Leo the Last, de John Boorman (1970)

        Les festivals de cinéma ont cela d’extraordinaire qu’ils permettent de voir des films introuvables dans le commerce, ou de remettre à l’honneur des films oubliés de grands noms du cinéma. C’est ce qui s’est passé pour mon cas lors des Premiers Plans 2013, à Angers. Et pour le coup, c’est un film du grand John Boorman, Leo the Last (présenté par lui-même !!) qui a reçu le prix de la mise en scène à Cannes en 1970. Pour rappel, Boorman a réalisé des films atypiques comme Excalibur, Le Point de Non-Retour, l’étrange Zardoz ou encore le mythique Délivrance. Un artiste à la vision personnelle, authentique, qui dépeint dans ses oeuvre une humanité sans dieux, perdue, une vision pessimiste et ce quelque soit le genre auquel il s’attaque (science-fiction, fantastique, drame…). Une oeuvre dans laquelle on voit l’influence des lectures de Carl Gustav Jung, dont il partage l’idée des mythes comme fondements de la société.

Marcello Mastroianni dans Leo the Last (comprenez Léo le dernier représentant d'une bourgeoisie sur le déclin)
Marcello Mastroianni dans Leo the Last (comprenez Léo le dernier représentant d’une bourgeoisie sur le déclin)

        Leo the Last est son quatrième film, sorti en 1970 (mais pas en France), et le premier dont il est le scénariste. Il marque aussi son retour en Angleterre, après deux films produits aux Etats-Unis. L »histoire en est fort simpliste : Leo, un riche héritier vivant dans une immense demeure d’un quartier londonien  en ruine et habité par une population noire, s’ennuie à mourir dans sa vie d’aristocrate. Il décide de venir en aide aux Noirs, en particulier à Salambo, une jeune prostituée. Si Le Point de Non-Retour brillait par un refus total des conventions cinématographiques (narration éclatée, séquences psychédéliques…), Leo the Last semble aller encore plus loin. Du début du film où une multitude de voix-off s’emmêlent jusqu’aux images de visages multipliées sur les vitraux d’une porte, Boorman fait le choix d’une expérimentation totale, refusant tout réalisme. Au contraire, le film devient rapidement une satyre burlesque, excentrique à souhait (la scène où les bourgeois mangent à se faire vomir est la plus significative), laissant le spectateur dans une posture ambiguë face à ce manichéisme entre riches et pauvres dans une même rue.

Leo the Last
Une grande partie du film est composée de plans issus de la longue-vue de Leo.

        Marcello Mastroianni (Leo), y est simplement magistral.  Un riche héritier face à la vacuité existentielle de son statut, et l’impossible communication avec les « siens », ceux qui partagent sa fortune, mais pas ses aspirations à plus de liberté. Un sujet intemporel, qui peut rappeller par exemple ce à quoi est confronté Clint Eastwood dans Gran Torino : aider ceux dans le besoin pour « grandir », découvrir de nouvelles choses, vivre en soit. Il faut voir la scène où Mastroianni brandit un sabre contre les membres de sa famille en disant « Je suis pacifiste », pour mesurer toute la contradiction inhérente à la contestation (celle sociale de Leo, et celle, cinématographique, du réalisateur). Un film qui reflète absolument les espérances de son époque, entre émergence des sous-cultures contestataires et expérimentations  artistiques, et qui doit aussi à une nouvelle façon de concevoir le cinéma héritée de la Nouvelle Vague, entres autres. C’est aussi l’idée que toute révolution ne représente qu’une goutte dans l’océan, comme le laisse penser le dernier dialogue du film :

–  » Tu as réussi à changer le monde ? »

– « Non, mais j’ai changé la rue. »

                                                                                                                          Dr. Gonzo

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