Le Prénom, d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (2012).

Vous qui cherchez un prénom pour votre enfant, sachez d’abord qu’il a 15 ans et qu’il serait peut-être temps de réagir ; ensuite, voici quelques prénoms – réels – refusés par l’état civil ces dernières années, car trop… originaux : Fourchette (« Fourchette ! A table ! » – drôle) ; Belzébuth (encore un Malin) ; Périphérique (…) ; Germinal (« Vous êtes mineur, Germinal ? » – drôle) ; Batman (une lampe de poche pointée vers le ciel la nuit l’aurait fait revenir en cas de fugue) ; Ikéa (on a envie de la démonter) ; Tipi (deuxième prénom : Hugues) ; et tant d’autres encore. Les gens savent faire preuve d’imagination… ou de bêtise, c’est à voir. Espérons qu’en 2020, Haydenncia soit un prénom à la mode… Hem…

Vincent (Patrick Bruel), la quarantaine triomphante, va être père pour la première fois. Invité à dîner chez Élisabeth (Valérie Benguigui) et Pierre (Charles Berling), sa sœur et son beau-frère, il y retrouve Claude (Guillaume de Tonquedec), un ami d’enfance. En attendant l’arrivée d’Anna (Judith El Zein), sa jeune épouse éternellement en retard, on le presse de questions sur sa future paternité dans la bonne humeur générale… Mais quand on demande à Vincent s’il a déjà choisi un prénom pour l’enfant à naître, sa réponse plonge la famille dans le chaos.

Le Prénom

Quand on adapte une pièce à succès au cinéma, ça passe ou ça casse, le théâtre ayant ses propres codes. Pour le Dîner de cons (Francis Veber, 1998), ça passait très bien. Pour Le Prénom, ça passe, mais ce n’est pas loin de casser. Ça passe de justesse, dira-t-on. Car, si l’histoire est plaisante, si les acteurs jouent bien et que la plupart des dialogues sont réussis, le film contient quelques gros défauts.

Le début du film, d’abord, fait énormément penser au Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001). On a ainsi le droit à des allusions amusantes, pittoresques et imagées sur le nom des rues traversées à scooter par Bruel/Vincent. La présentation des différentes familles donne lieu à quelques effets de style humoristiques, du genre : monsieur X aime manger du papier calque le matin, il n’aime pas courir nu sur l’autoroute, etc. Mais tout cela manque, contrairement au film de Jeunet, de poésie, de tact, de surprise.

En réalité, cette mise en place lourde et qui, finalement, n’apporte rien à l’histoire trahit la volonté des réalisateurs de ne pas faire de ce film une simple pièce de théâtre filmée. Ça se voit à mille kilomètres ! En voulant montrer un peu « l’extérieur » de l’appartement de façon stylisée et amusante (le film est principalement et naturellement un huis clos), de La Patellière et Delaporte en ont trop fait pour rappeler au spectateur que, non, ce n’est pas la pièce de théâtre qu’il est en train de regarder, mais bel et bien un film. Le résultat est raté et inutile.

Passé cela (une fois à l’intérieur de l’appartement), le film devient assez savoureux, avec une bonne tranche d’humour, malgré quelques flashbacks inutiles et quelques longueurs, notamment vers la fin. La fameuse scène du prénom donne lieu à des passes d’armes intéressantes entre Vincent et Pierre. Je ne dirai pas ici de quel prénom il s’agit. En même temps, ça paraît assez évident et c’est gros comme un Panzer. Sachez que seulement trois enfants ont été nommés ainsi en 2003 (les pauvres) et que ce patronyme a connu une nette chute à partir de la fin des années quarante… Vous avez deviné ?… Qui a dit Kevin ?!! DEHORS !!!

Patriiiiiiiiick !!!
Patriiiiiiiiick !!!

L’autre petit « défaut », qui s’atténue avec le temps, c’est notre Patou national : herr Bruel. Il incarne Vincent, le père de l’enfant dont l’annonce du prénom va semer la zizanie. C’est un type de droite, ayant très bien réussi dans la vie et aimant les grosses voitures (le film ne lésine pas sur les clichés, mais c’est assez efficace). Or, si je ne trouve rien à redire sur son jeu, sa voix si particulière fait qu’au début du film, je n’arrivais pas à voir en lui quelqu’un d’autre que le chanteur à minettes. J’ai même eu le réflexe d’allumer un briquet. On s’habitue vite, mais c’est assez déconcertant. Et je n’étais pas le seul à avoir ressenti cela. Bruel restera toujours Bruel et la pluie sera toujours la pluie… Mais, les petites loutres, elles, que deviendront-elles ?

Enfin, surtout, quand même, le principal problème du film, c’est qu’il est beaucoup trop sage, trop lisse, trop plat ! Finalement, le prénom du titre n’est qu’un prétexte pour un règlement de compte en famille comme le cinéma en montre tant (cf. Carnage de Roman Polanski, 2011). Ça aurait mérité un peu plus d’audace, tout ça ! De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, comme disait… Manuel Valls ? Les idées sont pourtant là et elles attendent d’éclater ; ça bouillonne, ça fume, mais jamais ça n’explose vraiment et finalement, la morale l’emporte. Le Prénom reste un film assez conventionnel. Dommage.

Valériiiiiie !!!
Valériiiiiiiiiie !!!

Toutefois, le film mérite d’être vu. Oui, après tout ce que je viens d’écrire, on ne dirait pas – et pourtant, si : il mérite d’être vu. D’abord parce que c’est une bonne comédie française et qu’il n’y en a pas tant que ça. Ensuite, parce que certains dialogues finement ciselés sont particulièrement drôles et vachards, et que d’autres sonnent juste et sont bien pensés, notamment, pour ma part, le passage avec la remarque de Vincent sur les prénoms très originaux-chics des enfants de Pierre et Elisabeth. Totalement d’accord avec lui ! Tope là, bro ! Enfin, les acteurs sont tous très bons et Charles Berling, notamment, excelle en bobo parisien aux idées (de gauche, évidemment) bien tranchées et que le fameux prénom fait inévitablement sortir de ses gonds (mais, qui ne réagirait pas de manière identique devant pareille situation ?). Valérie Benguigui pétant les plombs n’est pas mal non plus. Quant à Guillaume de Tonquédec, il incarne avec merveille ce genre d’ami gentillet et neutre, qui n’a jamais d’avis sur rien, ne prend jamais parti et qu’on a envie de réveiller à coup de harissa dans les yeux…

Finalement, les acteurs semblent vraiment prendre du plaisir à jouer ensemble ; ils paraissent s’amuser et c’est assez communicatif. Ajoutons que les situations sont bien amenées et que le film part parfois dans un agréable délire, même s’il dérape de temps en temps dans l’invraisemblable en tirant un peu trop sur la ficelle, ce qui agace un peu. Et si Le Prénom est catégorisé comme comédie, il n’est pourtant pas que ça : il règne même une certaine tension dans la deuxième partie, quand les acteurs passent du rire aux larmes et de la gaîté à la colère.

Le Prénom nous fait passer un bon moment, surtout dans sa première partie. S’il reste très « banal » et, finalement, sans surprise, notamment dans sa mise en scène, le film a le mérite d’être agréable et se laisse regarder, par exemple par un triste soir d’hiver, alors que grand-mère nous fait signe par la fenêtre givrée d’aller chercher de l’eau dans le puits, celui qui se trouve au cœur de la forêt, là où hurlent les loups noirs… En même temps, je me dis que Le Prénom, en sortant en salles, n’a pas pris pas un énorme risque puisque, adapté d’une pièce à très grand succès, il n’avait qu’à en reprendre les dialogues et les situations pour simplement fonctionner ; de fait, quand il se hasarde à faire du « cinéma » et à sortir du huis clos, il sonne faux. En définitive, Le Prénom n’est pas un pari très risqué, mais c’est un pari (à demi) réussi.

Haydenncia

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4 réflexions sur « Le Prénom, d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (2012). »

  1. Une comédie sympathique, mais sans surprise…j’ai été étonné du nombre de nominations que « Le prénom » a récolté aux derniers César (en particulier celui de P. Bruel, que je ne trouve pas particulièrement bon).

  2. Pas vu mais c’est conforme à l’idée que je me fessait du film. J’essaierai tout de même de le voir un des ces quatre.

  3. Comme toi, Laurent, le nombre de nominations pour « Le Prénom » m’a surpris, de la même manière que pour « Camille redouble », qui est un film sympathique, mais de là à être nommé autant de fois ! Quelque chose m’a échappé avec ce jury. Je vais mener mon enquête – que le Canard enchaîné se prépare à des révélations fracassantes !

    2flicsamiami : C’est un film à regarder pépère le dimanche soir, en chaussettes et survet si possible, si l’on veut rire un peu et ne pas se prendre la tête. Ce n’est pas du « grand cinéma », mais c’est plutôt sympathique.

  4. J’aborderais ce film dimanche sur mon blog, mais, dans l’ensemble, je suis assez d’accord. Ayant vu la pièce (qui fera partie de la chronique, d’ailleurs), le film n’est pas vraiment surprenant, à part pour quelques petits moments (la scène d’ouverture, notamment).

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