Bons baisers de Bruges, de Martin McDonagh (2008)

Comme le rappelait sans cesse Clémenceau à ses Poilus qui, pour le coup, ne voyaient pas le rapport, faire rire au cinéma est sans doute l’une des choses les plus difficiles, tant les voies de l’humour sont impénétrables. Bien souvent perdu dans les récifs de la vulgarité, de l’humour franchouillard, du mauvais goût parfois obscène, le bateau « comédie » est l’un des plus difficiles à manœuvrer. Notons que la tâche est ardue : ce qui fait rire les uns ne fait pas rire les autres. De fait, il est rare qu’un film emporte tous les suffrages, en matière d’humour comme en matière de frissons, de romantisme… Par exemple, j’ai quelques fois souri devant Bienvenue chez les Ch’tis, mais sans plus, alors que ce film a pourtant fait rire des millions de Français. Par contre, la franchise ZAZ ou même un film comme Hot Shot 2 m’ont toujours fait marrer, quand d’autres resteront dépités et perplexes devant ce genre d’humour absurde et parodique, adepte des gags en arrière-plan et de la débilité la plus ambrosiaque (aujourd’hui, je devais placer ce mot, « ambrosiaque »… Demain, je placerais « Yamoussoukro »). Néanmoins, en se fiant aux critiques de la presse et des spectateurs, on peut penser qu’un film comme Bons baisers de Bruges obtient la majorité des suffrages et qu’il fait rire le plus grand nombre. Je dis : voilà qui est bien mérité ! But, what about the story, my dear Watson ?

Bons baisers de Bruges

A la suite d’une mission qui a mal tournée, deux tueurs à gages britanniques au caractère totalement opposé, Ray (Colin Farrell) et Ken (Brendan Gleeson), sont envoyés par leur patron, Harry Waters (Ralph Fiennes), se faire oublier quelque temps à Bruges jusqu’à ce que celui-ci les rappelle. Sachant qu’ils n’ont pas le droit de quitter la ville belge et choisissant de faire contre mauvaise fortune bon cœur, le plus âgé des deux, Ken, en profite pour visiter la belle cité médiévale, ses canaux, ses musées, et s’enrichir culturellement… Mais, pour le jeune Ray, il n’en est pas question ! Lui qui a autant d’affection pour les musées qu’un Taliban pour les sex-shops, il s’ennuie ferme et attend le coup de fil du patron avec impatience. Cette ville l’oppresse et, qui plus est, le souvenir asphyxiant d’un enfant qu’il a accidentellement tué lors d’un précédent contrat le hante nuit et jour. Forcés de cohabiter, les deux tueurs finissent par s’estimer – Ken gardant un œil paternaliste sur son jeune collègue un peu bougon. Malheureusement, un appel du patron ordonne à Ken de liquider Ray, pour punir ce dernier d’avoir tué un enfant…

Bons baisers de Bruges

Voilà donc un film qui m’a fait rire. Surréaliste, drôle, très drôle même, mais aussi assez violent, rythmé, sentimental, Bons baisers de Bruges est une vraie réussite, un pur moment de bonheur et de divertissement ! Si la simple idée d’« enfermer » deux tueurs à gages dans une ville belge pendant deux semaines offre de belles trouvailles scénaristiques, elle permet, surtout, de montrer le « quotidien » de tels personnages généralement antipathiques quand ils se retrouvent sans contrat et obligés de ronger leur frein. Que font deux tueurs à gages quand ils n’ont pas de travail ? A première vue, on penserait, vu le milieu dans lequel ils évoluent, qu’ils passent leurs nuits aux bordels, dans les boîtes de nuit glauques, et leurs journées à dormir, à nettoyer leurs armes et à sniffer de la coke… Or, en voyant nos deux hommes de main se promener dans les rues de la ville, forcés de jouer les touristes, d’admirer les rues pavées, l’architecture gothique, le patrimoine sublime de la « Venise du Nord », on ne peut s’empêcher de les trouver franchement sympathiques et plus humains. Leur excursion à travers la ville va d’ailleurs être l’occasion, surtout pour Ray, de découvrir une pléiade d’individus délirants (un nain raciste, un skinhead joué par Jérémie Renier…).

Notons au passage que les trois principaux acteurs, Colin Farrell, Brendan Gleeson et Ralph Fiennes, offrent grâce aux personnages qu’ils incarnent une savoureuse palette de caractères. Brendan Gleeson joue donc Ken, le tueur le plus âgé des deux. C’est un bonhomme tempéré, calme ; on sent qu’il est curieux, qu’il aime se cultiver, se promener… quand il n’est pas occupé par ses activités de tueur professionnel. Clairement, il est charmé par la cité lacustre et, dans un souci éducatif, il tente difficilement de faire partager son admiration pour la ville à son jeune collègue. Hélas, Ray est tout l’inverse : grognon, gamin, un brin misanthrope, il se laisse traîner dehors par son acolyte pour lui faire plaisir, mais s’il pouvait, il resterait dormir nuit et jour dans sa chambre d’hôtel ! Bruges lui fout clairement le cafard – cette ville le déprime et il le fait savoir. Et puis quoi ? Quelle idée d’aller se balader dans les rues embrumées ou d’admirer une peinture flamande du XVe siècle à laquelle, de toute façon, il ne comprend rien ? C’était sans compter sur sa rencontre avec une jolie jeune femme (Clémence Poésy), qui va quelque peu changer notre homme. Colin Farrell montre ici son fort potentiel d’acteur comique et tout le talent qui est le sien. Avec sa tête boudeuse ou ahurie, son air infantile, naïf et chamailleur, il est excellent et même émouvant. Les deux complices forment un tandem aussi explosif qu’attachant. Ralph Fiennes, enfin, est parfait en grand méchant complètement déglingué, mais avec un grand sens de l’honneur, et la scène avec le gardien du beffroi m’a tellement fait rire que je l’ai passée et repassée plusieurs fois !

Bons baisers de Bruges

Vous l’aurez compris, Bons baisers de Bruges a provoqué chez moi plusieurs beaux fous rires, mais pas que. En ces temps hivernaux où la famine et le choléra grondent, où les corbeaux patientent dans le ciel pluvieux, où les loups sortent des bois, guidés par la faim et un GPS TomTom Go Live 820 Europe, où deux gugusses cabots et arrivistes donnent de la vie politique française une image bien pitoyable, comprenez les vertus d’un tel film salutaire ! Ajoutons à cela des dialogues ciselés et inventifs, des scènes démentes, un bon petit suspense, le tout dans le beau cadre qu’offre la ville flamande, et on obtient un merveilleux cocktail qui se laisse siroter sans difficulté.

Incorrect, jouissif, intelligent, drôle et décalé, Bons baisers de Bruges est un film à voir ou à revoir absolument !

Haydenncia

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2 réflexions sur “ Bons baisers de Bruges, de Martin McDonagh (2008) ”

  1. Je ne vais pas être original dans mon commentaire car je trouve aussi que ce film est un petit concentré d’humour vraiment bien sentie, tout dans ce film est bien pensé, une vrai perle

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