La Rafle, de Roselyne Bosch (2010)

En septembre 2010, à l’occasion de la sortie de La Rafle en DVD, Rose Bosch rappelait à ceux qui considéraient son film comme trop tire-larme, que ne pas pleurer devant La Rafle, c’était être antisémite… « En tout cas, s’il y a une guerre, je n’aimerais pas être dans la même tranchée que ceux qui trouvent qu’il y a ‘trop’ d’émotion dans La Rafle » précisait-elle. J’ai donc l’honneur de vous annoncer que je suis antisémite et que lors de la prochaine guerre mondiale contre les Suisses, j’irais avec ma petite pelle creuser une autre tranchée loin de celle de Rose Bosch, pour ne pas la heurter et me retrouver avec du plomb dans les fesses… D’ailleurs, en passant, que viennent foutre les tranchées ici ? What the fuck ?… Enfin, bref…

Je considère pourtant ce genre de film historique comme nécessaire et je pense que mieux réalisé, un tel projet aurait pu donner quelque chose dans la veine du magnifique Le Pianiste ; mais hélas, je me suis ennuyé devant cette rafle et je n’ai, pour ainsi dire, pas versé une seule larmichette. J’ai toussé, à un moment. Mais, de toute façon, j’aurais même dû applaudir la flicaille française et le RSHA, puisque je suis antisémite. On en apprend tous les jours sur soi-même, hein !

La Rafle

Si la rafle du Vél’ d’Hiv est un épisode connu pour ceux qui s’intéressent à la France occupée, il l’est sans doute moins pour beaucoup d’autres. En cela, un tel film est salutaire, car le sujet a très peu été évoqué par le cinéma (le final de Monsieur Klein, de Joseph Losey, tourné en 1976 avec Alain Delon). L’histoire de La Rafle tourne autour du petit Joseph Weismann, alias Jo (Hugo Leverdez), qui vit avec sa famille et d’autres juifs sur la Butte Montmartre, à Paris. Tous doivent porter l’étoile jaune quand ils sortent dans la rue et tous vivent dans la crainte d’une possible arrestation.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet, 9.000 policiers et gendarmes français, suppléés par environ 300 à 400 jeunes fascistes du PPF de Jacques Doriot, viennent arrêter plus de 13.000 juifs (moins de 100, dont aucun enfant, ne survivront à la déportation). Si aucun Allemand ne participa à cette rafle, celle-ci fut supervisée par la SS, au sein d’une planification de grande envergure organisée dans l’Europe occupée et visant à arrêter des centaines de milliers de juifs, l’opération « Vent Printanier ».

Le jeune Jo, dix ans, se retrouve donc avec sa famille et ses amis enfermés dans le vélodrome du 15e arrondissement. Assoiffés, ils sont totalement laissés pour compte dans des conditions sanitaires déplorables. Ils sont néanmoins aidés par l’infirmière Annette Monod (Mélanie Laurent), le docteur Sheinbaum (Jean Reno), lui-même prisonnier, ou les pompiers de Paris qui vont, contre l’avis des autorités, ouvrir les vannes pour donner à boire aux prisonniers.

Quelques jours plus tard, tous les juifs retenus prisonniers sont envoyés dans le camp de transit de Beaune-la-Rolande. Finalement, alors que ses parents sont envoyés vers l’Est d’où ils ne reviendront pas, le petit Jo et son ami Noé parviennent à s’échapper… Ils ne retrouverons jamais leur famille.

La Rafle

Vouloir raconter ce moment tragique de l’histoire de France est tout à fait louable et même fort souhaitable. Cependant, il faut avouer que ce genre de scénario est assez casse-gueule. Le gros piège, avec ce type de film, en plus de prendre garde ne pas verser dans le réquisitoire facile et le « tous pourris », c’est également de ne pas tomber dans le tire-larme/gros sabots avec envolées musicales et effets chromos appuyés. Pour ma part, je considère que l’émotion au cinéma, comme je l’ai déjà souligné dans d’autres critiques, doit venir naturellement, et non être provoquée (réclamée) à grands renforts de gyrophares larmoyants. Or, ici, elle est archiprovoquée. Tout est fait pour vous faire pleurer : on vous tient la main et on vous dit ce que vous devez ressentir à cet instant précis du film ! « Maintenant, tu dois rire… Là, tu dois pleurer… »

En lui-même, le film n’est d’ailleurs pas mauvais mauvais, il est seulement très maladroit, désincarné, un brin manichéiste et, je le répète, tire-larmes. Les acteurs, eux-mêmes, paraissent surjouer et Gad Elmaleh prouve une fois de plus, comme plus récemment avec Le Capital de Costa-Gavras (2012), qu’il est bien meilleur en tant qu’humoriste que dans des rôles dramatiques et « sérieux ». Et puis, ce choix « voyeuriste » qui, en plus de ne rien apporter à l’histoire, sonne terriblement faux, de vouloir à tout prix montrer Hitler et Himmler au Berghof… Je pense que justement, la force d’un tel film aurait été simplement de suggérer le nazisme en tant que grand ordonnateur de la Shoa, principal instrument de l’extermination des juifs, mais que l’appareil nazi soit, pour ainsi dire, « invisible » et donc encore plus sinistre et menaçant. Pas besoin de montrer Hitler ou l’autre binoclard en gros plan pour comprendre le tragique de la rafle du Vél’d’Hiv ! Un excellent film comme La Liste de Schindler par exemple, échappe à ce genre de parti pris trop démonstratif.

La Rafle

Alors bon, ce film de Bosch sur la rafle se regarde quand même et reste utile, en tant qu’œuvre pédagogique par exemple, pour des élèves de 5e qui n’en demandent pas trop. Ce film est d’ailleurs largement diffusé dans les classes. De fait, lors de sa sortie, une projection (inter)nationale a même été organisée, notamment pour différents hommes et femmes politiques (Sarkozy, Strauss-Kahn, Copé, Kouchner, Royale) ; France 2 organisa un grand prime-time consacré à l’évènement avec Marie Drucker et Max Gallo en direct-live… Autant dire que le film a cartonné dans les salles et a au moins eu le mérite de nous rappeler ces terribles faits, soixante-dix ans après.

En plus de faire oeuvre de mémoire, l’autre aspect positif que j’ai quand même trouvé dans La Rafle, c’est le Vél’ d’Hiv’, justement, reconstitué en partie en 3D et qui donne une vision concrète de ce que fut l’entassement des juifs dans cet endroit. Cette séquence assez bien reconstituée nous permet de voir à quoi ce lieu ressemblait (il n’existe qu’une seule photo de la rafle !), avec tous ces gens rassemblés dans une misère effroyable… Mais, cela ne suffit pas à sauver le film. Si vous voulez voir de bons films sur la Shoa et pas des sucreries, je vous conseille plutôt, par exemple, l’excellent et terriblement glaçant Conspiration, avec Kenneth Branagh dans le rôle de Heydrich et Stanley Tucci dans celui d’Eichmann (2001) ; Au revoir les enfants, dont vous pouvez lire la critique sur ce blog même (1987) ; et évidemment Nuit et Brouillard, formidable documentaire d’Alain Resnais (1956).

Haydenncia

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6 réflexions sur “ La Rafle, de Roselyne Bosch (2010) ”

  1. En effet, ne prônons pas l’inutilité. Mais après quand on connaît les intentions et les propos de la « cinéaste » derrière la caméra, personnellement je préfère le jeter à la poubelle. Se cacher derrière de tels phénomènes inoubliables pour faire briller son égo et provoquer les spectateurs qui ont réalisé la naïveté de son film, ça me dégoute.

    Puis franchement le coup des applaudissements à la fin ça m’a achevé, ça va presque dans le manque de respect quoi.

    Merci donc d’avoir rappelé à la fin de ton article des œuvres qui sont de vraies pièces de mémoire et dignes d’intérêt 😉

  2. Y a pas de quoi ! « Conspiration », notamment, est plutôt un téléfilm qu’un film, mais, pour ceux qui s’intéressent à cette période, je pense qu’il est très intéressant. Et Kenneth Branagh, blondi pour l’occasion, est véritablement effrayant ! Au plaisir de te revoir sur notre blog ^^

  3. En effet « conspiracy » est un très bon (télé)film qui surpasse de loin cette déplorable reconstitution des martyrs de la rafle (le Veld’hiv filmé comme dans Gladiator, c’est quand même too much). On peut aussi conseiller le classique du grand Losey « Monsieur Klein » pour se faire une idée des évènements à travers une fiction. Même si je suis du même avis, je ne le dis pas trop fort parce qu’il paraît qu’on peut vite se retrouver en procès avec madame Bosch…;)

  4. En cas de procès, je compte sur tous les cinéphiles et passionnés d’histoire pour venir me défendre à la barre ^^ ! La séance est levée !…

  5. Le film, comme tu le dis, n’est pas mauvais en soit, juste qu’il n’est pas aussi sensationnel que ce que sa réputation laisse entrevoir. Le coup des fours autour du barbecue est vraiment malvenu même si on comprend où voulait en venir la cinéaste avec cet effet.

    Concernant Rose Bosch, no comment. Ses propos vis à vis de ceux qui n’apprécie pas son film ne mérite pas d’être relevé.

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