Le loup-garou de Londres, de John Landis (1981)

Quand la lune, sanguine, dessine dans le ciel un cercle lumineux que viennent balafrer les nuages, je me transforme. Mon sang mute, ma pilosité surabonde, mes os craquent et se tordent, mes oreilles s’aiguisent et s’allongent, et mes dents deviennent des crocs. En moins de dix minutes, je suis devenu… un renard-garou ! Le renard-garou est au loup-garou ce que le chat est au tigre, l’esturgeon au requin, le lézard au crocodile, le hamster au sanglier (?)… Déchirant la nuit d’un horrible glapissement qui résonne dans les vingt mètres alentour, je me mets en chasse. Le museau au ras du sol, comme un détecteur de métaux sur une plage, je cherche ma proie. Rien ne m’arrête : je suis une bête, un monstre ; je suis votre pire cauchemar… Le matin, je me réveille nu sur le sol, des plumes dans la bouche et de la terre sous les ongles, ne me souvenant de rien. J’ai honte des dégâts que j’ai causés, des meurtres que j’ai engendrés : grillages abîmés, poubelles renversées, poules déchiquetées. C’est ainsi depuis que j’ai regardé Rox et Rouky. Je n’y peux rien… Tremblez, pauvres hères, tremblez !…

Le Loup garou de Londres

Il n’existe pas de films sur les renards-garous. En revanche, les films sur la lycanthropie abondent, et ce, depuis les premiers âges du cinéma (The Werewolf, 1913). Néanmoins, Le loup-garou de Londres est sans doute l’un des mieux réussis, même s’il reste, comme la plupart des films de loups-garous, peu connu du grand public.

Deux Américains, David Kessler (David Naughton) et Jack (Griffin Dunne) ont décidé de faire un périple en Europe, leur première étape étant l’Ecosse. Sur place, égarés dans les landes, ils se font attaquer par un loup-garou et seul David en réchappe, son ami se faisant littéralement déchiqueter sous ses yeux. Sauvagement mordu, David est transféré à l’hôpital de Londres où il reprend peu à peu conscience, aidé par l’infirmière Alex (Jenny Agutter), qui l’accueille bientôt chez elle. En proie à des cauchemars morbides et réalistes, le jeune homme commence à s’inquiéter… Il ne sait pas encore l’horrible sort qui l’attend.

Le loup-garou de Londres

Monstre fascinant, mi-homme mi-bête, le loup-garou dort en chacun de nous, comme le rappelait Plaute dans sa comédie Asinaria, ou Patrick Juvet dans sa chanson Où sont les femmes. Mythe millénaire et transcontinental, qu’on retrouve aussi bien chez les Indiens d’Amérique qu’en Bretagne, la lycanthropie fut longtemps considérée comme vraie, à tel point qu’aux obscurantistes XIVe et XVIIe siècles, grande époque de la chasse aux sorcières, les procès de « loups-garous » furent très nombreux et des milliers de malheureux périrent sur le bûcher ou écorchés vifs. On savait rire, en ce temps-là ! Les personnes accusées étaient généralement des simples d’esprit dont les sourcils se rejoignaient au-dessus du nez (Raymond Domenech et Emmanuel Chain auraient morflé à l’époque) ou bien souffrant d’hypertrichose ; mais il se peut également que certains d’entre eux fussent effectivement des gens dérangés qu’on qualifierait aujourd’hui de tueurs en série ou psychopathes. Ainsi, Gilles de Rais fut, lui-même, accusé d’être un loup-garou.

John Landis, réalisateur du très jouissif The Blues Brothers, avait rédigé le scénario du Loup-garou de Londres quand il n’avait que 19 ans. Une fois le film sorti en 1981, Michael Jackson fut tellement impressionné par la scène de la transformation qu’il demanda au cinéaste de réaliser son clip Thriller. Mélange de comédie (on reste chez Landis) et d’horreur pure devenu un classique du genre, Le loup-garou de Londres reprend des éléments du mythe du loup-garou tels qu’inventés par Hollywood : la pleine lune, la morsure qui vous transforme en bête, la soupe aux courgettes qui rend le poil soyeux, et en laisse d’autres de côté, comme les balles d’argent. Alternant humour so british et horreur débordant sur le gore, avec quelques scènes « trash » (les loups-garous déguisés en SS attaquant la famille juive de David), Le loup-garou de Londres, malgré une trame ultraclassique, offre un résultat réjouissant et divertissant, servi par des acteurs au top et certaines musiques assez angoissantes. Une scène, notamment, vous passera l’envie de prendre le dernier métro les nuits de pleine lune.

Le loup-garou de Londres

A noter que le film de Landis est le premier film à remporter un oscar pour ses maquillages, et on comprend nettement pourquoi, vu la qualité des effets spéciaux franchement impressionnants, et encore aujourd’hui ! La scène de la transformation, en longs plans séquence, vieille de pourtant une trentaine d’années, n’a rien à envier aux piteuses métamorphoses en 3D du Loup garou de Paris ou de Van Helsing. La technique utilisée par le talentueux maquilleur Rick Baker, auquel John Landis avait confié qu’il voulait une transformation jamais vue jusque-là, rend la métamorphose de l’homme en bête plus crédible, plus troublante, plus réaliste : un sublime moment de cinéma fantastique. Alors qu’il est en train de lire pour tuer le temps et que dans le ciel, la pleine lune est à son zénith, David est soudain pris d’une affreuse douleur. Il a chaud, il étouffe, il hurle et appelle désespérément à l’aide… En fond sonore, une petite musique pop plutôt joyeuse confère à l’ensemble un sentiment de malaise. Quelques instants plus tard, David est devenue une bête à quatre pattes, affamée et sanguinaire, lâchée en plein cœur de Londres. Le monstre, d’ailleurs, sorte d’énorme loup noir aux canines acérées, est assez effrayant. On dirait ma factrice, en moins velu.

Pour moi, voici sans doute l’un des meilleurs films sur la lycanthropie qui, avec Hurlements (Joe Dante) sorti la même année et contenant lui aussi une bonne scène de métamorphose, et le poétique La Compagnie des loups (Neil Jordan, 1984), a dépoussiéré le mythe du loup-garou. Plus récemment, le Wolfman de Joe Johnston (2010), avec Benicio del Toro, n’est pas trop mal, même si j’aime moins ce type de loup-garou trop anthropomorphe. Quant aux loups-garous de Twilight… Ce ne sont là que d’inoffensifs yorkshires pour midinettes.

Haydenncia

 Anecdote : toutes les chansons du film ont pour thème la lune. C’était « l’anecdote du siècle ». 

Publicités

Une réflexion sur “ Le loup-garou de Londres, de John Landis (1981) ”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s