il le faut… ». Ça nous manque des hommes comme ça de nos jours, qui voguent d’un pays à l’autre en fonction de la politique et des circonstances ! Quoi Arnault ? Qui Arnault ? M’enfin !!!

On retrouve dans ce Robin des Bois la plupart des compagnons de Robin, comme Petit Jean, Frère Tuck, Allan le ménestrel, Will l’Ecarlate et Assurancetourix. L’Angleterre décrite ici est boueuse, violente, à la limite de l’anarchie. En même temps, qu’est-ce que ça fait du bien de voir une Angleterre sans The Sun, le prince Charles et autres One Direction !

Quelques éléments viennent toutefois altérer le film. Certains spectateurs seront en premier lieu déçus par cette manière de réécrire le mythe de Robin des Bois, longtemps décrit comme un noble du nom de Locksley, invention de l’écrivain écossais Walter Scott dans son Ivanhoé de 1819. Pour ma part, cela ne m’a pas gêné et je trouve la trame crédible, d’autant que depuis sa création au début du XIIIe siècle, le personnage de Robin a été tour à tour chef d’une équipe de lutteurs de foire, hors-la-loi roturier, yeoman (« homme libre »), fermier indépendant, et, à partir du XVIIe siècle, noble révolté. Marianne elle-même est apparue à cette époque, et le frère Tuck est une création du XIXe siècle.

Autre différence avec ce que l’on connaît habituellement de l’histoire de Robin des Bois : dans le film de Ridley Scott, Richard Cœur de Lion n’est pas retenu prisonnier, mais meurt au début de l’histoire. Là encore, cette variante ne m’a pas gêné. Le film serait même plus crédible et, par certains aspects, plus réaliste que ses prédécesseurs – la version la plus réaliste restant celle de Disney, car tout le monde sait que Robin des Bois était un renard !

Par contre, la dimension « nationaliste » de l’œuvre m’a un peu plus agacé, surtout quand on sait que Richard Cœur de Lion, présenté comme le Sauveur de l’Angleterre et le Premier des Anglais, avait autant d’affinités avec l’Angleterre qu’un chauve avec un peigne. Quant aux Français, ce ne sont dans cette version que des soudards avinés et arrivistes, et Philippe Auguste est un roi bien faiblard, par rapport au vrai grand roi qu’il était (houlà ! De Villiers, sors de ce corps !). Le film n’est d’ailleurs pas à un anachronisme prêt, le plus agaçant pour ma part étant celui des barges de débarquements françaises sur les plages anglaises, genre « Il faut sauver le soldat Robin ». Tant qu’à aller jusqu’au bout, autant mettre des blockhaus en bois et en chaume ! Néanmoins, passé ce détail, Ridley Scott prouve une fois de plus qu’il est un grand filmeur et un grand orchestrateur de scènes de bataille.

Au final, Robin des Bois est un film bien réalisé, haletant et distrayant. Les puristes en Histoire seront parfois agacés, mais si l’on devait tout respecter à la lettre, cela donnerait ou des films de huit heures, ou des films ennuyeux à mourir. Un peu de fantaisie ne fait donc pas de mal, que diable ! Pour conclure, cette citation d’Horace, en lien avec le film : « L’arc n’atteint pas toujours la cible qu’il menace » ; ce proverbe mongol : « On ne se lasse pas de l’arc parce qu’on est revenu bredouille de la chasse » ; et cette question d’Alain Delon : « Vous n’avez pas vu Mireille Darc ? ».

 Haydenncia

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