Paris, de Cédric Klapisch (2008)

Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris filmé ! Et de nombreuses fois, en plus ! Si l’on faisait un mix des titres de films avec le mot Paris dedans, cela pourrait donner : « Le dernier tango brûle-t-il sous les toits de Notre-Dame ? ». Cet exercice de style ne sert strictement à rien, mais voilà, ça occupe…

Paris raconte l’histoire de Pierre (Romain Duris) danseur professionnel Parisien, qui est malade et qui se demande s’il va mourir. Ne pouvant plus danser, il perd goût à la vie, et passe désormais ses journées à observer les Parisiens anonymes du haut de son balcon. Des maraîchers, une boulangère, une assistante sociale, un danseur, un architecte, un SDF, un prof de fac, une mannequin, un clandestin camerounais, un unijambiste, un Gremlin, une famille de canards et Taylor Lautner en paréo… Tous ces gens, que tout oppose, se retrouvent réunis dans cette ville et dans ce film. Pour eux tous, les petits tracas de la vie sont les problèmes les plus importants du monde.

Paris
C’est beau Mulhouse, quand même…

Cédric Klapisch a grandi à Paris. C’est sans doute la raison pour laquelle il filme et met en scène la ville de ses racines avec autant d’amour et de tendresse… et aussi un peu d’orgueil. C’est vrai que c’est tellement beau, Paris (Jules Renard disait avec malice que si l’on ajoute deux lettres à Paris, ça devient le paradis), mais alors, qu’est-ce que ça serait mieux sans les Parisiens ! Niark ! Niark ! Niark ! Eh ! On déconne, hein ! Après tout, « peut-être que Paris ne vaut-il que par ses provinciaux », disait Mauriac. Oui, c’est le festival des citations aujourd’hui.

Et puis, Paris : quoi de plus formidable à filmer pour un réalisateur, à part la centrale nucléaire de Flamanville ? C’est à la fois la ville des monuments et des combles sous les toits, des Champs-Elysées et de la Rue du Chat qui pêche, de l’Avenue Montaigne et des clochards du métro, c’est Belleville, c’est Montmartre, c’est le quartier juif, c’est le quartier chinois… Tiens, en parlant de ça, je me suis toujours demandé : y a-t-il un quartier chinois à Pékin ?

Paris

Bien que film choral, Paris tourne surtout autour du personnage de Pierre – mais l’histoire de ce dernier relie toutes les autres. Néanmoins, c’est lui, le « héros » du film. Pierre est malade du cœur. Il sait qu’il risque de mourir prochainement. Il peut subir une greffe, mais cette opération est très risquée. Evidemment, on se met à sa place (enfin, rapidement) et on se dit que de savoir, comme ça, qu’on risque de mourir sous peu, que le temps vous est compté, que son passage sur terre va bientôt se terminer, d’un côté ça vous démoralise complètement, de l’autre ça vous donne peut-être envie de regarder le monde qui vous entoure d’un œil nouveau et de profiter un maximum de la vie et des gens qui vous aiment. C’est ce que fait Pierre en se rapprochant de sa sœur, Elise (Juliette Binoche). Elle vient vivre chez lui avec ses enfants, ce qui rajoute un peu de vie et de gaieté dans cette ambiance morbide.

Quand il est seul, Pierre observe Paris et les gens qui s’y meuvent depuis son balcon, tout là-haut. Lui que la mort pétrifie, il regarde toutes ces petites vies qui s’agitent. Moi aussi, parfois, je fais ça, en fin de soirée. L’autre jour, je me suis accoudé à la fenêtre pour regarder les passants en contrebas, et je me suis demandé : combien de destins, combien de vies s’agitent et se bousculent, là, en bas ? Combien de peines, de joies et de secrets se croisent et s’éloignent à tout jamais sur ce trottoir humide ? Qu’est-il arrivé à cette femme pour qu’elle sourie ainsi ? Pourquoi cet homme marche-t-il si vite ? Et cette enfant, que cherche-t-elle ? Et puis, j’ai fermé la fenêtre, je me suis gratté les couilles et je suis allé  regarder Dechavanne sur TF1, dans Une famille en ororor… Le vide de cette émission est tel qu’il y a de l’écho, c’est fou, ça !

Paris

Toutefois, pour en revenir au film, je trouve que certaines scènes sont en trop et n’apportent pas grand-chose à l’histoire, voire paraissent totalement improbables et ambiguës, comme lorsque le groupe de femmes mannequins sortent de leur monde de faux-semblants pour aller s’encanailler et plus si affinités auprès des maraîchers, dans les chambres froides de Rungis. Je n’ai pas compris l’intérêt de la scène et je l’ai même trouvé un peu déplacée – mais peut-être est-ce juste une maladresse ? Et Paris, surtout vers la fin, souffre un peu de lenteurs. 2h10, c’est quand même long pour ce genre de film.

Reste un casting très jouissif, avec en premier lieu Romain Duris, acteur fétiche de Klapisch, très sobre et émouvant. Luchini, qui m’énerve parfois à force de faire du Luchini – mais bon, c’est un fan de Céline, donc ça le réhabilite largement pour moi –, est plutôt drôle dans ce film, mais aussi touchant. La scène où il erre dans les rues est assez poignante. Et Karine Viard est superbe en vieille mégère aigrie et raciste. Par contre, François Cluzet, mais surtout l’immigrant camerounais, semblent un peu laissés de côté.

En réalisant son film, Klapisch pensait l’appeler « Portrait éphémère d’une ville éternelle », ce qui est très beau et illustre bien son film. Paris, c’est l’histoire de plusieurs vies, ou c’est plusieurs histoires de vies, dans une ville qui incarne, finalement, une personne à elle toute seule. Vous notez quand je dis ça, j’espère ! Paris est un film mosaïque sympathique, quoiqu’un peu longuet, même si la fin est très jolie. Cependant, quelque chose a manqué pour que je sois totalement emballé par ce Klapisch-là (mon préféré restant Le Péril jeune). Malgré cela, le film est à conseiller, ne serait-ce que pour sa belle palette d’acteurs, sa bande-son – très parisienne, mais c’est un compliment – et pour Paris, tout simplement. Accordéon, Maurice !

Haydenncia

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4 réflexions sur “ Paris, de Cédric Klapisch (2008) ”

  1. Très drôle ce billet ! Je suis assez d’accord ; un film qu’on peut trouver à la fois sympathique mais assez barbant.

  2. Merci Chonchon44. En effet, certainement pas le meilleur Klapsich, et un film que certains n’aiment pas du tout (j’en connais – je balancerais les noms à la Gestapo prochainement). Mais, un film qui reste sympathique et doté, comme je l’ai écrit, d’un casting plutôt attrayant.

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