Le Survivant, de Boris Sagal (1971)

Le Survivant, de Boris Sagal (1971)

        Le docteur Robert Neville (Charlton Heston) est le dernier survivant humain d’une guerre biologique survenue 2 ans auparavant, en 1975. Il doit survivre dans un Los Angeles apocalyptique, et se protéger des membres de la « Famille », une secte religieuse formée par les personnes contaminées par la bactérie nucléaire.

        Film considéré comme culte par beaucoup, Le Survivant est un film dont l’aboutissement ne tient qu’au seul Charlton Heston. En effet c’est lui qui est allé proposer le projet aux studios, ayant lu le livre de Richard Matheson lors d »un vol en avion. Ainsi trois ans après La Planète des Singes (Schaffner, 1968), voilà l’acteur reparti dans un film de SF. C’est en réalité la deuxième adaptation au cinéma du livre Je suis une légende (1954), la première étant interprétée par Vincent Price en 1964. Or ni Heston ni Boris Sagal ne connaissaient le film…

Le Survivant

         C’est bien connu, le film n’est absolument pas fidèle à l’oeuvre littéraire (c’était déjà le cas du film avec Vincent Price, et aussi du récent remake avec Will Smith en 2007). Matheson concevait les contaminés comme des vampires, alors qu’ici ce sont des albinos fanatico-religieux en mode persécuteurs médiévaux. Ils ne peuvent s’exposer à la lumière du jour, ce qui permet à Neville de flaner dans les rues en plein jour, pour récupérer nourriture, armes, vêtements… Les contaminés portent le progrès technologique comme responsable du déclin de la civilisation, ils ont érigé le retour aux valeurs anciennes comme modèle pour l’avenir. Les plans du Los Angeles apocalyptique, vidé de gens et de vie, ont grandement participé au succès du film. Cela est très bien fait, l’impression d’assister à la fin de l’Humanité est pour l’époque assez exceptionnelle. On ne voit ni avions, ni oiseaux dans le ciel. Cependant la mise en scène de Sagal a mal vieillie, la caméra bouge désagréablement, la musique est à côté de la plaque (une espèce de berceuse pendant une scène d’action par exemple), et le tout est assez kitch. On est loin de l’impact encore inégalé d’un Soleil Vert. De plus on note un nombre assez incroyable d’erreurs et d’aberrations : lumière et feux tricolores qui fonctionnent dans un monde qu’on nous dit dépourvu de courant électrique; technicien visible dans certains plans; doublure du comédien bien visible lors de la scène de moto; fruits comestibles après avoir été exposé à des retombées nucléaires (?!)… Et enfin le meilleur pour la fin, des contaminés qui sont insensibles au feu, alors que c’est une source de lumière !! Un vrai scénario écrit entre deux rails de coke, quoi.

Tchin-Tchin d'Afflelou : une paire achetée, la deuxième offerte !
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        En revanche, les thématiques abordées se démarquent par leur actualité intemporelles. La peur d’une menace biologique ou nucléaire est encore présente dans notre monde. La différence, c’est que dans le film cela participe à l’anticommunisme d’alors, la guerre étant le fait des Russes. Charlton Heston, grand défenseur du port d’armes s’il en est, ne se sépare jamais de ses guns dans le film. Une scène assez ambigu le montre dans une salle de cinéma, regardant les images du mouvement hippie à Woodstock, alors qu’il tient un fusil dans la main. On ne peut faire plus évocateur comme message. Le récit s’accélère quand il découvre qu’il reste d’autres survivants, non contaminés comme lui. Sa rencontre avec Lisa (Rosalind Cash), jeune Afro-Américaine, permet au réalisateur d’apporter une touche Blaxploitation dans son film. Et que dire du bad guy, Matthias (Anthony Zerbe), si ce n’est qu’il est assez ridicule dans son accoutrement médiéval et son maquillage rétro voulant nous faire croire à son albinisme ! Mais qu’importe, The Omega Man est assurément une oeuvre d »époque, porteuse des craintes et des questionnements propres aux années 70 (surpopulation, épuisement des ressources naturelles, danger atomique…), c’est là tout son charme !

Titre original : The Omega Man
Réalisation : Boris Sagal
Nationalité : Etats-Unis
Scénario : Richard Matheson et John W. Corrington
Chef opérateur : Russel Metty
Avec : Charlton Heston, Anthony Zerbe, Rosalind Cash...
Production : Warner Bros.
Durée : 98mn
Sortie en France : 24 novembre 1971



                                                       Dr. Gonzo
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5 réflexions sur « Le Survivant, de Boris Sagal (1971) »

  1. Assurément une curiosité. J’essaierai de le voir (si je peux mettre la main dessus), l’adaptation de « Je suis une légende » avec Will Smith m’ayant beaucoup déçu…
    Merci d’en avoir parlé, Docteur !

  2. C’est très loin du roman, exit les vampires on passe à des possédés religieux, et bien d’autres points n’ont rien à voir avec le livre. Le film avec Will Smith conserve quelques trucs et en enlève d’autres. Bref les deux films prennent le bouquin comme base, mais ne lui sont pas totalement fidèle (ce qui n’a rien de péjoratif au passage, car une adaptation ultra-fidèle/copié-collé au livre, ça donne Da Vinci Code, et c’est ultra-méga chiant quand on connait le livre).

  3. Je n’ai pas encore vu ce film mais sa réputation n’a fait que grandir depuis la remise au goût du jour par Will Smith du chef d’oeuvre de Matheson. Il faut dire qu’à l’époque, les films sur la fin du monde font florès. La première adaptation du roman n’est en effet pas franchement inoubliable. Plus intéressants en revanche, plusieurs épisodes de la « twilight zone » écrits par Rod Serling (un ami de Matheson qu’il fera d’ailleurs bosser pour son programme) qui racontent l’histoire de type qui se retrouvent tout seuls après un holocauste nucléaire (« une question de temps » et autres). Et puis il y a « le dernier rivage » de Kramer (que je n’ai pas vu) et l’excellent « le monde la chair et le diable » (celui-là je l’ai vu) avec Belafonte (largement pillé par Will Smith pour jouer son Neville). Sans compter le très français « Malevil », mais date déjà du début des années 80

  4. Merci pour ces précisions Princécranoir, je ne manquerais pas de voir ces films sous peu 😉 Et je te conseille grandement de découvrir ce « Survivant » qui est un film-clé du cinéma d’anticipation à n’en pas douter !

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