La Part des Anges, de Ken Loach (2012)

Glasgow, la plus grande ville d’Ecosse et sa banlieue aussi gaie qu’une chanson de Barbara une lundi matin sur un quai du Havre par temps de pluie alors que mamie Jeanne vient de mourir… Robbie, jeune délinquant ultraviolent au visage balafré, condamné à des travaux d’intérêt général pour avoir infligé de graves blessures lors d’une bagarre, se rend bien compte qu’il doit changer. D’autant que, amoureux, désireux de trouver un boulot, non dépourvu d’intelligence et même plutôt débrouillard, le jeune homme vient de devenir père. Et c’est comme un déclic : quel avenir a-t-il à offrir à ce bout de chou qu’il tient dans les bras ? Avec l’aide du sympathique et généreux Henry, son éducateur, et en compagnie de jeunes paumés comme lui, il va s’initier… à l’art du whisky ! Robbie va alors se découvrir un réel talent de dégustateur ; talent qui pourra peut-être l’aider à s’en sortir pour de bon…

Pour une fois que Ken Loach ne nous pousse pas au suicide, mais plutôt au rire, il faut en profiter ! Malgré cela, l’histoire part plutôt mal, tant l’atmosphère de cette Ecosse miséreuse, laissée pour compte de l’Angleterre, où le ciel est toujours gris et les jeunes tout le temps alcoolisés, règne pendant toute la première partie du film. Cette partie permet de se familiariser avec Robbie, sa vie, ses (grosses) emmerdes et ses nouveaux rêves. Curieusement, alors que le personnage a franchement tout de détestable, dans le genre petite racaille écossaise bagarreuse, l’acteur est suffisamment charismatique pour qu’on s’attache à lui et même, qu’on l’apprécie.

Une fois passée cette mise en situation nécessaire, l’humour prend le dessus, le soleil revient et notre moral avec lui. Alors, le visage ragaillardi par un sourire radieux, on se surprend à chanter du Pierre Billon, à danser sur son inénarrable « Bamba triste » et à taper des mains avec nos amis les écureuils et les Leprechauns de la forêt de Rambouillet… Houlà… J’ai mal à la tête, moi…

La Part des Anges

Le jeune Robbie (Paul Brannigan, impressionnant) déteste son père, son beau-père, part au quart de tour et vous fracasse le crâne contre un parpaing pour un « peut-être, je te redis ça demain ». Bref, ce n’est pas quelqu’un de très recommandable. De plus, à Glasgow, Robbie est sans cesse harcelé par une bande ennemie qui rêve, en le provocant sans cesse, lui le querelleur pulsionnel, de le voir replonger pour dix ans. Néanmoins, plusieurs éléments vont le pousser vers la rédemption et le salut de son âme, Amen.

D’abord, sa copine. Il ne veut plus qu’elle souffre par sa faute – et c’est aussi la mère de son enfant. Il l’aime, ce gosse pas plus gros qu’un ouistiti : c’est surtout pour lui qu’il veut changer de vie. Ce bébé signifie une nouvelle étape, une rupture, et Robbie sait bien que s’il retourne en prison, alors il pourra dire adieu au petit Luke et à sa fiancée, pour le plus grand plaisir du père de cette dernière.

Seconde étape sur la voie de son rachat : Henry, ce brave Henry, qui cherche véritablement à aider les jeunes dont il s’occupe, mais également à leur faire découvrir le plaisir de savourer un bon Pure Malt tout droit sorti des Highlands. Il y a aussi cette bande de jeunes, ces petits délinquants condamnés, avec Robbie, à nettoyer des tombes, ramasser des ordures… pour payer leur dette à la société. Parmi eux, Rhino, un vandale ; Albert, inculte, mais bien sympathique ; et Mo, une kleptomane irrécupérable…

Dernier élément : ce formidable don que Robbie se découvre pour déguster, sentir, reconnaître les meilleurs Whiskys. Un vrai talent caché d’œnologue, qui va notamment servir dans la petite arnaque que sa bande d’amis et lui vont mettre en place pour changer de vie une fois pour toutes… Au risque de refaire un tour par la case prison…

La Part des Anges

J’ai aimé ce film, malgré une fin que j’ai trouvée un peu improbable, bien que pas dérangeante… Je l’ai aimé, d’abord parce qu’il nous change des Ken Loach habituels – le seul véritable Ken Loach que j’ai apprécié, même si je concède que c’est un bon réalisateur, c’est Le Vent se lève, superbe fresque historique. Sweet Sixteen m’a plongé dans un coma cafardeux pendant trois mois et My Name is Joe, pendant huit mois ! Celui-ci, La Part des Anges, évidemment politiquement axé (c’est du Ken Loach le marxiste), montre comment un groupe de jeunes banlieusards attachants, paumés mais futés, peuvent rouler de vieux riches aveuglés par leur snobisme, d’où une comédie sociale pleine de tendresse. Autre qualité : la mise en scène, simple, efficace. Et la VO, qui permet de découvrir l’accent écossais, et notamment l’écossais parlé, quotidien, celui des « gens d’en bas » : des ‘r’ qui roulent, des mots mâchés (« little boy » devient « lil boy ») et beaucoup de « fuck ! », de « jerk » et de « Jesus-Christ ! »…

Enfin, j’aurais appris avec ce film que l’odorat est notre sens le plus ancien, datant de l’époque où nous étions, et toi aussi Jean-Luc, des reptiles, et le plus performant. Ça m’a complètement changé ma soirée et depuis, je ne perçois plus le monde de la même façon. Rendez-vous compte : j’ai le nez d’un reptile !… Dingue !…

Bref, La Part des Anges est un Ken Loach toujours aussi politique, mais plus optimiste, plus joyeux et très recommandable.

Haydenncia

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3 réflexions sur “ La Part des Anges, de Ken Loach (2012) ”

  1. Il n’est jamais trop tard pour se rattraper, comme dirait Bachar el-Assad !… Bonnes fêtes de fin d’année à toi, Laurent !

  2. Et voilà, j’ai réparé cette lacune…et je confirme : un grand, un bon Ken Loach. Du coup, ça m’a donné envie de m’en refaire un cycle.
    Merci à toi.

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