Cannibal Holocaust, de Ruggero Deodato (1980)

Cannibal Holocaust affiche

Bon, bon. Là, pour être honnête, je dois vous dire que je me suis interrogé longuement avant de poster cette critique. Je me suis gratté la tête, j’ai fait le tour de mon salon (j’ai mis huit jours) et j’ai joué du xylophone pour… En fait, je ne sais pas pourquoi j’ai joué du xylophone. Bref : j’ai grandement hésité ! Plusieurs raisons à cela :
1) D’abord, j’ai pensé aux végétariens, végétaliens, véganes, crudivoristes, tofuistes… en gros les gens chiants (humour) qu’un tel film pourrait, plus que toute autre personne, répugner. Car, on parle beaucoup de viande dans ce film…
2) Ensuite, j’estime que Cannibal Holocaust ne mérite pas une trop grande publicité, même s’il n’a pas besoin de moi pour cela (quoique ;-)). De fait, sa réputation sulfureuse dépasse selon moi largement sa qualité cinématographique.
3) Enfin, je me suis posé la question de savoir si un tel film a sa place sur un blog disons… grand public. Après tout, pourquoi pas ? Nous traitons de tous les types de film ici (enfin, entendons-nous bien, presque tous ^^) et nous ne connaissons aucune censure, pas comme chez ces … de … qui … de la …

Cannibal Holocaust

Une équipe de journalistes composée de trois hommes et une femme se rend dans la jungle amazonienne à la recherche de vrais cannibales. Bientôt, la troupe ne donne plus aucun signe de vie. Le gouvernement américain décide alors d’envoyer une équipe de secours sur place. Celle-ci retrouve, grâce à une tribu amazonienne, les cassettes vidéo de la première équipe, qui renferme le terrible secret de leur disparition…

Voilà un film bien controversé. Certains de ses défenseurs (ou non d’ailleurs) considèrent que Cannibal Holocaust est un film culte et, de fait, il l’est ; plus, d’ailleurs, par sa réputation que par son contenu. Ceux qui ont aimé le film vous diront que Cannibal Holocaust, plus qu’un simple film gore, cherche en fait à dénoncer quelque chose, en l’occurrence certains médias actuels ; médias qui veulent tout montrer sans aucune limite, quitte à tomber dans le sensationnalisme, allant jusqu’à manipuler et falsifier l’information pour s’attirer du public. C’est, notamment, ce qu’a défendu Deodato quand on le questionnait sur la violence de son film – en même temps, il n’allait pas dire : « J’ai voulu faire ce film pour vous faire tous dégueuler sur le tapis ! »… D’autres vous diront que Cannibal Holocaust est une daube infâme, qui ne mérite pas tout le tintouin qu’on en fait et qui n’a pour seul objectif que de choquer pour choquer. Je ne suis pas loin de cet avis, même si je n’irais pas jusqu’à cette extrémité.

Cannibal Holocaust

D’abord, il convient de savoir qu’à la sortie du film et suite à une polémique, Ruggero Deodato fut arrêté par la justice italienne et accusé d’avoir réellement, à la manière d’un snuff movie, filmé le meurtre de ses acteurs ! Evidemment, il fut disculpé, mais cela permit au film d’acquérir déjà une certaine notoriété. De plus, Cannibal Holocaust fut interdit dans une soixantaine de pays, et quoi de meilleur que l’interdiction pour attiser la curiosité des gens, dites-moi ? Si demain Cinefusion est interdit brutalement, vous chercherez à savoir pourquoi, non ? Non !!!… Vous êtes donc sans cœur ?!… Mais, je m’égare, je m’égare…

Cannibal Holocaust a également initié un genre, celui du found-footage, ces vraies-fausses images retrouvées, quand la caméra filme « en temps réel » les événements autour d’elle et qui se retrouvent au cœur du film, donnant l’impression au spectateur d’être dans un documentaire (ça bouge tout le temps, on entend la voix de celui ou celle qui filme et certaines scènes sont mal coupées exprès). De nos jours, des films comme Le Projet Blair Witch, C’est arrivé près de chez vousRec. ou encore Le baptème de Lucas à l’église Sainte-Loana le 10/06/12 ont repris ce flambeau… avec plus de talent.

Toutefois, ce pour quoi Cannibal Holocaust est surtout connu, c’est pour son déchaînement de violence et de gore qui, s’il a pu être dépassé depuis (dans des films mal connus et mal réalisés) n’en demeure pas moins impressionnant et fait que le film italien reste censuré dans de nombreux pays et est interdit au moins de 18 ans. Rien que le titre du film, d’ailleurs, annonce la couleur. Personnellement, je le trouve de très mauvais goût ; mais enfin, il a le mérite d’être clair. A l’époque, c’était à la mode dans le cinéma d’horreur italien de réaliser des films éroticogores sur les cannibales, généralement en Amazonie, « l’Enfer vert », avec des titres – et des affiches – racoleurs sinon grotesques, tels que Cannibal Ferox, Le Dernier Monde Cannibale, La Montagne du Dieu Cannibale, Canniball-trap, Cannibalai-brosse (même réalisateur que le précédent) ou La Croisette et le Festival de Cannibales (désolé…). Cannibal Holocaust reste cependant, et de loin, le plus réussi de la mouvance.

Cannibal Holocaust

Autant le dire ici, le gore ne me dérange pas plus que ça. Quand on a fait le Vietnam et les soldes d’hiver, on en a vu d’autres ! Cannibal Holocaust contient pourtant pas mal (en fait y a que ça) de scènes extrêmement dures, allant de la castration plein écran au viol hyperréaliste, ou plutôt aux viols hyperréalistes. En passant, le film ne lésine pas sur les scènes à poil, ce qui peut se comprendre pour des anthropophages amérindiens, moins pour des Américains qui visiblement aiment bien pratiquer le naturisme et l’amour libre en pleine jungle. Malgré cela, me concernant, ce ne sont pas les scènes de cruauté impliquant des humains qui m’ont gêné, même si elles sont plutôt bien foutues (on se dit que ce n’est que du cinéma et que c’est un peu pathétique), mais celles, bien réelles malheureusement, avec des animaux. Et il y en a beaucoup. Et pour ces passages-là, j’avoue que j’ai plissé les yeux, car la tortue vivante à laquelle on arrache la carapace, puis la tête et dont le corps remue encore de souffrances ensuite, devant une caméra sadique et voyeuse, là c’est trop ; c’est con, débile et inutile. Alors certes, on nous dira que tuer un serpent devant la caméra ne gênera personne, et pourtant c’est un animal. De toute façon, je ne vois aucune circonstance atténuante pour expliquer la gratuité d’une telle violence, qu’elle soit humaine ou animale. Si encore tout cela avait été utile, avait servi un message ; si encore la réalisation avait été bonne et qu’on sentait qu’on ne nous prenait pas pour des cons, peut-être qu’à la limite, j’aurais pu comprendre une telle cruauté et une telle sauvagerie. Or, selon moi, le côté moralisateur du film est un prétexte bidon et ne justifie en rien cet acharnement dans l’atrocité.

Cannibal Holocaust, c’est finalement beaucoup de tapage pour un film qui n’en vaut pas la peine. On en ressort pas simplement écœuré, tel qu’on pourrait le faire d’un film choquant, mais réussi ; on en ressort nauséeux, répugné par cette pornographie de la violence, cette volonté de choquer pour choquer, sous le couvert abject d’une dénonciation complètement hypocrite du « sensationnalisme dans les médias ». Au final, on se demande vraiment qui manipule qui ! Bref, un film putassier largement surestimé.

Haydenncia

P.S. : Pour des raisons évidentes, je n’ai mis aucune image pouvant choquer dans cet article.

P.S. number 2 : Certains vont dire non sans raison que je me contredis en estimant qu’un tel film ne mérite pas de publicité, alors que j’en fais tout un article. Mais, j’avais envie de donner mon avis sur ce film. Et puis, bah, voilà quoi…

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5 réflexions sur « Cannibal Holocaust, de Ruggero Deodato (1980) »

  1. Des tas de bonnes (et amusantes) raisons qui vont me tenir éloigné encore un bout de temps de ce film nauséabond. Pour vous j’ai testé « la maison au fond du parc » du même Deodato : débile et racoleur à souhait, un thriller érotico-sadique gratuitement trangsressif qui anticipe « funny games » mais sans la mise en abyme. Beurk.

  2. Effectivement, Cannibal Holocaust n’est pas un bon film. Comme tu le dis, il a bénéficié d’une grosse pub grâce à la polémique qui l’a entouré à sa sortie, ainsi qu’aux multiples interdictions dont il a été victime. Mais en vérité, son seul attrait reste le gore et la violence de certaines scènes-choc. Pour moi, ceci dit, le gore n’a d’intérêt que s’il est porteur d’une intention. Je n’aime pas le fait de dégoûter pour dégoûter comme c’est trop souvent la cas au cinéma. Et je ne crois pas non plus à la soi-disant dénonciation du voyeurisme des médias, Deodato a simplement voulu faire parler de lui.
    Les amateurs devraient garder en tête que le gore n’est pas ce qui choque le plus au cinéma. Moi qui suis habitué à en voir, il ne me fait quasiment plus rien (excepté pour les scènes de tortures animales qui sont effectivement très dures, car réelles). Mais la suggestion peut parfois avoir beaucoup plus de pouvoir que les images choc. Si seulement les réalisateurs pouvaient enfin s’en rendre compte…

  3. En total accord avec ton commentaire. La suggestion peut effrayer mille fois plus qu’un bain de sang ! Si tu parcours un peu notre blog, tu verras que je te rejoins sur ce propos pour plusieurs films dits d’horreur. Bienvenue à toi en tout cas, For Blood’s sake.

  4. Typiquement le genre de film qui ne me dit rien…je ne suis déjà pas très client de films d’horreur « gore » (leur préférant également le suggestif), celui-là, dont j’entends régulièrement parler me semble être réalisé uniquement pour choquer et attirer l’attention.
    Très bel article, comme toujours dans ce blog !

  5. Merci Laurent. En effet, on entend beaucoup parler de ce film, ce qui alimente sa réputation et en fait une sorte de « référence » de l’extrême, comme le saut à l’élastique ou la via ferrata. Pour ma part, j’avais envie de voir à quoi ressemblait le fameux « mythe »… Et comme tu as pu le lire, même si pour être honnête on en ressort avec une boule au ventre et une moue dubitative, je ne le conseillerais pas autour de moi, tant il n’en vaut pas la peine.

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