Mission Impossible II, de John Woo (2000)

Introduction :

Mes frères et mes sœurs et mes cousins par alliance ! Ce n’est pas pour faire une critique approfondie de Mission Impossible II que j’écris cet article. Le but est tout autre : j’ai revu ce film récemment, et j’ai beaucoup ri. Oh, que j’ai ri ! Comme je ne suis pas égoïste, j’aimerais vous faire partager les aspects irrésistiblement comiques – et largement sous-estimés – de ce blockbuster pourtant qualifié de sérieux et incompréhensiblement encensé par la presse spécialisée. Or, selon moi, le long-métrage de John Woo, même s’il est rythmé, si certaines scènes d’action sont efficaces et si son scénario est, à la base, plutôt bien trouvé, est l’épisode le moins réussi de la série.

Ainsi, des passages de Mission Impossible II, authentiquement ridicules, provoquent chez moi soit une hilarité franche, soit une consternation blasée, mais ne me laissent pas indifférent. Et puis, quand je dis que je ne suis pas égoïste, c’est un peu faux : l’autre objectif de cet article, c’est de m’amuser un peu, comme je le fis à une époque avec ce formidable chef-d’oeuvre qu’est Le Choc des Titans (Louis Leterrier, 2010). Attention cependant : une certaine mauvaise foi peut se cacher dans cet article.

L’agent Ethan Hunt est chargé de retrouver un virus nommé « la Chimère », tombé aux mains d’un certain Sean Ambrose, un ancien agent et collègue d’Ethan. Pour ce faire, ce dernier est secondé dans sa tâche par 2 autres agents : Luther Stickell, qu’il avait recruté pour sa précédente mission, et un certain William Baird, dit « Billy ». Ethan a par ailleurs rallié à sa cause Nyah Nordoff-Hall, l’ancienne petite amie de Sean… Les trois petits cochons seront aussi de la partie… 

1 ) Petite escalade entre 9h et 10h

Ça commence fort ! Ça commence très fort ! Tom Cruise/Ethan Hunt, petit être perdu dans l’immensité des canyons américains, s’échauffe tranquillos en escaladant des parois raides comme Christine Bravo à 3h du mat’. Moi qui pensais être le seul à faire ça (j’escalade des murets, mais ça revient à peu près au même), je dois dorénavant compter avec Ethan Hunt ! Ainsi, quand d’autres font du vélo ou du jogging pour garder la forme, lui, il grimpe avec deux doigts, dont un cassé, des falaises de mille mètres de haut avec une pente à 90 ° ! Et sans magnésie en plus ! Il arrive le matin, il gare sa Twingo au pied de la paroi, une petite lampée de Red Bull et hop ! c’est parti mon kiki !

Mais, cette montée vertigineuse n’est pas sans danger ! Dans Mission Impossible II, à un moment de son escalade, alors qu’il est suspendu à 934,53 mètres du sol, Ethan Hunt glisse et manque de tomber. Suspendu au-dessus du vide à la merci de la gravité, il se rattrape de justesse et en deux-trois acrobaties, il remonte, esquissant même un sourire blasé du genre « Ouf ! C’était chaud cette fois ! Bon, je m’en refais une et je rentre regarder Question pour un champion… ».

Une fois en haut de la falaise, l’agent Hunt s’informe de sa prochaine mission (impossible), qu’il accepte évidemment, sans quoi il se retrouve au chômage. « Votre prochaine mission, si toutefois vous l’acceptez, lui dit La Voix, est de faire un tour dans le Marais avec Christine Boutin ». Effrayé, Ethan Hunt jette loin de lui les lunettes de soleil contenant le message. Celles-ci explosent dans les airs, ce qui provoque un éboulis et la Twingo est écrasée sous des tonnes de rochers. Ethan enrage et en plus, il se rend compte qu’il n’y a pas d’ascenseur là-haut et qu’il va devoir tout refaire en sens inverse. Découragé, il craque, pleure pendant trente secondes et appelle sa mère.

Mission Impossible 2
Bon, je dors un peu et je repars.

Mais non, on voit que je connais mal le sujet ! Ethan Hunt est un homme-mutant. Pourquoi c’est un homme-mutant ? D’abord, il sait se battre sur une plage, ce qui n’est pas à la portée du premier venu… Bon, l’argument est un peu naze, mais disons qu’il sait se battre ET faire des châteaux de sable en même temps, ce qui est déjà beaucoup plus difficile.

Ensuite, ses cheveux sont éternellement fins et ondulent dans les airs au ralenti : est-ce naturel monsieur le procureur ? Non : c’est un mutant.

Il conduit une voiture à 200 km/h et il évite tous les radars ! C’est un mutant.

Il est scientologue ! C’est un mutant.

Et d’un coup de pied dans le sable, il vous relève un revolver et le saisit en plein vol ! UN MUTANT !!! Aussi, lassé par tant d’énormités, je refaisais la scène : Ethan Hunt qui tape dans le sable et qui se saisit d’un coquillage au vol ; Ethan Hunt qui tape dans le sable et qui ne fait qu’enfoncer encore plus le flingue ; ou Ethan Hunt qui tape dans le sable, qui s’empare du revolver… mais à l’envers… Et donc, là, il panique, il s’emmêle les pinceaux et l’autre a le temps de lui tirer dessus.

Bref, Ethan Hunt est un mutant transgénique. Alors, vous imaginez bien que la descente de la falaise, lui, il la fait en plongeant la tête la première dans le vide, et après une vingtaine de figures différentes (rotation transversale, vrilles, retourné-groupé, entrechats, position du singe dansant…), il se rattrape tout en souplesse à une branche à 1m52 du sol (c’est Tom Cruise, rappelons-le) et là, il se laisse tranquillement tomber sur l’humus. Un peu plus, il nous préparerait une raclette en équilibre au-dessus du vide, cet animal-là !

2 ) Un méchant très méchant et qui fait de la politique : 

Le méchant du film est par contre aussi charismatique qu’un poil de cul. Comme il ressemble à Arnaud Montebourg, je l’appellerai Arnaud Montebourg. Stéréotypé au possible, Arnaud Montebourg nous assène des phrases comiques et lapidaires, comme « Pute ! » (lapidaire) ou « J’ai failli attendre ! » (comique) et n’arrête pas de faire la gueule. Il crâne sans arrêt, mais ne fait pas peur un instant. On dirait plutôt un sale gosse qui veut à tout prix son jouet made in France !

Susceptible, il coupe le bout du doigt de son associé simplement parce que celui-ci lui a fait une petite remarque. Vous imaginez ce que peut faire un tel personnage si on lui dit qu’on n’aime pas sa nouvelle coupe ! Il vous brise le poignet avec un marteau et il vous colle les paupières avec de l’UHU ! Non, vraiment pas terrible comme méchant !

Arnaud Montebourg
Arnaud Montebourg

3 ) On se fout de notre gueule : 

Autre gros défaut du film : l’irréalisme ! Certes, on ne demande pas à un tel film d’être hyper crédible et c’est même amusant de voir, dans Mission Impossible IV, Tom Cruise escalader la plus haute tour du monde. Par contre, le coup des masques en plastique qui trompent l’ennemi dans le film de John Woo, c’est too much et surtout, c’est tellement facile, même si l’effet était déjà présent dans le premier film.

Evidemment, en affublant tout le monde d’un masque hyper-réaliste (tellement réaliste qu’il saigne et porte des traces de coups, comme dans la scène où Montebourg tue par erreur son acolyte !!!), ça rend le scénario beaucoup moins compliqué ! Avec un masque aussi perfectionné, on peut se faire passer pour le président des Etats-Unis et déclencher une guerre nucléaire pour le fun, ou pour Kim Jong-un et faire de la pub pour Coca-Cola, ou pour Jocelyne Wildenstein et… Ah non ! Là, le masque coûterait trop cher !

L’autre problème avec Mission Impossible II, c’est que cette paresse scénaristique qu’est le masque revient plusieurs fois dans le film et on se dit, agacé, qu’ils ont décidément un masque pour toutes les occasions, ces gens-là ! En moins de deux secondes, les voilà métamorphosés en quelqu’un d’autre ! Complètement invraisemblable !… Quoique, à bien y regarder, je pense que Johnny Halliday n’est pas celui qu’on croit : on voit encore le latex qui coule, sur les côtés. Mais, évidemment, un masque ne suffisant pas, il existe un petit appareil – une sorte de scotch – qu’on colle sur la gorge et qui vous transforme la voix, avec les accents étrangers en prime ! Imaginez le pauvre agent devant se faire passer pour Lara Fabian !  « Je refuse cette mission ! Je LA REFUUUSE !!! »

Et puis, comme tout bon film d’action qui se respecte, Mission Impossible II nous sert sa rasade d’explosions d’engins en tout genre, à croire que ces véhicules carburent à la nitroglycérine. Par contre, la scène de la poursuite à moto est pas mal foutue, même si j’ai remarqué que les pneus étaient à la fois route et tout-terrain (j’exagère ^^)…

Mais alors, quand Ethan et Montebourg se foncent dessus à moto, tels deux chevaliers au milieu d’un tournoi, puis se jettent l’un sur l’autre dans les airs, alors que leurs bécanes se rentrent dedans et explosent, là, je n’en pouvais plus ! What the fuck ?! Non mais allô, quoi ! C’est quoi le délire ?! Deux types bien virils qui d’un commun accord se précipitent l’un sur l’autre au guidon de leur grosse bécane et qui se sautent dessus au même moment, comme dans un spectacle de motos acrobatiques ! Mais c’est complètement ridicule ! Je crois que je n’avais pas autant rigolé depuis Emmanuelle III !

Un peu plus à gauche... à droite... Stop... Là, voilà !
Alors attend… Dans un miroir, l’image et inversée, alors si je vise à gauche… Non, à droite… Attend…

4 ) Des effets sonores ultra kitsch :

Enfin, si les plans sont soignés et la photo travaillée, certaines musiques sont un peu soûlantes… quand d’autres font clairement penser à Gladiator, sorti la même année (Hans Zimmer compose la BO des deux films). Passé le son Nu Metal ados boutonneux à capuche de Limp Bizkit, somme toute pas mal – qu’est-il devenu, d’ailleurs, ce groupe ? J’ai beau regarder les avis de décès, je ne le trouve pas –, certains effets « métalleux » sont assez risibles.

Par exemple, pour ceux qui auraient revu le film il y a peu, ou qui l’ont bien en tête (pour les autres, REVOYEZ LA SCÈNE IMMÉDIATEMENT), à un moment, Arnaud Montebourg retrouve son ancienne petite amie, devenue agent infiltrée au service d’Ethan Hunt, Nyah (qui ressemble un peu à feue Audrey Pulvar, pour le coup). Bref, celle-ci débarque de son bateau et s’avance vers le méchant, anxieuse. Les deux se font face sans dire un mot : Montebourg a quelque raison de se méfier de la belle. Le soleil au zénith abat ses rayons brûlants sur les frêles épaules du couple réuni, alors que seul le vent trouble le silence pesant de cette rencontre dangereuse. Soudain, le Chaos, le Drame, l’Apocalypse : dans le larsen électrique d’une Gibson Flying V, l’écharpe de la belle s’envole au ralenti… mais elle est aussitôt rattrapée par la main de Montebourg qui se referme, toujours au ralenti, menaçante et déterminée, sur le fragile tissu bleu. Scène de tension insoutenable… et effet complètement raté !

Conclusion :

Bref, un film tape-à-l’œil qui pour ma part sonne un peu faux malgré quelques réussites, comme la voix de Jane Birkin. On se fatigue de cette glorification inconditionnelle d’un Tom Cruise qui plus est agaçant : le film de John Woo aurait d’ailleurs dû s’appeler Tom Cruise II, tellement l’acteur américain est filmé amoureusement et tellement les autres comédiens, à commencer par la seule femme du film (Thandie Newton), sont relégués au quatrième plan à gauche. Le film aurait également pu s’appeler James Bond Bis, tant l’intrigue fait penser à la célèbre saga.

Pourtant, les critiques de la presse spécialisée à l’égard de Mission Impossible II furent bonnes. Comprend pas. A un moment, pour vous dire, j’étais tellement éloigné de l’intrigue et prêt à trouver le moindre truc rigolo dans n’importe quelle scène que j’en suis venu, lors d’une séquence sur un champ de courses, à imaginer Tom Cruise/Ethan Hunt déguisé en jockey, cherchant à passer inaperçu ou bien jaillissant des starting-blocks sur son cheval blanc… Oui, ma vie est passionnante… Mais bon, c’est John Woo, alors on excuse tout. Eh bien non, messieurs-dames les députés ! Pas de ça chez moi ! Roland Emmerich ou Michael Bay auraient réalisé ce film de la même manière [1], qu’on leur serait (et moi avec) tombé dessus. Alors, je dénonce ! J’accuse ! Je révèle !

A l’inverse, le jour où Fabien Onteniente fera un vrai film, je le signalerai. A bon entendeur. A vous Cognacq-Jay !

Haydenncia

[1] Oui, je sais, ça aurait été pire encore !

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9 réflexions sur « Mission Impossible II, de John Woo (2000) »

  1. Si rire équivaut à un bon steak, lire tes chroniques équivaut à manger trois côte de bœuf ! Et je suis bien d’accord : Johnny Halliday n’est pas Johnny Halliday mais Viktor Ioutchenko.
    Pour le film, c’est dans l’ensemble assez mauvais, de la musique aux acteurs en passant par certaines scènes assez ridicules dont celle de l’écharpe que j’ai bien en tête. Mais j’ai un petit faible pour la scène de l’avion, quand le vieux scientifique se fait gentiment éclater la pomme d’Adam. Un vrai délice ! 🙂

  2. Ah oui ! Je l’avais oubliée celle-là ! En effet : c’est un coup direct et sans ambages, sur un pauvre homme qui n’avait rien demandé, à part : « Mais, vous n’êtes pas Dimitri ? ». Et pan ! Dans le cartilage thyroïde !… Un geste à réutiliser quand quelqu’un vous contrarie ^^.

  3. salut, je tenais à te feliciter pour la pertinence des articles de ton blog ! je gère moi aussi un blog depuis peu et j’espère pouvoir faire aussi bien 🙂 A bientôt, ZAK

  4. Je rectifie juste : de « notre » blog. Eh oui ! Sinon, Dr Gonzo va m’obliger à dire du bien de Morandini, et je crois que je n’y survivrais pas !…

    Sinon, merci à toi, ça fait plaisir ! Et bon courage pour ton blog ! Comme on dit, « petit à petit n’amasse pas mousse »… Hem…

    Bref, reviens-nous voir quand tu veux !

  5. Ce film est naze !!! On le sait et moi même j’en rigole, le plus regrettable étant John Woo qui livre un film a mille lieue de ce qu’il c’est vraiment faire !!!

  6. Le problème, c’est que l’histoire d’amour avec les films d’espion, c’est jamais vraiment trop ça…
    Y’a des scène guimauves…
    Sinon, le fait que Tom soit trop filmé?
    Bah, pas plus que d’hab’, je trouve… c’est le héros du show, quoi. C’est peut-être l’effet des masques?
    Le héros est pas charismatique, ça c’est sûr!
    Mais cependant, je trouve que les points que tu as trouvés pour essayer de descendre ce film sont pas terribles.
    Où est le problème si y’en a qui aiment faire de l’escalade?
    Moi perso, ça m’a rappelé un peu Tomb Raider.
    Non, c’est pas franchement gênant. C’est un agent, je suppose qu’il est capable de ce genre de chose, ça doit être sa passion puisqu’il réitère une escalade dans le 4.
    Les masques, c’est utilisé depuis l’épisode 1, y’a rien de nouveau.
    les motos qui se foncent dessus? Bah, tant pis si t’aimes pas la chorégraphie des combats ^^!
    Et dans tous les films, t’as un « ouf, on a faillit y échapper belle, mais à la dernière minute on s’est rattrapés ». Tension, suspense, tout ça, normal, quoi. J’ai toujours trouvé ça « n importe quoi! » dans les films d’action.
    Un peu comme on se demande comment fait toujours le geste pour survivre alors qu’il aurait pu e f&ire décimer depuis longtemps.
    Certains vont jusqu’à faire des remarques sur la coiffure de Tom Cruise^^!
    Mais bon, ça reste un bon film à regarder. Peut-être trop de moments WTF.

  7. Mh interessant. Mais je te rejoins pas vraiment sur ce coup là. Bien sûr que c’est gros, mais il y a une énergie et une liberté dans l’action, avec un coté baroque et déméntiel des échanges qui me plait. Et je pense pas que Michael Bay aurait eu ce sens de la mise en scène qui parfois se rapproche d’échanges propres à la danse. Le mélange de musique baroque, de deification de Tom Cruise (qui est un peu un acteur-dieu dans sa folie, tant il se prend au sérieux dans son investissement), de scènes d’actions toujours plus dingues (en somme toutes celles que tu trouves drole) et de condenser du meilleur du kitch des années 90 en font un film ultra rafraichissant et dont je ne me lasse pas. Pour moins bien au dessus du trois, qui pour le coup pue le conventionnel et la série TV (merci JJ)

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