The Hunger Games, de Gary Ross (2012)

Voilà un curieux long-métrage. Inspiré du premier livre d’une trilogie de science-fiction débutée en 2008 (Suzanne Collins), The Hunger Games, c’est un peu comme si la Rome antique décadente et ses combats de gladiateurs avait connu la télévision et Karl Lagerfeld… Mais, on trouve aussi dans ce film un peu de Koh-Lanta et de Robinson Crusoé. L’observateur attentif y décèlera également quelques clins d’œil lancés à Robin des Bois, Interville, Pascal Obispo et La Chance aux Chansons de feu Pascal Sevran. N’omettons pas néanmoins sa flagrante ressemblance avec un film japonais sorti en 2000, Battle Royale (Kinji Fukasaku) et un livre de Stephen King, Running Man (1982). On dit ça, on dit rien.

Ah ! Mais, qu’est-ce donc ? Je vous entends réclamer, avides et insatiables : « Le pitch ! Le pitch ! Le pitch ! ». D’accord. A la confiture ou au chocolat ? (ceux qui auront compris cette blague, somme toute pas drôle, auront 15 points d’avance)…

Dans une Amérique post-apocalyptique connue sous le nom de Panem (cf. « Panem et circenses », elle est là l’idée ! eh !), un régime répressif, le Capitole, organise chaque année un jeu télévisuel destiné à mater le moindre risque de rébellion, et à maintenir une atmosphère de terreur chez les « districts », sortes d’arrondissements autrefois principaux déclencheurs et acteurs d’une terrible guerre civile. Katniss Everdeen, adolescente de 16 ans habitant dans le district 12, doit cette année participer à ce combat de gladiateurs des temps futurs, où se battent à mort de jeunes filles et de jeunes garçons jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul survivant, grand vainqueur des « Hunger Games ».

Pierre de Coubertin nous avait proposé en 1894 de ressortir du placard les Jeux olympiques antiques pour en faire un symbole d’entente entre les peuples à travers le sport. Belle initiative, belle idée. Là, c’est un peu plus tendancieux comme principe. En gros, il s’agit d’une punition depuis que des districts ont tenté de se soulever et ont foutu la merde dans ce beau et grand pays qu’est l’Amérique (le district 13 a d’ailleurs été rasé en signe d’exemple). A partir de ce jour, les districts ont été soumis par la force et lors des Hunger Games (j’adore ce titre, je le répèterai nuit et jour), chacun d’entre eux doit envoyer un garçon et une fille, âgés entre 12 et 18 ans, pour se faire massacrer ou devenir le grand vainqueur.

Les jeunes gens sont d’abord choyés… puis isolés dans une arène cathodique prenant la forme d’un vaste écosystème, avec des caméras partout et des pièges mortels qui te tuent tout de suite que t’as même pas le temps de dire « Attention ! Y a un p… ». A la fin, il ne doit rester qu’un seul survivant et du sang un peu partout. Classe comme principe. Que fait Endemol ? Mais, que fait Endemol ? Et comme Panem est une dictature, toute la population est obligée de regarder les jeux, un peu comme quand en France, toute la population se sent obligée (maigre nuance) de regarder TF1.

Dans The Hunger Games, la nation de Panem est donc une dictature au parti unique. Un régime sanglant bâti sur les ruines que l’on devine fumantes des Etats-Unis d’Amérique (dans le livre, Panem se situerait quelque part dans les Rocheuses). Je me disais d’ailleurs pendant le film que parmi les grands idéologues du régime doit se trouver Lady Gaga, tant les costumes de la population du Capitole sont excentriques et baroques.

Certains ont les cheveux bleus, comme Caesar Flickerman (Stanley Tucci,), présentateur vedette des Hunger Games ; mais on trouve également des vêtements sponsorisés par Stabilo Boss, des femmes et des hommes maquillés comme des poupées, des coiffures extravagantes et des barbes soigneusement dessinées… Cet aspect kitsch peut d’ailleurs dérouter et on peut le trouver hideux… ou bien amusant. Je balançais pour ma part entre ces deux idées.

Je vois que quelqu’un lève la main, au troisième rang. Quel est l’objectif du film, me demandez-vous. Vous pouvez vous rassoir. Oui, sur la chaise ça serait mieux. Eh bien, c’est très clair et ça fait même mal aux yeux tellement c’est éclatant : The Hunger Games (à prononcer ainsi : Zeuh Hhhhunnger (‘r’ roulé) Gggaïmsss) cherche à dénoncer ce genre de téléréalité qui, aujourd’hui filme des individus cloîtrés dans une maison, mais demain ? Vers quelle dérive notre société consumériste et avide de spectacle se dirige-t-elle ? Le morbide ? La cruauté ? L’élimination physique des plus faibles ? Le crime comme distraction ?… Que c’est beau ce que je viens d’écrire là, on dirait du Michel Onfray, ou du Patrick Carmouze…

Deuxième question, là-bas : ce que fait Lenny Kravitz dans ce film ? J’en sais rien. Allez lui demander !

The Hunger Games se divise en deux parties : la première montre la vie misérable au district et « l’avant-match », quand les adolescents s’entraînent et sont dorlotés. La seconde commence avec le lancement du « survival », dans une immense forêt où chacun doit se tapir et tuer pour ne pas être tué. La deuxième partie est la plus trépidante. Quant à l’actrice principale, Jennifer Lawrence, elle se débrouille bien et au moins, avec son visage « banal » (je suis en panne de vocabulaire, mais en gros, cette fille pourrait être votre voisine) qui l’éloigne d’une babydoll échappée d’un stage en anorexie, elle ajoute une certaine crédibilité à l’histoire.

Cependant, j’ai quand même trouvé que le film était sans cesse à la limite du malsain. Sans doute est-ce voulu, puisqu’il s’agit de critiquer les dérives de la télépoubelle. Mais, quand on voit des jeunes, tout jeunes gens avec des visages poupins se faire poignarder par d’autres du même âge, ça vous laisse un petit arrière-goût de bile et de rhum-vodka.

Il est clair que The Hunger Games franchit un tabou en montrant des enfants s’entretuer. Le film dérange, c’est un fait. Non pas qu’il soit sanguinolent ou violent physiquement, même s’il l’est tout de même un peu, mais plutôt par son caractère contre-utopique, nihiliste, apocalyptique dans lequel les uns se repaissent de la mort des autres et en font même un spectacle organisé en grandes pompes (et les uns, ici, sont ceux qui vivent dans la « capitale », à savoir les plus fortunés… Un jour, faudra penser à la faire, cette révolution ^^). Bon, ça n’est pas non plus aussi fin que je veux bien le laisser croire et le film y va un peu avec ses gros sabots, mais l’idée générale est fort louable.

Fable cauchemardesque sur les dérives de la société occidentale, The Hunger Games est un film plus intelligent que son horrible affiche veut le laisser croire. S’il ne m’a pas convaincu totalement – le film paraît quand même un peu impersonnel et très hollywoodien, il contient de plus quelques facilités scénaristiques –, j’ai trouvé que c’était une assez bonne surprise (je partais avec des a priori). En tout cas, il soulève des questions.

Bon, je vous laisse : c’est l’heure d’aller regarder Les Anges de la téléréalité.

Haydenncia

La critique du second volet de la trilogie, c’est ici.

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