Habemus Papam, de Nanni Moretti (2011)

Habemus Papam affiche du film

A l’heure où ces lignes sont écrites, voilà un film qui correspond bien à l’actualité. En effet, un nouveau pape va être élu d’ici peu. Certains voudraient pour la première fois voir un pape africain à la tête de l’Eglise catholique, d’autre un pape d’Amérique latine. La vraie surprise, je pense, ça serait d’avoir le premier pape musulman de l’Histoire !… On me signale que c’est impossible. Et le premier pape marié ? Non plus. Le premier pape pratiquant l’haltérophilie, alors ?… Bon… Un jour peut-être…

Après la mort du pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur. Plusieurs votes sont nécessaires avant que ne s’élève la fumée blanche. Enfin, un cardinal, le cardinal Melville (Michel Piccoli), est élu ! Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l’apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité. Angoisse ? Dépression ? Peur de ne pas se sentir à la hauteur ? Le monde entier est bientôt en proie à l’inquiétude tandis qu’au Vatican, on cherche des solutions pour surmonter la crise…

Habemus papam

Un cardinal qui, élu pape, prend soudain peur face à la charge qui l’attend et s’enfuit, fallait y penser ! Je trouve déjà l’idée de départ succulente et inventive, alors quand en plus la réalisation et le scénario sont réussis, que demande le peuple ? Eh bien, il demande à voir son pape, justement. Il attend, là, dehors, sur la place Saint-Pierre inondée de monde. Il se demande quel sera le nom du nouveau Vicaire du Christ : Benoît XVII ? Innocent XIV ? Pie XIII ? Steevy I ? Des bonnes sœurs, des scouts, des familles sont venus du monde entier (sauf du Tadjikistan), drapeaux au vent, chants aux lèvres, guettant la moindre apparition du nouveau pape au balcon central de la basilique ; ce même balcon où, pourtant, le cardinal protodiacre est venu un peu plus tôt annoncer le fameux « Habemus papam y mamam »…

Malgré cela, le nouveau pape ne se montre pas et le balcon reste désespérément vide. Pire que ça, le nouveau pape, pris d’une crise d’angoisse, s’est mis à hurler et est parti s’isoler. Les cardinaux paniquent – on a encore jamais vu ça ! Ils tentent de convaincre ce pape hésitant que cette lourde charge, confiée par Dieu ou l’un de ses fonctionnaires là-haut, il doit l’accepter et la remplir, même si c’est difficile. Mais, le nouveau Saint-Père ne se sent pas prêt. Il sait que l’Eglise a besoin d’un gros coup de Swiffer et que la curie doit être profondément remaniée. Il en est conscient. Mais, comme il l’explique plus tard dans le film, il n’est pas fait pour guider, mais pour être guidé. Ainsi parlait le peuple allemand en 1933, mais, c’est une autre histoire.

Aussi, au sein du Vatican décide-t-on de convoquer un psychanalyste (athée !), joué par le réalisateur, qui, à défaut de « soigner » ce pape réfractaire (qui va préférer quitter en douce le Vatican pour aller voir une autre psy à l’extérieur), va réenchanter ce lieu triste et austère qu’est le Vatican, en attendant que le pape « aille mieux ». Au programme de ces « vacances vaticanes » : parties de cartes, débats animés et matchs de volleyball entre cardinaux… Oui, braves gens, vous avez bien lu ! Des matchs de volleyball ! Même si l’idée est folle donc géniale, j’aurais pour ma part préféré un show de catch, avec un ring installé dans les jardins du Vatican et, rassemblés autour, les cardinaux/supporters complètement déchaînés. Imaginez le cardinal cambodgien se jeter depuis les cordes sur le cardinal péruvien, en hurlant avec rage : « Pour le Christ » ! Et bam ! Il retombe sur son pauvre collègue dans un claquement sourd : le ring vibre et les cardinaux applaudissent et poussent des cris, complètement survoltés. Ça aurait de la gueule !…

A noter que les cardinaux, dans ce film, passent vraiment pour de grands enfants, des gosses, des élèves un peu espiègles, amusants, mais légèrement déconnectés du monde. De fait, Habemus Papam n’évoque pas le « côté obscur » du Vatican – encore plus obscur depuis les récentes révélations –, fait de magouilles, de clanisme, de corruption et de guerre des égos. Moretti reste peut-être un peu trop sage vis-à-vis de cet aspect peu reluisant de la curie romaine.

Habemus Papam

Plein de poésie, d’humour et de mélancolie, Habemus Papam contient de très jolis moments, notamment grâce au jeu excellent et bouleversant de Michel Piccoli, vulnérable et vénérable vieillard ayant rêvé dans sa jeunesse de devenir comédien, mais qui, des années plus tard, se retrouve bien malgré lui propulsé à la tête de la religion la plus répandue dans le monde. Evidemment, ça en ferait flipper plus d’un ! Benoît XVI, lors de sa nomination en 2005, a avoué avoir eu le sentiment de monter à l’échafaud ! Aussi, quand le nouveau pape Melville/Piccoli s’échappe du Vatican, il s’agit plus, au départ, d’une fuite que d’une simple fugue. Les scènes où il se balade dans les rues de Rome, l’air apaisé, curieux, découvrant les « vrais gens » autour de lui, des musiciens, des comédiens, des vendeuses, ou tout simplement les passants, sont émouvantes et donnent à réfléchir, notamment sur l’isolement de l’Eglise, qui entend représenter une partie de la société, mais qui se renferme sur elle-même, ne cessant de se déconnecter et de s’éloigner d’un monde de plus en plus en mouvement. Ainsi, c’est quand il est libre, à flâner dans les rues, à rire au théâtre, que le nouveau Primat d’Italie est le plus heureux, au grand dam du porte-parole du Vatican chargé de le retrouver.

S’il traîne parfois un peu en longueur, notamment dans la scène de volley, Habemus Papam est un beau film, très contemporain, qui jamais ne se moque de la religion catholique, mais qui s’interroge simplement sur le pouvoir, la perte de la spiritualité, la perte de la liberté et une institution cléricale un peu rouillée. Nanni Moretti, même si on le sait plutôt athée, prend le soin de ne pas tomber dans la critique méchante et facile de la religion et du christianisme, dans le pamphlet anticlérical de base et, de fait, il se révèle dans sa mise en scène bien plus futé que ça. Même les psys présents dans ce film, pleins de convictions scientifiques, de croyances freudiennes et, sans mauvais jeu de mots, de mauvaise foi, sont ridiculisés.

Habemus Papam

Tourné au palais Farnèse – évidemment, le Vatican a refusé à Moretti de tourner en son sein –, Habemus Papam est un film à voir, notamment pour son acteur principal, Michel Piccoli, qui prête son visage doux et reposant à ce nouveau pape avec talent et grâce. Il incarne et interprète à merveille, dans un italien parfait, cet homme dépassé par son propre rôle, effrayé par sa nouvelle condition et qui va tenter de trouver des réponses à ses questionnements dans le « monde extérieur », sans renoncer toutefois à ses croyances. S’il est parfois un peu long et que quelques passages sont moins réussis, dans l’ensemble, Habemus Papam a le mérite d’être très original, mais aussi très actuel. Qui plus est, il renseigne sur les coulisses du Vatican et sur le déroulement d’une élection papale. Un beau film, bien ancré dans son époque.

Coram Deo. Amen. 

Haydenncia

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3 réflexions sur “ Habemus Papam, de Nanni Moretti (2011) ”

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