Mississippi Burning, d’Alan Parker (1988)

On se souvient tous de cette image où Ronald Reagan se jette sur le front de Gorbatchev avec du Cillit Bang et un chiffon, et se met à frotter le crâne de l’homme politique russe en lui expliquant, alors que l’autre essaie de se dégager : « Laisse-moi faire Mikhaïl ! Je vais te l’enlever cette grosse tâche que t’as sur le front ! ». Image frappante, terrible et pourtant pleine de sens en pleine Guerre froide : l’Amérique impérialiste et capitaliste voulait « nettoyer » le monde du communisme tout aussi impérialiste, mais égalitariste et totalitaire. Enfin, en même temps, je ne sais pas pourquoi je dis ça ! Mais, qu’est-ce que je raconte ! Nom de dieu, mon cerveau déconne et ne parvient pas à placer des introductions en rapport avec le film voulu ! Mississippi Burning n’a rien à voir avec Reagan ou Gorbatchev, alors pourquoi ce lancement ? J’ai peur. J’ai froid. J’ai faim. Je me perds dans l’abyme de ma divagation…

Concentre-toi, Haydenncia, concentre-toi. Contente-toi de nous parler du film, au lieu de vouloir à tout prix faire des lancements drôles et absurdes, quitte à délirer. Parle-nous de Mississippi Burning et de ce que tu en as pensé… Oh ! Mon Dieu !… Qui me parle ?… Y a quelqu’un dans ma tête !…  Aaaahhh !!!

1964. Etat du Mississippi. Trois activistes des Droits civiques roulent sur une route déserte, quand ils aperçoivent soudain dans leur rétroviseur des phares qui se rapprochent dangereusement. A cet instant, ils ignorent encore qu’ils disparaîtront à tout jamais dans la nuit. Deux agents du FBI, Rupert Anderson (Gene Hackman) et Alan Ward (Willem Dafoe), sont dépêchés sur place. Ward est un jeune flic, il privilégie la diplomatie et la patience. Anderson, plus âgé, a des méthodes moins conventionnelles et plus « vieille école ». Cependant, alors que tout les oppose, les deux agents vont devoir s’unir pour percer le terrifiant secret qui pèse sur une petite communauté dirigée par le Ku Klux Klan.

Mississippi Burning s’inspire d’une histoire vraie : en 1964, trois militants des Droits civiques, Michael Schwerner, Andrew Goodman et James Chaney furent assassinés par des membres du Klan. Le FBI fut envoyé sur place, même si le film a tendance à enjoliver un peu son rôle. Toutefois, trouver des témoins dans cette région du « Vieux Sud » où règne la loi de l’omerta est plus que compliqué. Les deux agents du FBI vont pourtant savoir combiner leurs méthodes différentes pour résoudre cette enquête : la douceur et la violence, sachant que pour faire vaciller ces mentalités sclérosées, la deuxième solution est parfois la plus efficace. En gros : on imite le Klan contre le Klan.

L’un des vilains du film

Mississippi Burning retranscrit avec justesse le racisme ambiant, très ancré dans la population blanche postesclavagiste du sud des Etats-Unis. D’après ces mentalités ultraconservatrices et racistes, chacun doit rester à sa place, selon une ségrégation que seul le Civil Rights Act de 1964 abolira officiellement. Officieusement, c’est autre chose… De plus, contre l’abolition officielle de l’esclavage, avec le XIIIe amendement de la Constitution des Etats-Unis adopté en 1863, une organisation suprématiste blanche née de l’imagination de quelques officiers sudistes désœuvrés, le Ku Klux Klan, s’est formée : elle intimide les Noirs et ceux qui veulent leur venir en aide, et parfois va beaucoup plus loin.

Le film montre le KKK comme une société quasi secrète, avec sa hiérarchie, ses règles, ses codes, ses rituels qui mêlent initiation chevaleresque, religion et ésotérisme de pacotille ; le terme Ku Klux Klan vient d’ailleurs du grec kuklos qui signifie cercle associé au latin lux (lumière). Ses membres pourchassent les Noirs, les immigrants, les catholiques, les juifs, les communistes, les pacifistes, les responsables syndicaux, les végétariens, les amateurs de bowling, les supporters du PSG et les ours polaires. La haine, ça motive et y a toujours quelqu’un de disponible pour en faire les frais ! En fait, le KKK représente le fond même de la droite raciste et provinciale américaine, ses racines plongent en quelque sorte dans le cœur de l’âme du pays, de son histoire et de sa société. Si aujourd’hui il n’est plus aussi actif, s’il est morcelé en groupuscules anecdotiques proches des milieux néonazis, le Klan a su créer sa mythologie sur le territoire américain et même au-delà. Il fait, pour ainsi dire, tristement partie de l’histoire des Etats-Unis et incarne les démons racistes et meurtriers de l’Amérique blanche et puritaine.

Toutefois, le Klan des années 1960, celui montré dans le film, n’est plus aussi fort et influent qu’il a pu l’être par le passé (il a même été un temps patronné discrètement par le président Wilson) ; mais, avec la loi contre la ségrégation des années 1950-1960 et l’arrivée de nouveaux immigrants, il connait un regain d’activité. Aux expéditions punitives désormais classiques viennent s’ajouter des attentats à la bombe. En 1966, le Klan sera interdit et entrera dans la légende noire de l’Amérique.

Dans Mississippi Burning, toute une petite ville du Sud est secrètement diligentée et corrompue par les encagoulés et leur croix de Saint-André rouge sur la poitrine ; des croix sont brûlées et des Noirs sont lynchés. La population locale, adepte de l’entre-soi, regarde avec mépris et suspicion ces agents du FBI venus de Washington : le Klan est aussi antifédéraliste. On pourrait insinuer par commodité que le « Vieux Sud » est un repère de rednecks grossiers et incultes, amateurs de bière et de beurre de cacahuète, où les femmes ferment leur gueule et les Noirs baissent les yeux, mais c’était (c’est ?) sans doute un peu vrai. Aujourd’hui encore, le Mississippi reste un des Etats les plus conservateurs, les plus pauvres et les plus communautaristes des Etats-Unis.

Mississippi Burning est un bon film, malgré quelques (légères) lenteurs et des effets un peu tire-larmes. On s’attache au duo d’acteurs, et surtout au très charismatique Gene Hackman. La mentalité de cette Amérique profonde fait froid dans le dos, alors on allume le chauffage et on met un troisième pull-over. De fait, avec une mise en scène maîtrisée, des acteurs superbes et une atmosphère oppressante, voilà un film que je recommande à ceux qui ne l’auraient pas encore vu, sauf s’ils sont membres du KKK évidemment. Leur sens critique et leur objectivité risquent d’en être altérés.

Carte postale représentant le lynchage de Lige Daniels, 16 ans, au Texas, le 3 août 1920.

Haydenncia

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