Les festivals de cinéma

          Aujourd’hui, un petit dossier sur les festivals de cinéma. Car, que serait le cinéma sans ses festivals ? Sans ce moment annuel, biennal ou exceptionnel où l’on projette devant un public, la presse ou un jury un ensemble de courts et longs métrages parfois chiants mais tellement novateurs, parfois géniaux mais tellement communs, parfois bons, parfois mauvais, jusqu’à la récompense finale, palme, ours, lion, qui revient au meilleur film et qui génèrent des effusions de larmes, une série de remerciements à ses parents, à son producteur, à son camarade de tranchée, le feu des flashs et la clameur des applaudissements ? Qu’est-ce que ça serait ? Hein ? Je vous le demande ! Un dessert sans fromage ? Un enfant sans la tendresse de sa mère ? Un député sans son cumul de mandats ? Booba sans sa vulgarité ? Le Grand journal sans son esprit parisiano-centriste ? Non messieurs ! Les festivals font partie intégrante de la sphère cinématographique !

           Je vais ici parler des festivals nationaux d’envergure internationale à dimension compétitive. Ceux qui assurent une superbe promotion à un film, si celui-ci en ressort comblé d’honneurs. Car, le festival, c’est un peu comme le purgatoire de Dante : c’est une sorte de test, de contrôle technique pour tout réalisateur et son producteur. C’est un passage risqué, car si le film plaît, il aura de grandes chances de s’assurer une belle réussite en salle ; s’il déçoit, sa fréquentation risque d’en être atténuée. Dangerous ! Dangerous ! Ainsi, présenté en 1976 au festival de Bamako, le film de l’Hollando-Péruvien Diego Libredanssatett, Les lamas n’aiment pas les parapluies sans couleur, ne s’attirera ni les faveurs du public ni celles du jury, et tomba dans l’oubli. Je crois que je suis le seul sur cette vaste terre à l’avoir vu. Et encore, pas en entier. Et pas à partir du début. Et en version albanaise sous-titrée en birman.

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PREMIERE PARTIE (FIRST PART) :
LES DIFFERENTS GRANDS FESTIVALS INTERNATIONAUX (THE DIFFERENT GREAT FESTIVALS… Hem… Passons)

Je fais ci-dessous un rapide descriptif des trois principaux grands festivals de cinéma et leurs caractéristiques, dans l’ordre chronologique de leur création.

1 ) LE FESTIVAL DE VENISE (LA MOSTRA)

Ah ! Venise ! Ses gondoles. Ses lagunes. Sa place San Marco. Son Palais des Doges. Son Foot Ball Club Unione Venezia. Et surtout sa Mostra internazionale d’arte cinematografica di Venezia. Venise fascine, Venise attire, Venise un jour, Venise toujours (?)…

Année de création : 1932
– Créé sur l’initiative personnelle de Benoît Mussolin, plus connu sous le nom de Benito Mussolini, le premier festival de cinéma de l’histoire voit le jour à Venise en 1932. Il est interrompu en 1942.
– Reprit en 1947, le festival reste compétitif jusqu’en 1968. Il le sera de nouveau à partir de 1980.

Période : Fin du mois d’août et début de septembre.

Lieux : Palais du cinéma ; lungomare Marconi (promenade située au bord de la mer) ; Lido de Venise.

Edition en 2014 : 70ème

Récompense principale : le Lion d’or
– De 1934 à 1942, on attribue chaque année deux coupes Mussolini (Coppa Mussolini), pour récompenser respectivement un film italien et un film étranger. Film étranger qui dès 1938 est systématiquement attribué à des films allemands. Et les films italiens sont à partir de la même date essentiellement des œuvres de propagande fascistes.
– A partir de 1949, les récompenses deviennent des lions. Le lion de la Mostra tient son nom de l’attribut du Saint Patron de la ville, saint Marc, l’Évangéliste. D’où le nom complet de la récompense suprême : le Lion d’or de Saint-Marc.

Le Lion d’or

Quelques films au Lion d’or : Jeux interdits (René Clément, 1952) ; La Bataille d’Alger (Gillo Pontecorvo, 1966) ; The Magdalene Sisters (Peter Mullan, 2002) ; Le Secret de Brokeback Mountain (Ang Lee, 2005)

Le moment fort : Le cadre idyllique de la ville offre une occasion glamour aux stars qui défilent sur le tapis rouge de s’afficher devant les photographes du monde entier.

Anecdotes :
– Le festival prend place dans le cadre de l’organisation plus vaste de la Biennale de Venise, festival culturel d’art contemporain, dont elle constitue la section cinéma.
– C’est le premier festival à donner une récompense à un film d’animation (Blanche-Neige et les Sept Nains, en 1938).
– Sheila & Ringo ont chanté « Les Gondoles à Venise ».

Georges Clooney à la Mostra en 2011

2 ) LE FESTIVAL DE CANNES

Sans doute le plus connu, le plus réputé et le plus mondain des festivals internationaux. On dit festivaux ? Avoir la palme d’or, c’est un peu comme avoir le prix Nobel de la paix, le prix Goncourt en littérature ou la Rue de la Paix au Monopoly. Néanmoins, ces dernières années, le Festival de Cannes, événement très médiatisé, s’est quelque peu transformé en festival de Canal+.

Année de création : 1939
– Un festival de cinéma est organisé à Cannes en 1939, en réaction à la dérive fasciste des films sélectionnés à la Mostra de Venise, mais il doit être interrompu au bout de quelques jours, en raison de la déclaration de guerre. Car, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais une guerre a commencée cette année-là.
– Il reprend néanmoins en 1946 et, au fil des années, devient le plus prestigieux festival de cinéma du monde.

Période : Seconde quinzaine de mai.

Lieux : Palais des festivals et des congrès de Cannes ; studio de télévision annuel Canal+ sur la plage de l’Hôtel Martinez ; Hôtel Martinez (ma chambre est la 318)

Edition en 2014 : 67ème

Récompense principale : le Palme d’or.
– Les palmes d’or datent de 1955. Entre 1964 et 1975, elles sont remplacées par des Grand prix pour être finalement réhabilitées jusqu’à aujourd’hui.
– Elle devient le logo du festival au cours des années 1980.
– Ce symbole est tiré des armes de la ville de Cannes.
– Son coût est estimé à un peu plus de 20 000 euros.

La Palme d’or

Quelques films à la Palme d’or : Les Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964), Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976), Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994), Le Pianiste (Roman Polanski, 2002).

Le moment fort : La cérémonie d’ouverture, l’arrivée sur le tapis rouge et la montée des 84 marches qui donne l’occasion à des célébrités ou des starlettes du monde entier de rivaliser d’élégance et, pour certaines d’entre elles, de suffisance.

Anecdotes :
– En 1968, le festival est interrompu par les événements de Mai (car, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais…).
– Le tapis rouge mesure 60 mètres de long.
– La première édition du Festival se déroulant dans un casino après la guerre, de là vient l’obligation de porter un smoking à Cannes.
– Les canards ne sont pas carnivores.
– Le festival est aussi connu pour ses scandales, comme en 1987, quand Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat reçoit la palme d’or sous les injures et les sifflets. Et, étant donné qu’il s’agit du festival le plus médiatisé, c’est le lieu idéal pour la controverse ou le scandale.
– Mais, il y a aussi de très beaux moments : en 1989, les enfants et petits enfants de Charlie Chaplin montent sur scène pour le centenaire de sa naissance ; en 1995, Vanessa Paradis, présidente du jury, interprète Le Tourbillon de la vie, chanson du film Jules et Jim, en l’honneur de et pour Jeanne Moreau ; en remportant le Grand Prix en 1998 pour La Vie est belle, Roberto Benigni embrasse les pieds d’un Martin Scorsese amusé.

Palais des festivals et des congrès de Cannes

2 ) LE FESTIVAL DE BERLIN (BERLINALE)

« Se promener dans Berlin et son festival sous la pluie, c’est comme manger de trop gros croutons dans une soupe de poisson ». Cette phrase explicite de Bernard-Henry Levy contient une certaine part de vérité. Accompagné de rétrospectives et d’une manifestation parallèle, le Forum international du jeune cinéma, le festival de Berlin est, parmi les grands festivals, le plus axé sur l’identité culturelle européenne.

Année de création : 1951
– En 1951, les Alliés veulent établir à Berlin une « vitrine du monde libre », dans un contexte de guerre froide pour en foutre plein la vue aux cocos. Le cinéma leur offre cette opportunité.
– La Berlinale se déroulait originellement en été et a lieu en février seulement depuis 1978.

Période : Début février.

Lieux : Potsdamer Platz ; Palais de la Berlinale…

Edition en 2014 : 64ème

Récompense principale : l’Ours d’or.
– L’Ours est le symbole héraldique de la ville de Berlin.
– En allemand, l’ours se dit « Bär », d’où le nom de la ville.
– Un ours est un animal velu avec des griffes et qui mange du miel.

L’Ours d’or

Quelques films à l’Ours d’or : Le Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot, 1953), Rain Man (Barry Levinson, 1989), Une séparation (Asghar Farhadi, 2011).

Le moment fort : Souvent qualifiée de sérieuse et de politique, la Berlinale est de plus en plus associée au Glamour, à la vie de stars, à l’art et à la fête.

Anecdotes :
– En 1970, le film O.K. de Michael Verhoeven met en scène le viol et le meurtre d’une Vietnamienne par des soldats américains. La réaction indignée du public et des débats houleux poussent le jury à démissionner et le Festival est annulé.
– Nouveau scandale en 1979 avec le Voyage au bout de l’Enfer de Michael Cimino. Ce film sur la guerre du Viêtnam provoque la colère des délégations de plusieurs pays socialistes qui décident de retirer leur film de la compétition et de quitter le festival.
– En 2003, l’éminence grise du cinéma français Daniel Toscan du Plantier décède en plein festival, foudroyé par une crise cardiaque.

Potsdamer Platz

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          Il existe d’autres festivals de renom, plus confidentiels et moins médiatisés. Plus expérimentaux et intimistes, moins liés au commerce du cinéma, ils permettent de découvrir des films qui échappent aux sélectionneurs des trois grands festivals. On les appelle les « Festivals chiants ». Humour, hein !

Celui de Locarno, en Suisse italienne, est spécialisé dans le cinéma d’auteur. Vous voulez voir le dernier film du Coréen Kim Wu-tang, Souvenirs d’une bergère en voyage vers Kirukuza, ou encore l’étonnant moyen-métrage sans aucun son et sans aucune image de Doug Hekrizaefd : Mute & blind, c’est ici ! Le petit plus de ce festival, c’est la projection des films sur la Piazza Grande qui peut accueillir jusqu’à 8 000 personnes, en plein air, à la belle étoile, sur un écran géant. Ça, ça en jette ! Ce lieu de projection unique au monde a notamment reçu en 2011 parmi ses hôtes de prestige : Daniel Craig, Harrison Ford, Gérard Depardieu, Isabelle Huppert ou encore Claudia Cardinale. La récompense principale décernée par le jury est le Léopard d’or.

Celui de Karlovy Vary, en République tchèque, présente des films tournés en Europe centrale et orientale ainsi que dans les pays de l’ancien bloc soviétique. Je sens que vous avez envie d’y aller ! Sa récompense suprême est le Globe de cristal. Dédicace à feu Jean-Luc Delarue.

Le festival de Saint-Sébastien, né sous le régime franquiste en 1953, subsiste, quant à lui, tant bien que mal, mais bénéficie d’un lieu et d’un site magnifiques qui continuent à lui assurer un certain prestige. Il est le plus important festival de cinéma d’Espagne et le plus important des festivals Hispano-Américains. Il compte d’ailleurs, plus généralement, comme l’un des grands festivals de cinéma internationaux. Le plus important prix du Festival est la Coquille d’or.

Penelope Cruz à Saint-Sébastien en septembre 2012

          Outre ces manifestations généralistes, il existe des festivals spécialisés, tel le festival de Trieste pour la science fiction et celui d’Avoriaz pour le cinéma fantastique, qui existe jusqu’en 1993. Les festivals d’Annecy, Ottawa, Varna et Zagreb sont spécialisés dans le film d’animation, et ceux de Leipzig, Lussas, Nyon, Paris et Marseille se consacrent au cinéma documentaire. Signalons enfin que le principal festival mondial de court métrage a lieu à Clermont-Ferrand et que Châteauroux, Cracovie, Grenoble, Lille et Oberhausen animent également des manifestations dédiées au court métrage. Et n’oublions pas les festivals de Carquefou, Vizille et Le Portel, consacrés aux films de vacance (que les vacances en Afrique du Nord pour Le Portel) et celui de Batz-sur-Mer, consacré aux films de mariage ou d’anniversaires.

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DEUXIEME PARTIE :
LA FRANCE, TERRE DE FESTIVALS

La France organise à elle seule plus de festivals de films que les autres membres de l’Union européenne ! Dingue, non ? Moi, je trouve ça dingue. Et toi, Philippe ? Philippe ?… PHILIIIIIPPE !!!!

Ainsi, chaque semaine en France, il y a un festival de film d’organisé et toutes les grandes villes ont leur festival. En même temps, nous sommes dans un pays dit de culture, avec une longue tradition de cinéphilie, quoi de plus normal, alors ?

Voici quelques festivals qui ont lieu au cœur de notre bon vieux pays, et où je vous conseille d’aller faire un tour !

Premiers Plans, à Angers :
– Créé en 1989, présidé par Jeanne Moreau qui en est la marraine officielle et par feu Claude Chabrol, ayant lieu en janvier, il a vu parmi ses présidents du jury Jane Birkin, Bertrand Tavernier, Agnès Varda, Christophe Honoré…
– Il met chaque année en compétition une centaine de premiers films européens, présentés au public, aux professionnels et à la presse.
– Pourquoi y aller ? Pour y voir le premier bébé de jeunes réalisateurs, peut-être de futurs grands ; pour y rencontrer et écouter des cinéastes reconnus venus parler de leur métier au public ; et parce que la ville d’Angers est une très belle ville. La dernière raison est purement subjective.

http://www.premiersplans.org/festival/index.php

Affiche de l’édition Premiers Plans 2012

Festival international du film d’Arras :
– Créé en 2000, consacré aux cinémas d’Europe et du monde, ce festival veut faire découvrir et mettre en valeur les divers talents cinématographiques européens.
– Ce festival attire des cinéastes et des acteurs et actrices célèbres, comme Dario Argento, Bertrand Tavernier, Sidney Lumet, Guillaume Canet, Olivier Gourmet, Gustave Kervern, Fabrice Luchini…
– Pourquoi y aller ? Parce que souvent, une bonne partie de l’équipe du film est présente et qu’on peut assister aux délibérations du jury, et même intervenir… une fois le vote effectué. Mais, alors, une conversation intéressante peut s’engager. Bonne initiative.

http://www.arrasfilmfestival.com/index.php

Fantastic’Arts de Gérardmer :
– Créé en 1994, ayant lieu fin janvier, c’est un peu la « suite » du festival d’Avoriaz, supprimé en 1993.
– Ce festival a décerné des prix à des films comme Scream (Wes Craven, 1997), Dark Water (Hideo Nakata, 2003), le jouissif Black Sheep (Jonathan King, 2007), REC (Jaume Balaguero et Paco Plaza, 2008) ou le sublime Morse (Thomas Alfredson, 2009).
– Pourquoi y aller ? Quand on aime le fantastique et certains films décrits dans nos critiques, c’est LE festival idéal !

http://www.festival-gerardmer.com/

Affiche du Festival de Gérardmer édition 2012

Festival international du film policier de Beaune :
– Reprend, à partir de 2009, le flambeau du festival du même nom qui se déroulait à Cognac depuis 1982 jusqu’en 2007.
– Il est composé de deux jurys : l’un constitué de personnalités du cinéma, l’autre de policiers (je choisis la première salle ;))
– Pourquoi y aller ? La même raison que pour le festival de Gérardmer, quand, au fantastique, on préfère un bon vieux polar.

http://www.beaunefestivalpolicier.com/2012/index.php?lang=fr

Festival du film de télévision de Luchon :
– Créé en 1998, ce festival a pour objectif de promouvoir les productions audiovisuelles de fictions françaises, dont certaines valent bien mieux que beaucoup de films.
– La récompense majeure décernée est le Pyrénées d’or.
– Pourquoi y aller ? Parce que la télévision aussi a le droit à son festival ! Non mais ! N’oublions pas que des réalisateurs ont été formés à l’école de la télévision( Ken Loach, Kenneth Branagh), et que de plus en plus de stars du grand écran n’hésitent pas à « se commettre » dans des téléfilms.

http://www.festivaldeluchon.tv/

          Et tant d’autres et plus encore ! En gros, quel que soit l’endroit où vous habitez, si vous êtes en France, vous avez le choix ! Alors, profitez-en ! Après tout, dans « festival », il y a « festif »… Il y a aussi « tival », mais,en l’occurence, ça ne veut rien dire.

Haydenncia

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