The Woman, de Lucky McKee (2011)

The Woman

Titre original : 
The Woman
Réalisation : 
Lucky McKee
Scénario : Lucky McKee 
et Jack Ketchum
Nationalité : 
Etats-Unis
Musique : 
Sean Spillane
Avec : 
Pollyanna McIntosh, 
Sean Bridgers, Angela 
Bettis, Lauren Ashley 
Carter...
Durée : 100mn
Date de sortie :
1er mars 2012

 Quand un avocat capture et tente de « civiliser » une « femme sauvage », rescapée d’un clan violent qui a parcouru la côte nord-est des États-Unis pendant des décennies, il met la vie de sa famille en danger.

        Depuis son premier film absolument magistral (May, 2002), il aura fallu un longue traversée du désert de dix ans à Lucky McKee pour renouer avec la réalisation, exception faîte d’un segment de Masters of Horror et de The Woods, sur lequel il n’exerçait aucun contrôle artistique. Pour son grand retour en 2011 (le film est sorti directement en DVD chez nous seulement en 2012), le jeune réalisateur frappe très fort, car The Woman a été l’objet d’une polémique, qui dépasse de loin le cadre des cercles de cinéphiles.

        L’histoire paraît plutôt banale au départ, mais on peut noter la participation de Jack Ketchum à l’écriture, donc les amateurs sont en terrain connu. Un père de famille qui paraît dans un premier temps tout a fait normal, attentif à sa famille, trouve une femme sauvage dans les bois lorsqu’il chasse. En rentrant chez lui, il ordonne à ses enfants d’aménager leur abri anti-tornade, pour soit-disant accueillir « une surprise ». Tout de suite on comprend quel dessein se trame dans la tête de ce type, mais on est pourtant loin d’imaginer le degré de barbarie dont il est capable. Lucky McKee dérive son film très lentement vers le malsain, le glauque. Car contrairement à un bon nombre de réalisateurs de films d’horreur, il se refuse de verser dans le torture porn gratuit et sans fond. De ce point de vue, The Woman est bien un film engagé, revendiquant un background social lui permettant de briser pas mal de tabous. Ainsi lorsque la femme sauvage est emprisonnée dans l’abri, le père explique que toute la famille va devoir la civiliser, car pour lui ce n’est pas acceptable de laisser vivre des personnes comme elle en pleine nature. Rapidement, on perçoit les tensions familiales : une mère dominée par un mari sadique, violent, sexiste et j’en passe; l’adolescente tellement craintive de son père qu’elle en est presque muette, le fils qui semble prendre son père comme modèle… Le non-dit est parfois plus révélateur que tout, et McKee le prouve lors de plusieurs scènes, où l’on doit imaginer ce qui se passe réellement dans cette famille sous le joug d’un avocat complètement timbré. Et pourtant ces choses cachées sont tellement malsaines qu’on se refuse à les imaginer, ce qui est encore pire que de les voir.

Une famille modèle d'apparence irréprochable qui cache des secrets malsains...
Une famille d’apparence irréprochable qui cache des secrets malsains…

        Il est vrai que le film peut choquer, notamment lorsque débute la seconde partie, avec la révélation explicite des penchants au viol et à la torture du fils (de 13 ou 14 ans !), puis surtout dans son final offrant à voir un spectacle de barbarie frénétique, avec un zeste de cannibalisme ! Pourtant cette dernière scène est à l’origine d’un malentendu, d’où la polémique autour de The Woman. La sauvage nous paraît en fait beaucoup plus civilisée que l’homme qui l’a capturée, mais surtout elle va recueillir la petite fille de la famille, encore innocente car n’appartenant pas encore au monde des adultes. En revanche elle abandonne l’adolescente, dont on a compris qu’elle est enceinte de son père (quelle histoire mes aïeux !), parce que souillée par le Mal absolu, l’homme. Bien loin d’être misogyne, The Woman fait plutôt un constat amer et violent du sexisme ordinaire, dissèque la cruauté du sexe masculin dissimulée derrière les apparences, et se conclut sur la possibilité d’échapper à cette domination.

Ne vous fiez pas aux apparences, la notion de civilisation est toute relative dans The Woman.
Ne vous fiez pas aux apparences, la notion de civilisation est toute relative dans The Woman.

        Compte tenu du tout petit budget alloué à McKee, difficile de reprocher la photographie pas forcément travaillée du film, ou encore une réalisation inégale (le générique est assez spécial). Avoir shooté l’intégralité du film en à peine un mois relève déjà de l’obstination monomaniaque et d’un réel professionnalisme. Il retrouve pour l’occasion Angela Bettis, déjà à l’affiche de May, et s’entoure d’autres acteurs tous convaincants, dont la plupart sont surtout habitués aux séries télé. C’est le cas de Sean Bridgers, qui devrait jouer plus souvent au cinéma tant son rôle ici nous offre l’un des plus grands enfoirés de première vu depuis longtemps. Du grand cinéma de genre, et vraiment l’un des réalisateurs les plus précieux de sa génération (en espérant qu’on ne lui coupe pas la route pendant dix ans encore) !

                                                                                                                                                                                                                                 Dr. Gonzo

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6 réflexions sur “ The Woman, de Lucky McKee (2011) ”

  1. Il faut vraiment que je le voie. Lucky McKee m’avait déjà soufflé avec May qui est, comme tu le dis, magistral. Et vu ce que tu en dis, The Woman a l’air de valoir le coup. D’autant que la participation de Jack Ketchum est toujours un plus.
    Tout de même, petite question : Peux tu expliciter le « Lucky McKee n’avait aucun contrôle artistique sur The Woods »?

  2. Je te le conseille grandement, surtout si tu as aimé May.

    Pour The Woods, dire qu’il n’avait aucun contrôle artistique est un peu fort de ma part, mais il a plusieurs fois évoqué en interview que les producteurs du films ont remonté à la va-vite la fin du film, trop décalée/onirique (et cela se voit énormément à l’écran), et qu’il regrette pour ça son expérience de studio. D’où le fait qu’il livre une perle comme The Woman avec très peu d’argent, mais avec une liberté plus grande sur son film.

  3. Ah, je n’en savais rien. Je dois avouer que, même si je l’ai aimé, je n’ai pas trouvé The Woods grandiose. ceci dit, je l’ai vu directement après May que j’ai vraiment adoré, ça a peut-être joué.
    Il faut que je me fasse une session McKee, et je te redirais ça ^^

  4. Après un épidosde de « Masters of horror » très marqué par l’horreur organique de Cronenberg, McKee frappe dur avec cette suite de « Off-Spring ». Un portrait au vitriol de la middle-class américaine apparemment tranquille et sans histoire. Les acteurs sont impeccables, le scénario itou. Mais alors quelle sombre idée lui est venue de mettre ces ralentis hideux, et cette musiques atroces et hors-sujet. ça gâche un peu le plaisir.

  5. La musique est le gros point faible du film. Après je ne sais pas, peut être que McKee a accepté n’importe quoi comme musique parce qu’il n’avait plus un rond de budget, ou bien c’est un choix musical délibéré et là c’est clair que c’est une faute de goût monumentale. Pour les ralentis, il n’y a que ceux du générique de début qui m’ont vraiment gêné.

    Je recommande aussi l’excellent The Lost, d’après une autre histoire de Jack Ketchum et produit par McKee, un film difficile à classer, entre thriller psychologique sur la construction identitaire de l’adolescence et film de psychopathes typé American Psycho, il m’avait assez impressionné dans son genre.

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