Ted, de Seth MacFarlane (2012)

Ted affiche du film

Je n’ai jamais eu d’ours en peluche à Noël. D’ailleurs, je n’ai jamais eu de jouets. Un simple bout de pain et quelques vers de terre morts emballés dans du papier aluminium, tels étaient mes cadeaux. Et j’étais heureux, avec ça. Dans ma cage, quelque chose venait enfin égayer mon ordinaire. Ah ! Je n’ai pas eu une enfance facile, c’est le moins qu’on puisse dire. Quand, à dix ans, on se retrouve à pêcher dans les égouts pour survivre, ce n’est pas bon signe. Heureusement, la pêche miraculeuse un dimanche matin d’un album de Stone et Charden, sans doute jeté négligemment par son propriétaire, a changé ma vie. A son écoute, j’ai découvert le monde et les vaches de Normandie. Cela m’a permis de repartir sur de bonnes bases, et de refaire littéralement surface. Cela m’a permis de ressusciter, tout simplement. Merci Stone. Merci Charden. Merci la vie.

En 1985, le petit John Bennet (Mark Wahlberg), sans amis, fait le vœu que son ours en peluche de Noël devienne son meilleur ami pour la vie. Ce vœu se réalise : Ted prend vie et se met à parler. Vingt-sept ans plus tard, en 2012, John et Ted sont toujours inséparables, fument de la drogue ensemble et boivent des bières devant des navets (les films, pas les légumes)… Cependant, John a une petite amie, Lori (Mila Kunis), et l’omniprésence « infantilisante » de cet ours en peluche gène leur vie de couple. Déchiré entre son amour pour Lori et sa loyauté envers Ted, John lutte pour devenir enfin un homme, un vrai !

Ted

Tout d’abord, je conseille de voir le film en VO, ne serait-ce que pour s’épargner la voix (dans la version française de France) rauque et bourrue de Joey Starr – voix qui ne ressemble pas du tout à l’américaine, plus « calme » et moins bad boy (en fait la voix du réalisateur, Seth MacFarlane). Après, sans doute que les fans de NTM pourront trouver leur bonheur dans la VF. Sans doute.

Ted. Voilà un film quelque peu politiquement incorrect, ne serait-ce que par son idée de départ : un ours en peluche, symbole de l’enfance et de la « gentillesse », qui fume, boit, insulte, tient des propos antisémites et se tape des prostituées. C’est évidemment le point fort du film et ce qui lui donne son côté insolent et jouissif. Toutefois, bien que n’ayant pas les oreilles chastes, je dois avouer que Ted dérape parfois dans le vulgaire bien gras, quitte même à privilégier ce genre d’humour propre aux films de bas étage américains, ce qui est dommage. Un peu d’humour plus mordant, plus noir, voire plus absurde, aurait été le bienvenu, plutôt que des blagues régressives et scatos qui consternent plus qu’elles ne font sourire. Heureusement cependant, Ted n’est pas que ça, et contient également de savoureux moments comiques, proches du délire – notamment la rencontre entre John Bennet et son idole Sam J. Jones, l’interprète de Flash Gordon, dans la série éponyme.

D’ailleurs, Mark Wahlberg, qui incarne ici un éternel gamin ayant du mal à mûrir, prouve une fois de plus avec ce film son potentiel comique, comme il l’avait déjà fait avec Very Bad Cops (Adam McKay, 2010). Et puis, dialoguer avec un personnage invisible ne devant pas être simple (en fait un bâton avec deux points pour symboliser les yeux de Ted), le Wahlberg s’en sort très bien. Au passage, l’ours est très réussi techniquement. A moins que ce ne soit un vrai ours en peluche qui parle ? A vérifier. Quant à Mila Kunis, rien d’exceptionnel dans son jeu : elle a toujours le même visage de peste qui lui allait si bien dans Black Swan (Darren Aronofsky, 2010).

Enfin, notons que c’est Seth McFarlane, le créateur des séries animées Les Griffin ou American Dad ! qui a écrit, produit et réalisé Ted, son premier long-métrage (le réalisateur voulait d’ailleurs initialement faire de Ted une série animée). Les Griffin (1) est d’ailleurs cité dans le film, et, de fait, Ted est rempli de références cinématographiques, de E.T. l’extra-terrestre à Indiana Jones, en passant par Octopussy ou Alien, le retour. La sous-culture américaine revient également souvent ; or, celle-ci peut nous paraître lointaine à nous autres Français, et nous perdre un peu parfois. Mais, globalement ça n’est pas gênant.

Un ours qui a tout compris
Voici ma mère, ma soeur, ma cousine et ma nièce

La fin happy-end, toutefois, retombe dans les poncifs du genre un peu nian-nian-dégoulinant-larmoyant, même si elle rappelle également les « vrais » contes de fées de notre enfance. De toute façon, on est à Hollywood et le subversif, c’est sympa, mais faut pas en abuser ! Par contre, les petites séquences pendant le générique de fin sont extra, et on apprend enfin d’où vient l’improbable Taylor Lautner ^^ !

Ted est au final un film dont l’idée de départ – Toy Story côté coulisses – aurait pu apporter plus d’ironie et surtout plus d’impertinence ; un film qui aurait pu prendre plus de risques, mais qui a tendance à privilégier parfois un peu trop l’humour lourd et gras, avec, malgré tout, quelques très bonnes idées et des passages franchement drôles. En gros : j’ai bien aimé, même si je m’attendais à mieux.

Haydenncia

(1)  C’est d’ailleurs Mila Kunis qui fait la voix de Meg, la fille ainée de la famille Griffin.

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3 réflexions sur « Ted, de Seth MacFarlane (2012) »

  1. Le postulat de base est séduisant et pourrait me décider à visionner ce film. Si, par contre, le traitement façon « comédie américaine lourdingue » est tel que tu le décris, cela a tendance à me freiner…
    Et voilà, encore un dilemme 😉

  2. L’ensemble est plutôt drôle et contient même quelques passages savoureux, mais parfois, le film déborde dans l’humour « prout-prout », qui a sans doute ses amateurs, mais qui moi me laisse indifférent. Je te le conseille quand même. Après, je viendrais lire ta critique, pour voir ce que tu en as pensé ^^ !

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