Le Pianiste, de Roman Polanski (2002)

Il y a certains films ou sujets sur lesquels faire de l’humour serait tout de suite mal considéré et interprété. Le Pianiste est un de ceux-là. Je vais donc rester prudent en critiquant ce chef-d’œuvre. Désolé, mais je ne veux pas que la LICRA, le MRAP, le CRIF, le CRAN, le CRAC et le CROUS me tombent dessus un jour ou l’autre. Pas d’humour pour cette fois, mes p’tits loulous.

Voilà un film très personnel dans l’œuvre de Roman Polanski. Lui qui, enfant, a grandi à Cracovie, a subit de nombreuses épreuves pendant la guerre et a perdu sa mère dans les camps de déportation en 1941, décide en tournant Le Pianiste de renouer avec ses racines polonaises.

L’histoire se déroule à Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale. Wladyslaw Szpilman, superbement interprété par Adrien Brody, est un pianiste juif talentueux et reconnu, jusqu’au jour où les nazis s’emparent de la ville et supprime au fur et à mesure tous les droits des 500 000 juifs, avant de les entasser dans un ghetto (il restera une vingtaine de juifs à Varsovie en janvier 1945). Szpilman parvient à s’échapper du ghetto, sans sa famille qui sera déportée. Il se cache dans des immeubles détruits, se terre, seul et épuisé, dans un grenier. Il est miraculeusement sauvé par un officier allemand, Wilm Hosenfeld, amoureux de Chopin.

En 1939, le vrai Szpilman, 32 ans, jouait à la radio polonaise Nocturne en ut dièse mineure op. 27 de Chopin, qui fut interrompu par les bombes. Il termina le même Nocturne en 1945, quand Radio-Varsovie reprit ses émissions. Il fut effectivement sauvé par un officier allemand, qu’il tenta vainement de retrouver après la guerre. Ce dernier mourût sept ans après la fin de la guerre dans un camp près de Stalingrad. Il s’agissait d’un enseignant catholique convaincu, ancien combattant de 14-18, sauveteur de plusieurs juifs (ce que le film ne développe pas).

Dans le film, cette rencontre finale entre deux individus qu’apparemment tout oppose, est la scène la plus émouvante. Ou comment ce clochard, avec sa barbe et ses haillons, qui semble avoir tout perdu de son humanité, se retrouve devant un piano, et, timidement mais sûrement, se met à jouer Chopin devant l’officier nazi (symbole de la barbarie absolue) mélomane : les deux redeviennent alors l’espace d’un court instant des hommes à part entière, coupés de la politique, coupés de l’idéologie, sans haine. Un moment magnifique, à la limite de l’absurde. Le Pianiste est de fait un film bouleversant, et qui ne cherche pas à tout prix à faire pleurer (tout le contraire de La Rafle, Rose Bosch, 2009). Cette émotion émane en grande partie du jeu impressionnant, plein de sensibilité, de réserve, d’Adrien Brody. 

Voilà donc un film qui selon moi, mérite amplement sa palme d’or cannoise en 2002 et ses sept césars l’année suivante, ainsi que des louanges partout dans la presse. Cependant, on entendit çà et là quelques voix discordantes : « Trop esthétique… aseptisé… académique… pénible… consensuel… ». Dans Le Monde, Thomas Sotinel écrivit : « Qui saura jamais pourquoi, de l’histoire qui lui est sans doute la plus proche, Polanski a tiré l’un de ses films les moins personnels ? »

Dans le livre dont le film est tiré, le jeune Spilzman s’enfuit en courant ; dans le film, il s’enfuit en marchant. Ronald Harwood, scénariste du film, expliqua pourquoi : quand on emmena son père, celui-ci souffla au jeune Roman : « Va-t-en… Ne cours pas. » Son film le moins personnel ?

 Haydenncia

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