Cold Prey, de Roar Uthaug (2006)

Cold Prey affiche du film

Aujourd’hui, je me fais plaisir et je pars en délire avec la critique d’un film d’horreur norvégien pas terrible terrible, regardé au hasard de pérégrinations cathodiques nocturnes : Cold Prey (Fritt Vilt en norvégien). Comme chacun sait, démolir est plus facile que construire, et j’aime tout casser. Donc, attachez votre ceinture, serrez les dents et sortez les éponges, ça va saigner ! Enfin, un peu…

Cinq jeunes partent faire du snowboard dans le Jotunheimen, un massif norvégien entre Nvoglkughseit et Gheklödick (Ahhh… Gheklödick et sa rue Løtvåndlen…). Hélas, une fois sur place, l’un d’entre eux se casse une jambe. Trouvant abri dans un hôtel désaffecté perdu en pleine montagne, la bande d’amis se rend rapidement compte que l’endroit n’est pas aussi désert qu’il n’y paraît… En effet, une bande de mulots a trouvé refuge dans le grenier. Aussitôt, c’est la panique la plus totale ! Les visages pâlissent, les nuques se raidissent et l’air vient à manquer dans les poumons : imaginez, des mulots ! Oui, messieurs-dames : des muuuuloooots !!!!… Bon, j’enjolive un peu l’histoire… En vérité, ce ne sont pas des mulots qui guettent, là, tapis dans l’ombre, mais le Mal fait homme, le Diable réincarné, le Démon, la Bête, la Malin, j’ai nommé : Patricia Kaas !… Ok, j’arrête…

Disons-le tout de suite, le scénario de ce slasher movie scandinave a le mérite d’être, pour une fois, très original. Jugez plutôt : une bande de jeunes est poursuivie par un tueur en série. Novateur, non ?… Bon, pas tellement, c’est vrai. La seule nouveauté pour nous autres Français ou du moins, francophones, c’est que tous ont de bonnes têtes de Norvégiens, aussi pâles que des bonhommes de neige albinos, avec des noms de Norvégiens contenant des dizaines de o barrés et de en… Ça peut choquer au début, mais on s’y fait vite. Je n’ai pas vu le film en VO. Peut-être – sûrement – aurais-je dû. Toutefois, avouons-le, je ne sais pas si j’aurais eu la force d’aller jusqu’au bout. J’aurais sans doute craqué et pleuré des heures et des heures durant, au bout du énième « Bak deg gluck ! ». Je suis faible, désolé. On apprend tout de même des choses avec ce film. Ainsi, force est de constater qu’ils ont aussi des roux en Norvège. Décidément, y en a partout ! Evidemment, le roux du film (Rolf Kristian Larsen, récemment vu dans… euh…), en plus d’être le seul célibataire, est un boulet : c’est d’ailleurs lui qui se pète une jambe, au début. Les clichés ont la dent dure, même dans la partie la plus septentrionale de l’Europe.

Au fait, vous le prenez comment si je vous dis que je ne sais pas faire de surf ?
Et si je vous dis que j’ai escaladé l’Everest sur les mains, vous me croyez ?

Cette bande de snowboarders décide donc de partir faire une virée dans une zone où apparemment, comme l’a montré le générique du début sous forme de flashs infos, une centaine de skieurs et de randonneurs ont disparu. Apparemment, ces jeunes gens ne regardent pas la télé ni ne lisent les journaux, puisqu’ils y vont quand même. Ça commence bien niveau crédibilité. Peut-être, après tout, qu’ils vivent tous dans une caravane au fin fond d’un fjord, sans connexion avec le monde. A quand des vacances au Pakistan ou en Corée du Nord ?… Bref. Une fois dans les cimes enneigées, le rouquin, Morten, qui déjà avait du mal à monter les rudes pentes glacées, a du mal à descendre et se casse la jambe. Les portables ne captent pas, la voiture est trop loin et une fille du groupe aperçoit un bâtiment à une centaine de mètres, juste à côté du complexe hospitalier (non, ça, c’est moi qui rajoute).

Tous trouvent donc refuge dans cette vieille baraque qui aurait besoin d’un bon coup de Febreze et de serpillère. La nuit tombée, après avoir allumé un feu et grossièrement soigné le souffrant, en n’omettant pas de lui laisser une bouteille de vodka pour faire passer la douleur (eh oui), voilà-t-y pas qu’on se papouille, qu’on se tripote alors qu’il y a un type agonisant sur le divan juste à côté. M’enfin, ça ne le dérange pas, tant qu’à faire… De la vodka et du cul, et la douleur disparaît, comme le claironne si souvent Stéphane Bern… Toujours est-il que pendant la nuit, il y a LA FAMEUSE première victime ; celle dont on se disait justement : « ça va être elle, la première victime ». Ou plutôt : « pourvu que ce soit elle, la première victime » ! Oui, car c’est une fille, comme souvent. Evidemment, elle n’est pas tuée proprement – un psychopathe, ça a une réputation à tenir et des murs à repeindre. Et puis, le sang sur la neige, ça a quelque chose de poétique, à la façon d’Un Roi sans divertissement, de Giono (sans doute que le réalisateur a lu le livre)… Mais, je préfère m’arrêter là et ne rien dévoiler de plus, car je sens votre curiosité se réveiller, votre pupille frémir et votre clavicule gauche grincer. C’est bon signe ! Pour la suite de l’histoire, je vous laisse donc découvrir ça par vous même… Si vous en avez le courage…

Cold Prey

Tout d’abord, comme signalé plus haut, j’ai eu le malheur de voir ce film en VF… Je ne sais pas ce que vaut la version norvégienne, mais en français, ce n’est pas terrible. Notamment la blonde du groupe et son air de Björk hystérique, avec ses réflexions débiles et son rire niais de chez niais : en VF, quelle catastrophe ! Et puis, son jeu, mon Dieu ! My God ! Dios mío ! Moi ! Elle est bien meilleure comédienne quand elle se fait tuer. Et au moins, on ne l’entend plus après. Les autres acteurs, à la limite, ça passe. Quant au tueur, bah, il ne parle pas… Il fait bien quelques grognements, mais je pense qu’en norvégien ou en français, c’est kif-kif. Ajoutons à cette VO ratée des musiques dignes de Fort Boyard (je m’attendais à chaque instant à voir un des nains surgir à l’écran pour nous indiquer avec ses doigts le nombre de morts), et je crois que seul le bruit du blizzard sonne bien dans ce film. J’exagère un peu, évidemment. Mais aujourd’hui, je dynamite, je ventile, je disperse.

Paradoxalement, je vous conseille de voir ce film, surtout entre potes, et notamment pour les quelques séquences surréalistes qu’il contient. Des exemples ! Des exemples !… Bon, un petit pour commencer. Au début du film, la bande d’amis fonce en direction du fameux massif à bord d’un 4×4 sur une route enneigée, et donc passablement dangereuse. Le roux – Morten – trouve pourtant approprié de faire une blague au conducteur en lui cachant les yeux, du genre : « Coucou, qui c’est ? ». Mais, c’est rigolo ça, dis donc ! Evidemment, la voiture manque de chavirer. Bon, le type au volant le prend bien, puisque cette petite plaisanterie le fait rire… Tout le monde rie, d’ailleurs. Ils roulent sans doute sous psychotropes. Moi, je préviens : le gars qui me fait ça, il finit dans le coffre ou ligoté à une borne d’arrêt d’urgence ! Non, mais…

Autre énormité, plus irréelle encore : Morten se plante en snow et se pète la jambe, à tel point que l’os ressort littéralement avec du sang partout. Sa copine, observatrice, explique alors aux autres jeunes qui sont effrayés par ce qu’ils voient, que « c’est une fracture ». Eux qui pensaient sans doute, avec cet os à découvert, que c’était une simple éraflure ! Ensuite, ensuite, une fois qu’ils sont dans la maison et qu’au fond le blessé semble avoir mal, mais pas plus que ça (c’est juste un os qui ressort), sa copine, la même, lui referme la blessure… avec de la glue ! What the fuck ?!!! UHU mieux que le sparadrap !… Ensuite, ensuite, ensuite, il fait nuit et ils sont perdus en pleine montagne, avec un blessé, au milieu de l’hiver, alors que dehors il doit faire moins trente, qu’on y voit rien et que « la voiture est à des kilomètres ». Quelle est alors la meilleure chose qui reste à faire ? L’un d’entre eux a la réponse : « Vaut mieux qu’on reste ici jusqu’à demain… » pense-t-il tout haut, avant d’offrir son idée fulgurante au reste du groupe : « He ! On va rester ici jusqu’à demain ! », et le pote de répondre, soulagé : « Bonne idée ! ». Quel génie ! Et c’est peu dire !…

Voilà ce qui arrive quand on oublie ses clés à l'intérieur
Voilà ce qui arrive quand on oublie ses clés à l’intérieur de la chambre.

Cold Prey, au lieu de se différencier, respecte strictement les règles du genre et même les caricatures du genre. Le jour où un film d’horreur, voire un slasher, tiendra compte de l’émotion et de la commotion réelles des gens face au genre de situations auxquelles ils sont exposés dans ce genre de film (camarade qui se fait tuer devant soi, monstre dont on apprend qu’il existe pour de vrai, tueur qui rôde), il en deviendra d’autant plus effrayant, car plus crédible. Quand en ouvrant une porte on découvre une mare de sang jusque sur les murs, ça ne s’oublie pas dans les minutes qui viennent et ça vous tétanise. Enfin ! Je veux dire ! Pourquoi faut-il que dans la plupart de ces films les gens (les jeunes) aient toujours des réactions et des initiatives idiotes et périlleuses ? Quand on sait qu’un tueur rôde dans les parages, mieux vaut-il rester groupé ou se séparer ? Eh oui, je suis d’accord avec vous… Mais, visiblement, pas nos protagonistes, qui préfèrent partir chacun de leur côté dans un endroit qu’en plus ils ne connaissent pas. D’autant qu’on sait très bien, nous, qu’une fois seuls, ils n’entendront pas le tueur arriver, car le tueur est, de fait, silencieux. C’est une règle du cinéma d’horreur : le tueur est TOUJOURS silencieux. Même dans un vieil appartement parisien avec le parquet qui grince et les portes qui couinent, le tueur s’approchera sans bruit. Bon, sur ce point, j’avoue qu’une scène où un psychopathe se ramènerait en faisant tomber la vaisselle et en se prenant des portes, ça ne collerait pas non plus. Alors, va pour le silence immortel des tueurs. Mais pour reste, je sais bien qu’un tel film est aussi fait pour le fun, cependant, si son but est un tant soit peu d’effrayer et non de faire rire aux éclats, alors il faudrait qu’il s’affranchisse des codes établis et qu’il surprenne, comme trop peu de films d’horreur/épouvante savent le faire. Plus de crédibilité, et vous aurez un scénario franchement plus flippant.

La dernière partie de Cold Prey, malgré tout, rattrape un peu l’ensemble. On se dit au final que le réalisateur et le scénariste ont d’abord voulu se marrer, puis se sont pris au jeu de leur propre film et sont redevenus sérieux dans les dernières minutes. Et le film contient deux-trois bonnes idées malgré tout (la boîte de conserve, l’apparence du tueur, quelque part le scénario, Patrick Sébastien déguisé en yéti…).

Enfin, certains chercheront dans Cold Prey des références, des clins d’œil, des allusions. Shining pour l’hôtel dans la neige et la hache. Scream et consorts pour le tueur. Himalaya : L’Enfance d’un chef ou Les Bronzés font du ski pour la montagne. Les Ripoux 3 pour… pour… Comment ? Vous n’avez pas vu les Ripoux 3 ?! Grande erreur ! Graaaaande erreur ! A votre place, je me terrerais de honte au fond d’un trou de marmotte pendant les sept siècles à venir. A bon entendeur.

Haydenncia

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2 réflexions sur « Cold Prey, de Roar Uthaug (2006) »

  1. Moi j’avais bien aimé, certes c’est bourré de clichés mais la réalisation est bonne, et le tueur très iconique. Je l’ai vu il y a longtemps, mais je ne sais plus si c’est dans celui là ou dans le 2 des scènes qui se passent dans l’hôpital, vraiment glauques et stressantes à souhaits. Un bon film pour une soirée slasher… En revanche le 3 est vraiment minable (c’est pas la même équipe technique et ça se voit ;)) !

  2. pareil que Dr Gonzo ! Un très bon slasher dans un environnement inédit et excessivement cinématographique, très bien exploité. Le deuxième est également très fréquentable, quant au troisième… c’est un survival qui a perdu tout l’intérêt des deux premiers avec un environnement naturel quelconque, ce qui réduit le film à une série B assez quelconque…

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