Au revoir les enfants, de Louis Malle (1987)

Aujourd’hui, un cours sur la perception. Sortez vos cahiers, vos stylos, vos kalachnikovs et prêtez-moi l’oreille attentivement. Le premier qui parle à son voisin aura un avertissement. Le second qui parle à son voisin sera pendu au gibet de Montfaucon… Est-ce-que-c’est-clair-ou-bien-je-le-redis-une-nouvelle-fois ?… Bon !… On a tendance à dire (« on » = la masse anonyme, l’individu neutre, le Français moyen, voire le Biélorusse moyen) que la perception évolue généralement avec l’âge ; or, ce n’est pas tout le temps vrai. Incontestablement, certains films qu’on a regardés enfant et qui étaient pour nous de véritables chefs-d’œuvre, nous sont apparus, après coup, pas si terribles que ça. Mais, avec notre regard de petit garçon / petite fille, ils valaient bien un Scorsese, un Kubrick ou un Welles, qui, en passant, n’étaient alors que de sinistres inconnus dont les grands parlaient avec émerveillement, avant de sortir fumer leur cigarette, puis de danser sur une musique de Jean-Jacques Goldman. Tout l’or du monde n’aurait pas suffi à nous racheter telle ou telle VHS, et on aurait pu tuer pour elle.

Cependant, une dizaine d’années plus tard, en tombant par hasard à la télé, lors des fêtes de Noël par exemple, sur l’un de ces films qui avaient marqué notre jeunesse, ou en remettant, par amusement, dans le vieux magnétoscope une antique cassette, avant de s’en séparer à jamais, et alors que la pochette rallumait un tas de bons souvenirs, quelle ne fut pas, bien souvent, notre déception. Oui, perception et déception vont bien souvent de pair ! Je ne sais pas si ce que je viens de vous dire est juste et fondé, mais en tout cas, ça sonne bien !… Pour ma part, j’ai regardé je ne sais combien de fois Beethoven 2 ou Jumanji, avec mon frangin. Or, en retombant sur le premier lors des fêtes de Noël de l’an dernier, je me suis rendu compte qu’en fait, c’était bien pourri ! J’ai pleuré, pleuré des nuits entières, en repensant à ce brave saint-bernard qui m’avait tant fait rêver, mais qui, finalement, n’était qu’un imposteur… Heureusement, grâce à Dieu, il y a d’autres films que j’ai regardés gosse et qu’aujourd’hui encore, je cautionne, comme Chérie, j’ai rétréci les gosses ou même Maman, j’ai raté l’avion, premier du nom, ces derniers restant pour moi de bons films pour enfants. Tout ça pour vous dire que j’ai découvert Au revoir les enfants étant môme, qu’il m’avait beaucoup marqué et que, l’ayant revu récemment, je le trouve encore meilleur que ce que je pensais. D’où mon besoin de faire une critique de ce film, qui suit juste après le point final qui arrive là maintenant attention c’est maintenant c’est là c’est tout de suite.

Au revoir les enfants

Au revoir les enfants est un film de Louis Malle, sorti en 1987. L’histoire se passe durant l’hiver 1943, en pleine France occupée. Le jeune Julien Quentin, 12 ans, benjamin d’une famille de la bourgeoisie parisienne, est pensionnaire au collège Saint Jean de la Croix, tenu par des religieux, et entame son second semestre à reculons. Un jour, le père Jean annonce l’arrivée de trois nouveaux élèves, dont l’un, le jeune Jean Bonnet, est le voisin de dortoir de Julien. Au début, les relations entre les deux garçons sont difficiles, tant l’un est grande-gueule et un brin rebelle, l’autre, plutôt réservé, fier et mystérieux. D’ailleurs, Jean Bonnet passe rapidement pour le souffre-douleur de sa classe. Cependant, peu à peu, une véritable et profonde amitié se noue entre les deux élèves, et Julien finit par découvrir le secret de son camarade et ami : il s’avère que le véritable nom de Jean Bonnet est Kippelstein, et qu’il est juif. Sur ce, Julien s’empresse de le dénoncer à la Gestapo et s’engage au 93, rue Lauriston… Aïe ! Ça n’est pas la bonne fin… En vérité, un matin, alors que les élèves sont en classe, la Gestapo débarque au collège suite à une dénonciation dont on devine l’auteur. La police secrète allemande fait se rassembler les élèves et les professeurs dans la cour, et demande à ceux qu’elle nomme de s’avancer. Les enfants juifs qui se cachaient dans l’établissement sont appelés, ainsi que le père Jean, résistant. Ils sont emmenés par les nazis. En passant le portail du collège, Jean jette un dernier regard à Quentin. Ils ne se reverront plus jamais…

Ce beau film de Louis Malle, quasiment autobiographique, m’a beaucoup ému. Les acteurs, jeunes et moins jeunes, jouent juste et cette amitié progressive qui s’installe entre deux individus apparemment différents est très bien mise en scène. Louis Malle avait déjà traité de cette période avec Lacombe Lucien, bon film là encore, dans lequel un jeune paysan naïf et un peu bêta, s’engage auprès de la police allemande. Le film avait d’ailleurs fait polémique. Cette fois cependant, Louis Malle choisit de raconter un épisode de sa vie qui l’a, on le comprend, traumatisé, lui qui a, comme le petit Julien du film, vécu cette déportation devant ces yeux quand il était enfant.

Au revoir les enfantsLe film contient des scènes assez dures, mais qui ne versent pas dans le manichéisme, comme ce passage où la Milice française vient arrêter un pauvre vieillard dans un restaurant. D’autres scènes, en revanche, sont belles de par le bonheur (précaire) qu’elles montrent : c’est par exemple ce moment où élèves et professeurs regardent ensemble un film de Chaplin, instant qui ferait presque oublier la guerre. Evidemment, la dernière scène est bouleversante et révoltante.

Au revoir les enfants aborde des thèmes comme l’adolescence et le passage à l’âge adulte, la maturité, la perte d’un être cher, sans jamais plongé dans le pathos, mais tout en étant terriblement émouvant. Si les larmes vous montent aux yeux, c’est naturel et non provoqué. La photo est bonne, les cadrages sont simples et purs, la lumière est comme il faut et l’ambiance des années 1940 me paraît bien reconstituée, avec ces gamins en culotte courte, ces sirènes qui se mettent à hurler poussant chacun à se mettre aux abris, et ses murs pavoisés d’affiches pour la LVF. Mais avant tout, c’est l’histoire et l’Histoire, qui valent qu’on regarde ce film magnifique. Bref, un film dont on sort secoué, qui reçu plusieurs César dont celui du meilleur film, le Lion d’or de la Mostra de Venise, et fut même nommé aux Oscars dans la catégorie Meilleur Film Etranger.

 Haydenncia

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