Django Unchained, de Quentin Tarantino (2013)

        C’est devenu une habitude, chaque film de Tarantino est attendu avec une impatience fébrile, tout comme un junkie attend sa prochaine dose dans une angoisse insoutenable. Alors quand la place est dans nos mains, que l’on s’installe confortablement dans le siège bien au centre de la salle et que le logo Columbia Pictures des années 60 se fige sur l’écran, on se dit que c’est bon ce coup-ci, on va encore prendre une grosse dose de transgression cinéphilique bis dans la tronche, orchestrée par le maître de la jouissance sur grand écran.

Django Unchained

        Dans ce western spaghetti à l’américaine, Tarantino nous raconte l’histoire d’un ancien dentiste allemand reconverti en chasseur de primes, le Dr. King Schultz (Christoph Waltz), qui libère Django (Jamie Foxx), un esclave, et le forme afin de lui permettre de libérer sa femme (Kerry Washington) des mains de Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), un riche et terrible propriétaire terrien, le tout en 1858 dans le Sud des Etats-Unis. Evidemment en faisant un western, Tarantino rend hommage à un genre qu’il adore, et qui l’a bien inspiré pour nombres de ses films (rien que Inglourious Basterds est une sorte de western durant la Seconde Guerre mondiale). Plus encore, c’est l’âge d’or du cinéma bis italien, avec ses centaines de westerns spaghettis auxquels ils convoquent le second degré, la cool attitude de ses protagonistes et son ultra-violence décomplexée (Django renvoie au film éponyme de Sergio Corbucci de 1966).

        Ce qui est nouveau dans ce Tarantino, c’est le message politique très engagé, cette dénonciation de l’esclavage vraiment bien traduite par les images et les dialogues, qui , une fois n’est pas coutume, prennent une place importante dans le film mais sont un régal d’humour ! Jammie Foxx n’a jamais été aussi imposant, dans un rôle en forme d’initiation puis de quête (de vengeance), son nom prend tout son sens lors du final (Django signifie « je m’éveille »), mais le parallèle avec le Siegfried de L’Anneau de Nibelung, conté par Christoph Waltz, est bien vu aussi. Tout cela apporte une consistance romanesque voire mythologique au récit, qui prend la forme d’une exploration brutale des fondements obscurantistes de l’Amérique contemporaine. Christoph Waltz est immensément classe, une débit de paroles impressionnant, un charisme fou et un professionnalisme dans son métier de chasseur de prime très… allemand ! Bref, un rôle en or. Leonardo DiCaprio m’a un peu moins convaincu, mais il offre tout de même une excellente prestation de propriétaire terrien bien conservateur et impitoyable. Mais c’est surtout son serviteur, joué par Samuel L. Jackson, qui impressionne, un jeu dément, touchant, qui se termine en apothéose par une mise à mort durant laquelle Django ne lui pardonne pas sa servitude aveugle face aux Blancs. Jouissif (et dans l’absolu, un rôle qui doit beaucoup à La Case de l’Oncle Sam, le roman anti-esclavagiste de Harriet Beecher Stowe datant de 1852). Vous l’aurez compris, Django Unchained est une vraie galerie de personnages géniaux, et la liste est encore longue de petits rôles qui pimentent le film (Quentin Tarantino, Franco Nero aka le Django original, Jonah Hill et la délirante scène du KKK…).

Django Unchained

        On pourra cependant reprocher quelques petites longueurs par-ci par-là, et une utilisation trop éclectique et abusive de la bande-son, mais pour autant, Django Unchained prouve que Tarantino est toujours au top, livrant une pépite subversive, violente, décalée et politique, tout en conviant ses influences habituelles (westerns spaghettis, cinéma d’action de Hong-Kong, Jean-Pierre Melville et quelques centaines d’autres ;)).

Titre original : Django Unchained
Réalisation et scénario : Quentin Tarantino
Nationalité : Etats-Unis
Chef opérateur : Robert Richardson
Avec : Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, 
Kerry Washington, Samuel L. Jakson, Walton Goggins...
Production : The Weinstein Company et Columbia Pictures
Distibuteur : Sony Pictures
Durée : 165mn
Sortie en France : 16 janvier 2013

                                    Dr. Gonzo
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4 réflexions sur “ Django Unchained, de Quentin Tarantino (2013) ”

  1. Je ne dirais pas que c’est un chef-d’oeuvre (choix de certaines musiques, longueurs), mais un très bon film, c’est sûr. Comme toi, je suis plus emballé par Jamie Foxx, Waltz et Jackson que DiCaprio, même si il n’a pas de mal à convaincre.
    Je te rejoins sur le coté mythologique du film, cette façon d’inscrire cette quête dans une dimension atemporelle et métaphysique donne une épaisseur supplémentaire au film.

  2. C’est loin de l’être a mon sens, par contre ces un sacré film, un film assez mature au fond, qui assume son sujet et la violence en question, loin de ces immenses délire habituel, ces « son » western avec « sa » touche personnelle, un western qui devrait drainer un plus large public a mon sens

  3. Un peu long en effet, et composé de segments de qualités variables. Mais l’exercice reste brillant, notamment lors de toute la partie « Candyland » (que je débute dès l’apparition de DiCaprio au club). Après une approche romanesque et presque feuilletonnante comme tu le soulignes (qui doit autant aux légendes germaniques qu’à Dumas, citation fondamentale du film), on entre dans le domaine de la tragédie, un théâtre baroque où chaque personnage (acteur) devra jouer son meilleur rôle (Jamie Foxx le flingue et Waltz le verbe) face à l’ogre décadent DiCaprio. C’est aussi l’endroit où les langues se délient, où le docteur Shultz peut une dernière échanger quelques mots dans sa langue natale, un dernier plaisir avant de quitter ce monde cruel.

  4. Un régal pour les yeux et les oreilles. Une fois de plus, Tarantino prouve son génie et on lui pardonne bien volontiers les quelques excès et longueurs de ce Django. Sublime performance de Waltz, encore une fois !

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