Action Mutante, d’Alex de la Iglesia (1993)

Action Mutante

 Titre original : 
 Acción mutante
 Réalisation : 
 Alex de la 
 Iglesia
 Scénario : Jorge 
 Guerricaechevarría 
 et Alex de la Iglesia
 Chef opérateur : 
 Carles Gusi
 Nationalité : 
 Espagne
 Musique : Def Con Dos
 Avec : Antonio Resines, 
 Alex Angulo, 
 Frédérique Feder, 
 Santiago Segura...
 Production : 
 Agustín Almodóvar, 
 Pedro Almodóvar et 
 Esther García
 Durée : 95 mn
 Date de sortie 
 en France :
 1er décembre 1993

En 2012, la société a exclu les handicapés et autres personnes physiquement disgracieuse. Le groupe Action mutante, composé de ces marginaux et mené par Ramón, décide de se rebeller en enlevant Patricia, la fille de l’industriel Orujo.

        Alex de la Iglesia frappe très souvent là où ça fait mal, et il le fait bien le bougre ! Premier film et premier électrochoc avec Action mutante, ingénieux mélange de science-fiction et d’horreur bien trash, dans lequel il dresse un portrait pas très glorieux de la société du futur. Dans cette belle société, il faut impérativement être beau, riche et con pour réussir (comment ça, on dirait le monde dans lequel on vit déjà ?!!). Les personnes handicapées, les adolescents boutonneux, les femmes mal coiffées et à fortiori sans produits L’Oréal, les dispensés de sports ect… sont purement bannis. C’est ici qu’entre en jeu « Action mutante », une groupe jugé « terroriste » par les médias, qui lutte contre cette discrimination physique. Le générique, hilarant au possible, nous présente la joyeuse bande sous forme de journal télévisé : Ramon Yarritu, le chef de la bande, sort de cinq ans de prison pour avoir détruit une banque du sperme (afin d’éviter la reproduction des « élites » !), Alex et Juan Abadie sont frères siamois dont l’un finira très très mal, Quimicefa est un homme sans jambes qui vole sur un petit vaisseau, Manitas finira en pâté pour chat mutant, M.A. est l’un des hommes ayant le plus petit Q.I. de la terre, et enfin Chepa (j’ai un faible pour lui) décrit par les journalistes comme « un nain bossu, juif, franc-maçon, communiste et présumé homosexuel » (!!!). Clairement, de la Iglesia pose dans ce film les bases de son art : humour noir, style décalé et outrancier, refus total de se plier au bon goût, célébration de personnages marginaux, références aux comics

Politiciens, policiers, journalistes, milliardaires... : Action mutante est un brûlot politique qui va au bout de ses intentions !
Politiciens, policiers, journalistes, milliardaires… : Action mutante est un brûlot politique qui va au bout de ses intentions !

        Le cinéma d’Alex de la Iglesia repose d’abord sur une description outrancière de la société, Action mutante le prouve déjà en exposant des personnages stéréotypés à fond, un rapport de force extrême entre les institutions (police, médias, …) et les opprimés. Ceux-ci ne sont pas du tout magnifiés, alors que leur combat est légitime, ils sont au contraire vus comme des loosers stupides et incompétents (voir la scène de l’enlèvement de Patricia qui tourne à la faillite). Le cinéaste ne respecte rien ni personne, à commencer par ses propres personnages (il les fait tuer de façon totalement aléatoire et gratuite). De fait, Action mutante prend la forme d’une double contestation, l’une politique avec la dénonciation de la société de consommation, de l’hypocrisie d’une société basée sur le paraître et l’argent, et enfin du contrôle des masses par les médias; et l’autre cinématographique puisqu’il y a une évidente remise en question des codes hollywoodiens (comprendre la mièvrerie, le factice ou encore le cynisme, même si c’est un peu trop résumer le cinéma mainstream américain). On voit cela par l’hybridation osée du film, qui mélange merveilleusement le film de science-fiction/anticipation avec un sens du bricolage qui ne vire pourtant jamais dans le Z, la comédie satyrique teintée d’humour noir, le film gore et avec une pincée d’images référentielles au western (surtout dans la dernière partie) et aux comics. Tout un éventail de codes propres aux films de genre qui étaient, en 1993, de plus en plus investis par les grands studios, et dont de la Iglesia se les réapproprie pour mieux dénoncer le système.

La première séquence hilarante et qui pose la propension à l’exagération du réalisateur.
La première séquence hilarante et qui pose la propension à l’exagération du réalisateur.

        Un film qui doit beaucoup à Pedro Almodovar, qui produit le premier long d’Alex de la Iglesia après que celui-ci ait fait ses armes sur les plateaux comme décorateur et directeur artistique (cela se voit dans les fabuleux décors de ses films). Il bénéficie d’un casting de nouveaux venus, pour la plupart des acteurs il s’agit de leur premier film. Alex Angulo, l’inoubliable interprète d’Alex Abadie, a collaboré à deux autres films du réalisateur et a donné vie au personnage du docteur dans Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro. Mais c’est surtout Santiago Segura qui est devenu par la suite un acteur reconnu en dehors de ses frontières. Outre ses participations à presque tous les autres films de de la Iglesia, il s’est distingué grâce à la saga déjantée des Torrente dont il est scénariste, réalisateur et acteur  (il prépare le cinquième et dernier (?) épisode pour 2017). Pas mal du tout pour quelqu’un qui a commencé comme scénariste de films pornographiques  (comment ça, il n’y a pas de scénario dans un film porno ?!! Vous avez jamais regarder Annalgedon ou Fist and Furious ?).

Ramon Yarritu, chef de la bande, et accessoirement enfoiré misanthrope et amateur de gros flingues !
Ramon Yarritu, chef de la bande, et accessoirement enfoiré misanthrope et amateur de gros flingues !

        Avec un budget ridicule de 2,5 millions de dollars, de la Iglesia s’en sort avec les honneurs, restituant un ambiance futuriste certes bricolée à l’arrache, mais jamais vraiment bis. Certaines séquences sont jouissives, comme la journaliste qui se fait tabasser gratuitement par la police, ou encore la fusillade finale où l’on retrouve le goût prononcé du réalisateur pour l’action survitaminé et le montage chaotique. Le chef de la bande Ramon apparait comme le personnage le plus détestable, cherchant à tuer ses acolytes pour empocher la totalité de la rançon. Cette rançon doit être récupérée dans un bar paumé sur la planète désertique nommée Axturia. Problème : le système de défense de la planète identifie le terroriste Ramon et détruit son vaisseau. Suite au crash, Patricia, la fille du riche Orujo retenue en otage par Ramon, souffre du syndrome de Stockholm. En gros, elle adopte le point de vue de son ravisseur et accepte sa situation. C’est donc un coup de pied direct dans les conventions cinématographiques, et en particulier sur le thème de la belle jeune femme kidnappée.  Patricia n’en n’oublie pas cependant d’être casse-pied au possible, c’est un peu son rôle en même temps ! Deuxième problème pour la jeune femme, Axturia est une planète avec la particularité d’être habitée exclusivement … d’hommes. Autant dire que sur Axturia, ils ont tout intérêt à autoriser le mariage pour tous ! Grande scène loufoque là encore avec un dîner en compagnie de bouseux locaux qui, tout comme un violeur qui sortirai de prison … (je vous laisse deviner la suite). Un enchaînement de situations totalement régressives et au goût fort mauvais donc, mais comme dirait Charles Baudelaire, « ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire ». « Vive l’anarchie » ou « Putain lâchez moi, je fait ce qu’il me plaît » pourrait être des phrases qui résument le film de de la Iglesia. Et ce jusqu’à la toute fin puisque contre toute attente, le chef de la bande meurt comme une merde tandis que Patricia se barre du bar (il est 8h du matin et je n’ai pas encore prit mon café, donc pardonnez mes jeux de mots pourris, merci – Ndlr) avec Alex qui s’est détaché de son frère siamois momifié !

        Un film à (re)voir absolument pour tout fan d’Alex de la Iglesia (et je ne dirait jamais assez qu’il est l’un des réalisateurs européens les plus importants), ou simplement pour ceux qui veulent découvrir un cinéma subversif, tant dans le fond que dans la forme, et véritablement comique !

                                                                                                                                                                                             Dr. Gonzo

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