Skyfall, de Sam Mendes (2012)

        Tout commence par une image qui témoigne de la trajectoire de James Bond depuis plus de 20 ans au cinéma : un couloir plongé dans une semi-obscurité, un homme dont les contours sont floutés au loin se rapproche lentement de l’axe de la caméra, perdu, comme sans repères. Il s’immobilise devant l’objectif et on distingue nettement le visage inquiet de Daniel Craig. Un plan d’introduction comme une note d’intention de la part du réalisateur ? On peut effectivement se demander si Sam Mendes remet en question les errances interminables de 007 depuis Permis de Tuer (1989). L’espion du MI6 est quoi qu’il arrive source de pognons pour ses créanciers, donc pourquoi chercher la qualité là où le strict minimum suffit, voire le nivelage par le bas (cf. Quantum of Solace). Alors pour une fois qu’on nous sert un James Bond de haute volée, sortons le martini !

La toute première séquence du film : un James Bond angoissé qui cherche son chemin dans un long couloir obscur, ou comment remettre en question la trajectoire foutraque que connait l’espion depuis près de 20 ans.

        On pouvait pourtant avoir des doutes quant au choix de Sam Mendes pour réaliser cet opus, tant l’homme est éloigné du genre action/espionnage, mais force est de constater qu’il parvient justement à insuffler tout sa maîtrise du cadrage et sa vision d’auteur. Contrairement aux précédents, le rythme est ici assez lent – sans jamais faire tomber le suspense, bien au contraire – dans la tradition du film d’espionnage old school (on avait déjà eu droit au magnifique Tinker Tailor Soldier Spy en début d’année). Mais le film ne serait pas le petit bijou visuel qu’il est sans le travail du chef-op’ Roger Deakins, fidèle collaborateur des frères Coen. Le long-métrage baigne à la fois dans une ambiance angoissante et dans une aura quasi religieuse et mystique par moments. Symbole du compromis entre ancien et moderne, entre héritage de la franchise et nouveau départ, l’opposition entre des scènes gorgées de technologie (le passage d’infiltration à Shanghai, puis celui à Macau, sont de véritables merveilles d’inventivité et de jeux de lumières claires/obscures, chaudes/froides) et un final signé comme un retour aux sources, dans la demeure familiale des landes écossaises, sans autres lumières que les premières lueurs du crépuscule et les flammes. Un très grand dernier acte donc, à l’influence assumée de Straw Dogs (1971, Sam Peckinpah).

        Et Daniel Craig dans tout ça ? Et bien l’acteur s’en tire honorablement, marque des points avec des punch lines mémorables et sa façon robotique de courir. Le scénario, minimaliste, se focalise surtout sur la relation entre OO7 et M, relation aux connotations plus que freudiennes, ainsi qu’au conflit opposant James Bond et Silva, interprété avec brio par Javier Bardem. S’enlisant quelquefois dans une certaine redondance, cette intrigue à tout de même le mérite de proposer quelque chose d’original au sein de l’univers bondien, et offre des dialogues très bien écrits. On peut voir en Skyfall le Dark Knight de James Bond, tant on peut trouver des points communs, en commençant par le héros torturé dans sa quête existentielle, le bad guy conscient de sa folie et préparant un sale coup chaotique, la confrontation psychologique plutôt que physique… Silva symbolise ainsi l’alter-ego diabolique de OO7, dans une lutte de consciences au sein d’une même « famille », sans jamais perdre de vue le rôle joué par la « mère » qui les a engendré.

        A la manière de The Dark Knight Rises, Skyfall est pour moi un grand film mais handicapé par des défauts irritants. La façon quasi-obsessionnelle de rendre hommage ou de citer les précédents opus de la franchise – par des images, des dialogues ou des objets – m’a quelque peu dérangé. Alors soit, c’est les 50 ans de James Bond et il faut marquer le coup, mais quand même « faut pas pousser le bouchon trop loin », comme le disait un gosse qui mangeait trop de yaourts Nestlé à son poisson Maurice. De même terminer un film aussi intense au niveau psychologie du héros par un retour dans le mythique bureau d’antan, comme si rien n’avait changé, c’est un peu la happy end du pauvre, le meilleur moyen d’effacer l’épreuve subie par Bond pendant tout le film. Malgré ces petits défauts qui ne font sans doute tiquer que les grincheux comme moi, courrez voir Skyfall si ce n’est déjà fait, vous prendrez une bonne claque in your face (et j’insiste car un travail visuel aussi abouti gagne à être vu sur grand écran).

OO7 dans une pose à la Batman
Titre original : Skyfall
Réalisation : Sam Mendes
Nationalité : Royaume-Uni
Scénario : Neal Purvis, Robert Wade, Peter Morgan, John Logan
Chef opérateur : Roger Deakins
Musique : Thomas Newman, Skyfall par Adele
Avec : Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Naomie Harris, 
Bérénice Marlohe, Ralph Fiennes...
Production : EON Productions, MGM, Columbia Pictures
Distributeur : Colombia Pictures
Durée : 143mn
Sortie en France : 26 octobre 2012

                                                    Dr. Gonzo
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6 réflexions sur “ Skyfall, de Sam Mendes (2012) ”

  1. Pour la relation entre James Bond et M c’est plutôt à connotations œdipiennes que freudiennes. Bonne critique sinon, je suis globalement de ton avis, gros.
    Je suis plus mitigé sur le jeu de Daniel Craig qui me semble encore un peu fade.

  2. Oui c’est carrément oedipien. Allez on va dire que c’est un drame lacanien ^^ Daniel Craig a vraiment son jeu à lui, après je trouve que ça tient la route, sans être exceptionnel non plus.

  3. Un très bon « M Bond », malgré un léger passage à vide au milieu du film. Mais, la dernière partie nous offre un spectacle de haute qualité, et rien que pour elle et Javier Bardem, il faut aller voir Skyfall ! Aussi bon que Casino Royale, bien meilleur que Quantum of Solace.

  4. Ce Bond-là m’a réconcilié avec la franchise 007…je l’ai même trouvé un cran au-dessu de « Casino Royale ». La bonne surprise de cette automne !

  5. Je pense depuis quelques années que Daniel Craig est l’un des meilleurs Bond. Du moins, son jeu « robotique » me séduit beaucoup et il m’a d’ailleurs réconciliée avec la franchise. Pas loin d’égaler Casino Royale, ce volet est fabuleux s’il n’évite pas quelques facilités en terme de scénario et un bad guy peut-être génial mais qui rappelle en trop de points le Joker de The Dark Knight. En dehors de tout cela, Sam Mendes a assuré au-delà de toutes espérances 😉

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