American Horror Story : Murder House (Saison 1), de Ryan Murphy et Brad Falchuk (2011)

AHS

La famille Harmon, composée d’un psychiatre pervers (Ben), de sa femme meurtrie (Vivien) et de leur fille satanique (Violet), s’installe dans un manoir… hanté, après l’adultère du père et la fausse couche de la mère. Les esprits rôdent et sont bien décidés à les torturer, afin de les confronter à leurs plus grandes peurs.

        Difficile, à priori, de faire une série télévisée ayant pour thème la maison hantée. Si ce thème est vu et revu au fil des décennies au cinéma, c’est parce qu’il se transpose plus facilement sur une durée standard de 1h30. Alors en en faisant le point d’ancrage de douze épisodes de 45 minutes chacun, il est normal de se demander comment les créateurs peuvent parvenir à maintenir la trame et à conserver l’aura horrifique propre à ce sous-genre. Derrière cette série se trouvent les créateurs de Nip/Tuck et de Glee, Ryan Murphy et son acolyte Brad Falchuk. Dans le cas d’American Horror Story, les deux compères inventent un nouveau format télévisuel, puisque chaque saison offre une histoire différente, totalement indépendante les unes autres. Cette particularité a d’ailleurs été révélée malicieusement par les créateurs après la diffusion du dernier épisode.

        Autant le dire d’emblée, cette première saison, intitulée sobrement « Murder House » (puisqu’il s’agit tout bêtement d’une famille emménageant dans une maison qui a été le théâtre de plusieurs meurtres par le passé) se révèle être un vent de fraicheur pour les amateurs d’horreur et de fantastique, qui plus est pour les cinéphiles nostalgiques des soap opera dans la veine de Dark Shadows (Dan Curtis, 1966-1971). Car la référence à la série culte de Curtis saute au yeux, et Ryan Murphy ne s’en cache pas, avouant avec humour que sa grand-mère le forçait à regarder la série chaque jour (c’est pas juste, moi ma grand-mère me forçait à finir mes épinards…). Autres références incontestables : Shining de Stanley Kubrick (1980) avec dès la première scène de la série deux jumeaux qui apparaissent, ainsi que des plans de couloirs qui renvoient directement à l’œuvre de Kubrick; mais aussi Twin Peaks (David Lynch et Mark Frost, 1991-1992) pour l’ambiance, avec un soupçon d’Amityville (Stuart Rosenberg, 1979). Pour tout dire, j’ai eu du mal à me plonger dans le premier épisode, qui dévoile beaucoup trop d’éléments dès le début ce qui donne l’impression d’être perdu dans une histoire pourtant simple. L’autre point faible est sans conteste la réalisation, inégale au sein de chaque épisode. Les plans sont souvent trop courts, trop de gros plans qui nuisent à la lisibilité… Mais pourtant… pourtant, American Horror Story captive dès les épisodes suivants, et opère une bifurcation radicale dans son histoire qui peut en laisser certains en chemin. En effet, après un pilote qui laissait présager une banale histoire horrifique sur une maison hantée, le point de vue passe de la famille Harmon aux fantômes des anciens habitants de la maison, dans une ambiance délicieuse et loufoque à la Dark Shadows (c’est là que l’influence est clairement mise à partie). Ainsi la terrible demeure enferme littéralement ses occupants morts entre ses murs, les contraignant à cohabiter. Ceux-ci sont en quelque sorte dans un continuum temporaire entre le monde des vivants et celui des morts. Ils peuvent interagir avec les Harmon, donc avec les vivants, mais cela n’est pas sans conséquence.

        Ainsi le véritable élément horrifique de la série ne réside pas dans sa poignée de scènes macabres et sanglante, mais dans le drame qui se déroule dans la famille Harmon et qui empire avec les esprits des anciens résidents. Car le père de famille, Ben Harmon, est mis à rude épreuve concernant ses penchants pour l’adultère. Ainsi il voit en Moira (la femme de ménage de la maison) une séduisante et endiablée jeune femme, alors qu’elle est au yeux de tous les autres personnages une vieille femme.  Toute histoire d’horreur comporte son lot de sexe, AHS ne déroge pas à la règle, et la série comporte son lot de  scènes explicitement sexuelles qui n’en sont pas moins jamais gratuites. Prenons l’exemple d’un agent immobilier trop aveuglé par l’argent qui se laisse séduite par Moira (jeune), et finit émasculé ! En fait, cette maison renferme à elle seule tout ce que le modèle américain a de faillible et de corrompu : un médecin de stars hollywoodiennes qui viole ses clientes pendant leur opération (c’est le premier habitant de la maison), un couple gay brisé par l’adultère et le quotidien monotone, un adolescent responsable d’une tuerie dans son lycée, le capitaliste immobilier … Toutes les couleurs du vice sont réunies dans la demeure maudite, personnage à part entière.  Comme un grand nombres de films et de séries depuis les années 1970, American Horror Story cherche à dévoiler l’horreur bien dissimulée derrière les apparences ordinaires et calmes, à l’image du quartier chic dans lequel se trouve la demeure. L’apparition de Elisabeth Short, alias le Dahlia Noir, est aussi une très bonne idée (qui permet d’inscrire la série dans l’histoire et la mythologie américaine) tout comme le très cinégénique « Rubber Man » ! Ancré dans une réalité contemporaine sur fond de crise économique, la série monte crescendo en intensité dramatique jusqu’au deux derniers épisodes qui relèvent simplement du jamais vu en série TV :  une pure inventivité d’horreur, de burlesque, de rire, de peurs et surtout beaucoup d’émotions. Finalement, Murphy et Falchuk boucle brillamment leur série sur le thème de l’Éternel Retour Nietzschéen !

        Servi par un casting impeccable (même si Dylan McDermott ne m’a pas totalement convaincu), avec notamment Jessica Lange (King Kong 1976, Big Fish), parfaite dans un rôle vraiment mystérieux et terrifiant; Kate Mara, Zachary Quinto (Spoke dans Star Trek) … Mention spéciale pour le générique, signé Kyle Cooper (Seven, The Walking Dead…), et qui est une sorte de mini-jeu, chaque image apportant un élément de réponse à la trame qui sera totalement complétée à la fin de la saison ! Enfin, il faut vraiment relever le fait que c’est une des dernières productions qui a encore le courage de tourner en 35 mm (avec le piqué et le grain de qualité que cela génèrent) et rien que pour cela, jetez-vous sur American Horror Story ! Et puis évidemment pour l’histoire, qui ose des idées novatrices, ou totalement aberrantes mais tellement puissantes en termes d’impact sur les spectateurs, que cela devient grandiose. Comme je l’ai déjà dit, le fond l’emporte largement sur la forme, une meilleure mise en scène en aurait fait un bijou. On doit donc se contenter d’une réalisation banale, avec des gros plans ou des plans en cravate pour illustrer les nombreux personnages macabres qui font leur apparitions, tout en offrant certains cadrages somptueux quelquefois. Mi-figue mi-raisin comme dirait mon vendeur de fruits ! Qu’importe, c’est bien dans son scénario et ses idées folles que réside l’intérêt de la série !

                                                                                                                                                                                                                         Dr. Gonzo

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2 réflexions sur « American Horror Story : Murder House (Saison 1), de Ryan Murphy et Brad Falchuk (2011) »

  1. Superbe série ! Scénario impeccable pour sûr, mais dans la forme aussi je trouve, surtout à travers la maestria du montage des images. Et la seconde saison fait tout aussi bon !

  2. Je pense que je suis un peu trop pointilleux sur le montage ! Mais il y a tellement de rebondissements dans cette série que certains passages sont trop rapides, vite expédiés. Mais ça n’en reste pas moins une des meilleures séries vu depuis un bail, surtout dans ce genre là peu exploité.

    Je regarde la saison 2 bientôt, après Game of Thrones !!

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