Le Sauvage, de Jean-Paul Rappeneau (1975)

J’habite seul avec maman, dans un très vieil appartement, rue Sarasaaaateeeu… Pardon, je ne sais pas pourquoi je chante ça. Je pensais à autre chose. Je pensais, en vérité, au film que j’ai vu hier soir, que j’ai beaucoup aimé et dont je tiens à tout prix à faire la critique ici même. Ce film, c’est Le Sauvage. Je ne sais pas si vous l’avez vu, si ce n’est pas le cas, vous en avez sûrement entendu parler, mais croyez-moi, ça vaut le coup d’y jeter un œil. Et quand on s’appelle Jean-Marie Le Pen, d’y jeter un œil de verre ! Les raisons ? Si vous aimez Yves Montand et Catherine Deneuve, même si cette dernière peut parfois dire de grosses conneries, d’abord. Ensuite, si vous aimez Robinson Crusoé et les îles paradisiaques. Enfin, si vous aimez la soupe aux perles. Que c’est bon, la soupe aux perles !… Le problème, c’est que cela nécessite d’avoir mangé un pot-au-feu avant, pour en récupérer le bouillon. Et le pot-au-feu, c’est pas trop mon truc… Moi, je suis plutôt chili con carne ou une bonne raclette… Ou un bébé phoque avec du vinaigre… Mais, qu’est-ce que je raconte ?

Martin (Yves Montand) fait par hasard la rencontre de Nelly (Catherine Deneuve) dans la ville vénézuélienne de Caracas, alors que la jeune femme tente de fuir son futur époux, elle qui ne veut plus se marier. Cherchant de l’aide pour rentrer en France, la tornade blonde se tourne vers Martin et lui propose, en guise de salaire, de lui vendre un Toulouse-Lautrec, volé à son patron. Martin accepte, non mécontent de voir partir cette demoiselle envahissante et volcanique. Cependant, alors qu’il regagne son île, lui qui recherche la solitude, voilà t-y pas qu’il a la surprise de constater que Nelly s’y trouve aussi ! Finie la tranquillité !…

Le Sauvage

Je ne suis pas trop comédie romantique : des films comme Coup de foudre à Notting Hill ou Quand Harry rencontre Sally ne sont pas ma tasse de thé ni ma coupe de champagne ni mon verre de grog. Mais, autant dire que Le Sauvage, qui emprunte beaucoup aux comédies sentimentales américaines, en y ajoutant de l’aventure, m’a beaucoup plu. Deux individus opposés vont se rencontrer par hasard et ne plus se lâcher : lui, ermite au regard charmeur et malin, un brin macho, qui cherche à se poser et désirant être seul sur son île ; elle, au débit de mitrailleuse, caractérielle mais tellement jolie. Entre les deux, de la première engueulade au premier baiser, c’est une véritable histoire d’amour qui va naître, doucement, mais sûrement. C’est qu’une île de cette taille, pour deux personnes, c’est un peu petit, mais ça créé des liens. Le film, d’ailleurs, n’est pas dénoué d’humour : à un moment, Montand en vient même, dans un geste plus spontané que calculé, à assommer la belle avec un ananas… Voilà un fruit qui n’a pas encore livré toutes ses utilités !

Yves Montand, un acteur que j’aime beaucoup (moins le chanteur, mais c’est une affaire de goût et, sans doute, de génération) incarne ici un homme cherchant la solitude, après des années à travailler en tant que créateur de parfum dans une grande multinationale. Ce monde-là ne l’intéresse plus : il a décidé de le fuir. Et c’est sur un îlot magnifique, perdu au large de l’Amérique latine, qu’il joue au Robinson Crusoé moderne. L’endroit est vraiment paradisiaque et on bave d’envie devant cette eau turquoise, cette plage de sable blanc parsemée de palmiers, cette maison de style colonial, nid douillet dans lequel on doit bien se sentir par grandes tempêtes. L’homme a installé un potager, nourri par un ingénieux système d’irrigation. Une éolienne fait venir l’électricité. Il possède également sa basse-cour et accède à son petit voilier par un ponton de bois blanc qui rampe sur l’onde calme et limpide, avec filet de pêche et hamac. Si demain je dois m’exiler fiscalement, c’est sur cette île que je partirais. Et pas à Nechin, ou je ne sais où.

Le Sauvage

Quant à Catherine Deneuve, adorable enquiquineuse, jolie peste qu’on pardonne aisément, elle est sublime et terriblement belle. En la regardant, fragile, cheveux blonds flottant au vent ou bien complètement trempés, yeux céruléens, je suis tombé raide dingue amoureux. Volubile – elle a toujours quelque chose à dire et vous court après pour vous questionner sans arrêt – son teint pâle légèrement hâlé par le soleil des Caraïbes, jeune, presque poupée, elle ferait craquer même le plus intégriste des archevêques. Voilà une emmerdeuse qu’on aimerait croiser plus souvent. N’est-ce pas elle, plutôt, la sauvage du titre ? Elle qui court le monde, qui ne peut ni ne veut jamais se stabiliser ; elle vous demande quelque chose, vous refusez, elle boude, elle vous redemande, vous acceptez et vous tombez dans son piège, mais vous y tombez sans vous poser de question, presque par plaisir. Vous l’enfermez dans la cale de votre bateau, elle vous le coule dans la seconde, et votre colère, légitime, ne résistera pas à ses beaux yeux. Une poupée qui vous mène par le bout du nez.

Seul avec elle sur une île perdue, Martin ne pense qu'à s'en débarrasser... Y a quelque chose qui tourne pas rond chez lui, non ?
Seul avec elle sur une île perdue, Martin ne pense qu’à s’en débarrasser… Y a quelque chose qui tourne pas rond chez lui, non ?

Enfin, les dialogues signés Jean-Loup Dabadie sont soignés et fonctionnent à merveille, gracieusement servis par le jeu impeccable de ces deux monstres du cinéma. Le Sauvage, injustement oublié aujourd’hui (comptez le nombre de fois où il est passé à la télévision) est un beau « film d’amour » qui n’a pas pris une ride et se regarde avec toujours autant de plaisir. Si vous ne l’avez pas vu, je vous conseille vraiment ce voyage vers une île perdue dans un lagon, sortie d’un tableau du Douanier Rousseau, en compagnie d’un couple improbable et beau.

Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à bicycleeeeetteuuuuh… Désolé.

Haydenncia 

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