Los Angeles 2013, de John Carpenter (1996)

« En France, je suis un auteur, en Allemagne je suis un faiseur de film, au Royaume-Uni, je suis un réalisateur d’horreur, aux États-Unis, je suis un clochard. » – John Carpenter

Cette petite phrase bien célèbre de John Carpenter nous rappelle 1) que la critique institutionnelle de chaque pays offre une lecture bien distincte sur le cinéma et 2) que Big John est unanimement (du moins, je pense) adulé par les cinéphiles  et amateurs de films de genre. Suite à l’enthousiasme de Kurt Russell, John Carpenter met sur les railles une suite à son New-York 1997, qu’il considère comme son meilleur film et objet de culte pour nombre de personnes. Rappelons que Escape From New-York disposait seulement d’un budget de 6 millions de dollars, étant indépendant du système hollywoodien. Pour Escape From L.A., la Paramount donne une enveloppe de 50 millions, dont 5 pour les poches de Big John pour que celui-ci refasse son plus grand succès dans une version plus moderne et délocalisée à Los Angeles. Le résultat ? Un énorme doigt d’honneur au système des studios et des producteurs.

Snake Plissken (Kurt Russell), juste le type le plus bad-ass du monde !
Snake Plissken (Kurt Russell), juste le type le plus bad-ass du monde !

En effet, le film constitue plus un remake qu’une suite de son prédécesseur, en plus coloré -les couleurs chaudes de L.A. remplacent la colorimétrie glaciale et oppressante de NY – et plus jusqu’au-boutiste.  Snake Plissken, anti-héros nihiliste qui vit dans une société contraignante et ultra-normée qu’il ne comprend pas, est encore plus pessimiste et passif que dans l’épisode new-yorkais. Le parti-pris fou de Carpenter, Debra Hill et Kurt Russell (tous trois scénaristes) c’est de faire en sorte que Snake rentre dans l’histoire en ayant conscience qu’il l’a déjà vécue, une quinzaine d’années plutôt, car Big John ne se gêne pas pour reprendre le même schéma narratif, voire certains plans identiques. En témoignent la scène où Snake s’assoit sur une chaise alors qu’il lui reste quelques heures à vivre, ou bien la fameuse phrase « Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes »…

Le point noir du film sont évidemment les SFX, immondes surtout lors des séquences du sous-marin, des delta-planes ou du surf. Cela vient bien sûr de la faillite de la boite de SFX chargé du film lors de la post-production, donc quoi qu’il en soit, personne ne pouvait sauver ces scènes…

Là où Big John frappe fort, c’est sans aucun doute sur la dimension politique et idéologique. Se permettre d’être aussi critique vis-à-vis du pouvoir politique américain, des riches, des pauvres, de la chirurgie esthétique (grosse critique d’Hollywood), des révolutionnaires, des policiers et militaires, c’est quand même foutrement bon ! Pour autant il ne faut pas prendre Carpenter pour un anti-américain, bien au contraire. Ce qu’il dénonce avant tout, c’est l’ambition hégémonique des USA qui réduit la marge de liberté de ses citoyens jour après jour. Même le militaire incarné par Stacy Keach avoue, en parlant du look rétro de Snake, qu’il symbolise le « bon vieux temps ». C’est dire si l’autorité n’est qu’une façade manipulée par un président des USA ultra-religieux et obscurantiste (joué par l’excellent Cliff Robertson). En choisissant de remplacer la scène de catch de NY par un jeu de basket-ball lorsque Snake est prisonnier, Carpenter dénonce aussi la starification et l’aspect éphémère des stars, qui ne sont que des pions pour un système médiatique sans pitié et prêt à tout pour quelques dollars de plus.

Hollywood is dead !
Hollywood is dead !

En un mot comme en dix mille, Los Angeles 2013 est pour moi un brûlot transgressif et cynique brillant, un film d’action jouissif et généreux aux revendications fortes comme on en voit peu, surtout quand on sait qu’il est financé par une major.  Un « FUCK » en bonne et due forme aux valeurs établies et à l’aveuglement populaire. Malheureusement le film a été un échec au box-office, tout comme le Mars Attack de Burton à quelques mois d’intervalle. Ces deux là avaient effectivement peu de chance face au géant Independence Day et à son patriotisme écœurant qui, pour le coup, n’avait rien à dénoncer sur l’exemplaire société américaine ! « Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes ».

Titre original : John Carpenter's Escape From L.A.
Réalisation : John Carpenter
Nationalité : USA
Scénario : John Carpenter, Debra Hill et Kurt Russell
Chef Opérateur : Gary B. Kibbe
Musique : John Carpenter et Shirley Walker
Avec : Kurt Russell, Steve Buscemi, Pam Grier, Cliff Robertson, Bruce Campbell, Peter Fonda, 
Allison Joy Langer...
Production : Paramount Pictures et Rysher Entertainment
Distributeur : Paramount et UIP
Durée : 101 mn
Sortie en France : 13 novembre 1996

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8 réflexions sur « Los Angeles 2013, de John Carpenter (1996) »

  1. Formellement, cet opus prend un gros coup de vieux. Trop « ambitieux » avec ses multiples effets spéciaux pas finis. Mais quelque part ce serait pour rejoindre tes propos sur la critique d’Hollywood. Faudrait que je le revois avec la distance, tiens.

  2. C’est clair que le film est trop ambitieux sur la papier, et cela se voit à l’écran. Pour les effets spéciaux, la faute en revient surtout à la banqueroute de la société qui en était chargé, qui a livré les plans non finis tels quels…

  3. Il faudrait que je le revoie…pour lui consacrer un billet ! De mémoire, il ne valait pas « New York 1997 », à mes yeux.

  4. D’un côté je te l’accorde Laurent, « New York 1997 » est mieux conçu, sans fioritures, novateur pour l’époque et assumant son budget ridicule. « Los Angeles 2013 » fait pâle figure avec ses effets cheaps, mais la revendication idéologique y est juste monumentale, c’est ce qui fait sa force. Et Kurt Russell défonce tout quoi (mais c’est le cas aussi dans « New York 1997…).

  5. « Burn Hollowood burn ! » scandait Public Enemy. Carpenter reprend le slogan à son compte pour un film qui se place, certes, en-deça de l’esxcellent « escape from NY ». Reste que Snake Plissken est un personnage génial, un des plus célèbre borgne du western post-moderne/apocalyptique (hommage au Duke dans son rôle de Rooster Cogburn ?)

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