La Créature du Marais, de Wes Craven (1982)

 Titre original : 
 Swamp Thing 
 Réalisation :
 Wes Craven
 Scénario : 
 Wes Craven, d'après le 
 comic book de Len Wein 
 et Bernie Wrightson
 Chef opérateur : 
 Robbie Greenberg
 Nationalité : 
 États-unis
 Musique : 
 Harry Manfredini
 Avec : 
 Adrienne Barbeau, Louis 
 Jourdan, Ray Wise, 
 David Hess...
 Production : 
 Swampfilms
 Durée : 91mn
 Date de sortie US : 
 30 juillet 1982

         Tout le monde n’est pas parfait, dit-on souvent. Cela vaut aussi pour les réalisateurs les plus respectés et adulés. Wes Craven a apporté une contribution immense à l’horreur et au fantastique en général. Ses débuts sont remarquables, avec des œuvres percutantes comme La dernière Maison sur la gauche (1972) ou La colline a des yeux (1977). Fort de ce succès, il commence le tournage de Swamp Thing, l’adaptation au cinéma du comic book très populaire créé par Len Wein et Bernie Wrightson (DC Comics, entre 1972 et 1976). La bande dessinée a connue une nouvelle jeunesse entre 1983 et 1987 sous le crayon du talentueux Alan Moore. Sur le papier, le film a tout pour devenir un excellent film de monstres, Craven disposant de 3 millions de dollars (ridicule aujourd’hui, mais beaucoup pour le réalisateur à cette époque), d’une équipe technique expérimentée et d’un casting prestigieux.

Le scientifique Alec Holland et son assistante Alice Cable, viennent d’inventer une cellule végétale qui permet d’éradiquer la famine dans le monde. Mais un jour, Arcade, l’ennemi d’Holland, kidnappe Alice et verse les cellules végétales sur Holland. Celui-ci se transforme en une créature repoussante qui a soif de vengeance.

        Autant le dire tout de suite, Craven n’a jamais lu la bande dessinée, et cela se voit. Tout juste se contente t-il de placer quelques effets de transition vaguement inspirés des cases de BD. Pour le reste, il ne retient de l’histoire que la trame amoureuse entre Alec et Alice. Une fois transformé en la fameuse créature du marais, Alec éprouve toujours des sentiments pour Alice, faisant de ce film une sorte de Belle et la Bête écologique. Durant les 40 premières minutes, Craven fait illusion, le film n’est pas forcément mauvais mais pas non plus très réjouissant. C’est plutôt mou, les enjeux ont du mal à se mettre en place, les acteurs pataugent (surtout Ray Wise et David Hess; mais aussi le Français Louis Jourdan qui a déjà la tête dans Octopussy -comprenne qui pourra cette blague d’un mauvais goût -)… On se contentera donc de décors sympathiques, filmés au cœur des marais de Charleston en Caroline du Sud. Et puis soudain, sans crier gare (d’ailleurs, je ne sais pas pourquoi l’on doit crier le nom de l’endroit où l’on arrive, encore un truc que je ne m’explique pas), la transformation arrive. Ce qui devait être le moment paroxystique du film, le plus attendu, est totalement désamorcé par le ridicule de la scène.

Swamp Thing, La Créature du Marais (roulement de tambour) !
Swamp Thing, La Créature du Marais (roulement de tambour) !
Le docteur Arcane, aussi connu sous le nom "Iguano-caniche de la Savane"
Le docteur Arcane, aussi connu sous le nom « Iguano-caniche de la Savane »

Petit retour en arrière pour expliquer la chose : les producteurs, au dernier moment, décident de confier la réalisation de la créature au maquilleur le moins cher, économie d’argent avant tout ! Monumentale erreur. On se retrouve ainsi avec une créature affreusement kitsch, aux couleurs délavées, et dont on voit apparaître des trous lorsqu’il est dans l’eau (c’est pas la créature du marais pour rien non plus). Sous le costume, un homme dont le nom fait plus penser à un acteur porno (Dick Durock), celui qui mange une quantité astronomique de tarte dans Stand by Me. Mais ça encore ce n’est rien comparé à l’autre monstre du film, Arcane, dont la transformation est l’un des moments les plus savoureux dans le genre ridicule. Il devient ainsi un mix entre un lion, un iguane et un soupçon de caniche. Son visage n’étant pas animé, il garde la même expression consternante dans n’importe quelle situation (d’aucun pense que Kristen Stewart s’inspire de lui pour son jeu d’actrice). Inutile de dire que le combat final entre les deux créature relève de l’extase nanardeuse.  Et pour couronner le tout, il y a aussi la transformation d’un homme du docteur Arcane, lors d’un banquet semi-érotique, qui vaut son pesant d’or. On constate aussi certains plans qui n’ont pas du tout la même photographie que le reste du film, sans doute Craven a t-il utilisé des stock shots pour certains passages dont il devait faire une économie de temps et d’argent. Mais je n’en dit pas plus, à vous de savourer cet instant impayable.

Adrieeeeeeeeeeeeeeènne !!!!!!!!!!!!!!
Adrienne Barbeau, prisonnière du Dr. Arcane, et visiblement pas pressée que Swamp Thing vienne la délivrer !

        Le plus consternant dans tout ça, c’est que Wes Craven et son équipe se prennent toujours au sérieux, ils n’assument pas leur bis-attitude. Pour autant, les moments décrits peu avant restent désopilants, faisant du film un nanar sympathique (comme disait Claude Lelouch, « le pire n’est jamais décevant ») malgré un scénario ne révélant que peu d’intérêt, avec son message écolo vu mille fois et surtout son manichéisme outrancier (le bon docteur vivant en harmonie avec la nature et le mauvais capitaliste et représenté par les vices du monde civilisé). En outre l’intérêt ne réside pas essentiellement dans les créatures monstrueuses, mais bien plutôt dans celle, plantureuse, incarnée par Adrienne Barbeau. Et Craven ne se prive pas là dessus, la faisant se baigner totalement nue (bien sûr, cette scène n’a AUCUNE justification autre que le plaisir des yeux), ou encore courir  à la fin du film dans une petite nuisette histoire de dévoiler ses qualités mammaires. L’ex-femme de John Carpenter et icône du cinéma fantastique des 80’s est à n’en pas douter la raison du succès du film en vidéo. Malgré la médiocrité du film (c’est un euphémisme), cela n’a pas empêché les producteurs de mettre en chantier la suite, sous la caméra de Jim Wynorski et avec Heather Locklear, en 1989. Ni d’exploiter le filon jusqu’à produire des séries et mini-séries d’ailleurs ! De toute manière, les deux producteurs Benjamin Melniker et Michael E. Uslan n’ont pas grand chose à se reprocher : ayant commencés dans la production avec ce petit film bis, ils sont aujourd’hui producteurs de cartons planétaires comme The Dark Knight et The Dark Knight Rises, un bel exemple de l’American dream ! Wes Craven, lui, s’est remis sans mal de ce nanar puisque deux ans plus tard, il sort Les Griffes de la nuit, film dont la réputation de classique n’est plus à prouver.

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