Les Adieux à la reine, de Benoît Jacquot (2012)

Il y a certains phénomènes que je ne comprends pas. Les aurores boréales. Les alignements de Carnac. Le Big Bang. Les gens qui collectionnent des nains de jardin. Ceux qui voient en Marine Le Pen une solution à tous leurs problèmes. La Bourse. Les fanatiques religieux. Véronique Genest. Max Boublil. Michel Drucker. Michel Drucker. Michel Drucker. Et, parfois, l’écart vertigineux entre la critique de la presse cinéma et celle du public.

Un film comme Les Adieux à la reine a été encensé par la presse spécialisée. On ne trouve, pour ainsi dire, aucune critique négative et tout est de l’ordre de l’extase, de l’admiration sans bornes, de la proskynèse la plus byzantine. Je ne dirais certainement pas que ce film est mauvais, il est même bon et je conçois que cinématographiquement parlant, il plaise. Mais, qu’est-ce qui explique cette homogénéité dithyrambique de la presse pour le long-métrage de Benoît Jacquot, quand les spectateurs, eux, sont beaucoup plus réservés ? Je fais partie des spectateurs, et je partage leur analyse. Peut-être que si l’on m’avait greffé les yeux d’un Pierre Murat ou d’un Sébastien Chapuys avant la projection, alors j’aurais perçu les subtilités, les variations, les petites sophistications de la mise en scène et le caractère génialissime de l’ensemble. Hélas, non point. Et pourtant, pourtant, je comprends également la presse. Je comprends qu’elle puisse voir dans ce film un grand film. Bref, en ce qui me concerne, Les Adieux à la reine est un vrai cas schizophrénique !  Mais, je vous explique ça de plus prêt !

Tiré du roman éponyme de Chantal Thomas, Les Adieux à la reine se déroule sur les quatre journées qui suivent le 14 juillet 1789, alors que la colère gronde à Paris et que la cour commence à baliser quelque peu. Une jeune servante de Marie-Antoinette (Diane Kruger), Sidonie Laborde (Léa Seydoux), qui éprouve pour la reine une grande affection et une profonde dévotion, refuse de croire aux bruits qui courent, alors que la reine envisage de quitter Versailles devenu trop dangereux.

En fait, c’est assez curieux comme sentiment. Les acteurs sont parfaits, Léa Seydoux en tête, avec son visage digne d’une madone de la Renaissance. Je trouve que le scénario est inventif et les dialogues fonctionnent très bien. Et pourtant, pour être honnête, je me suis rendu compte que ce film était plutôt bon seulement quelque temps après l’avoir regardé. Oui, je sais, c’est loufoque ! Car, sur le coup, j’ai trouvé ça long, mou et la fin m’a laissé un peu dubitatif. J’ai eu l’impression que le film s’étirait, s’étirait, et, même si j’aime cette période de l’Histoire de France (Big Up à Saint-Just !), je n’arrivais pas vraiment à m’intéresser à ces intrigues de cour, à cette Révolution vue des coulisses. De fait, même si elle est au cœur du sujet du film, la Révolution me semblait, moi qui ai particulièrement apprécié le film en deux parties La Révolution française (1989), bien lointaine, trop lointaine… Or, après le film, après avoir ressassé et ressassé l’histoire dans ma tête, je me suis dit que justement, c’est là qu’est le coup de maître de Benoît jacquot : à travers l’intimité de la cour et le huis clos de Versailles, faire comme si la Révolution n’est, pour le moment, ressentie que comme une révolte, un épiphénomène local, quelque part vers Paris et la Bastille ; mais, en même temps, la rendre de plus en proche, de plus en plus menaçante et de plus en plus concrète aux yeux d’une cour gagnée par la panique.

Pour faire simple, la jeune Sidonie est une groupie avant l’heure, totalement déconnectée de la réalité. Elle est réellement prise de passion (d’amour ?) pour cette reine pourtant peu attentionnée, capricieuse, lunatique (un coup bonne copine, un coup méprisante), fantasque, comme sans doute la vraie Marie-Antoinette, qui devait être, pardonnez-moi le terme, une vraie chieuse ! Mais, une chieuse reine, ce qui, forcément, permet beaucoup de choses, change la perception des gens et attire tout un tas de flagorneurs qui s’accommodent très bien de ce que la reine les traite comme des chiens. Et cette reine à la haute perruque, en apprenant la terrible nouvelle du 14 juillet, prend peur et décide de quitter Versailles pour se réfugier dans la place forte de Metz. Or, la jeune et naïve Sidonie ne veut pas se séparer d’elle. Totalement à donf pour sa reine, elle ne voit pas que Marie-Antoinette profite de sa personnalité fragile et totalement dévouée, pour échafauder son plan. Voilà le topo, en gros.

Comme je le disais, le film m’a paru bon, mais après coup, ce qui est assez étrange. C’est un film intéressant, notamment du fait de l’angle choisi pour raconter un passage capital de la Révolution française. Voir comment la cour installée à Versailles, à une époque où les moyens de communication étaient très limités, a perçu cet événement capital que fut la prise de la Bastille est savoureux. Le film montre bien les bruits de couloirs, les rumeurs qui circulent, ceux qui savent, qui croient savoir, et ceux qui ne savent rien, qui paraissent surpris ; mais aussi la peur, qui s’installe lentement parmi la noblesse présente, qui, d’un coup, perd sa désinvolture. Comment ça, le peuple gronde ? Le peuple se soulève ? On parle de têtes coupées et promenées au bout de piques (celle du gouverneur de la Bastille, notamment) et une liste de proscription avec les 250 premières têtes à trancher circule de main nobiliaire en main nobiliaire. La reine est dedans. Un vieux marquis s’évanouit : il a vu son nom et a fait un malaise. Dans les jours immédiats qui suivent, certains, comme le frère du roi ou le duc de Polignac, quittent la cour comme de gros enfoirés et s’exilent… en étant sûrs de revenir dans les trois mois. La famille royale, tant habituée aux courtisans et aux hypocrites de toute sorte, est peu à peu abandonnée. Aussi, du point de vue historique, le film est assez fidèle dans sa description des premiers jours ayant suivi la prise de la forteresse-prison. C’est clair qu’on n’est pas du côté de Sophia Coppola (dont le film est très bon, soi-dit en passant). L’utilisation de la lumière naturelle, notamment, est très bien vue et rend plus réaliste l’ensemble. A l’époque, on vivait plus souvent dans la pénombre que dans la clarté.

Cependant, pour moi, ces quatre seules journées de juillet 1789 vues à travers les corridors de Versailles m’ont paru longues, monotones et fastidieuses. Je me suis ennuyé. Le film balance entre l’anecdotique et le général, sans s’arrêter ni sur l’un ni sur l’autre. Le saphisme suggéré entre la reine et Madame de Polignac (Virginie Ledoyen), et entre la reine et Sidonie est du reste peu utile et un peu voyeur ; en choisissant de faire de Marie-Antoinette une pseudo-lesbienne, le réalisateur corrobore ce que développaient les plus vulgaires pamphlets contre l’Autrichienne à l’époque. Et l’héroïne, Sidonie, à force de porter des œillères et d’être certaine que rien ne peut arriver ni à la reine ni à elle, tant qu’elles restent à Versailles, agace quelque peu. On a envie de lui hurler, en la secouant : « Réveille-toi, ma grande ! Les choses sont en train de changer ! »… Et puis, la fin, pour le coup, est franchement non-historique… mais, on s’en accommode très bien.

La première qui rira… perdra sa tête !

Bref, un film qu’on adore ou qu’on n’aime pas du tout… Ou alors, comme moi, qu’on n’aime pas sur le coup, mais qu’on trouve plutôt pas mal ensuite, en y repensant. Je suis un cas décidément à part… Je comprends l’engouement de la presse, mais je comprends également la réception plutôt moyenne du public. Diantre, que le monde est complexe ! En tout cas, un film qu’il faut voir.

Haydenncia

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