Mud, de Jeff Nichols (2013)

Mud

 Titre original : 
 Mud
 Réalisation : 
 Jeff Nichols
 Scénario : 
 Jeff Nichols
 Chef opérateur : 
 Adam Stone
 Nationalité : 
 Etats-Unis
 Musique : David Wingo
 Avec : Matthew 
 McConaughey, Tye 
 Sheridan, Sam Shepard, 
 Reese Witherspoon...
 Production : 
 Everest 
 Entertainment 
 et FilmNation 
 Entertainment
 Budget : 10 millions 
 Durée : 135 mn
 Date de sortie : 
 1er mai

Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents. Très vite, Mud met les deux adolescents à contribution pour réparer un bateau qui lui permettra de quitter l’île. Difficile cependant pour les garçons de déceler le vrai du faux dans les paroles de Mud. A-t-il vraiment tué un homme, est-il poursuivi par la justice, par des chasseurs de primes ? Et qui est donc cette fille mystérieuse qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

        Après son brillant et dépressif Take Shelter, le jeune prodige Jeff Nichols revient avec un drame sur le passage à l’âge adulte dans l’Amérique profonde. L’histoire de Mud paraît de prime abord très (trop ?) simpliste : deux enfants rencontrent un homme mystérieux sur une île du Mississippi, dans l’Arkansas. Et … ? Ne soyez pas trop demandeur de réponses dans ce film, car Nichols dévoile lentement des éléments de réponses, au compte-goutte, pour s’attacher à ses personnages, formidables de consistance psychologique. A la fin du film, on se dit indéniablement que l’on a assisté à un vrai film de cinéma, de fait les personnages existent par et pour le film, il n’y a plus d’acteurs, et l’on a cette impression dérangeante mais ô combien fascinante d’avoir pénétré dans le quotidien de ces personnages (l’une des facettes du 7ème Art trop souvent oubliée ces dernières années). Cette immersion phénoménale doit beaucoup aux acteurs : Matthew McConaughey transpire à fond le vagabond légèrement superstitieux rongé par l’envie de rejoindre Juniper (Reese Witherspoon); les gosses sont incroyables et rappellent combien l’enfance est une période de la vie hautement cinégénique propre à générer la plus grande sympathie (on retrouve Tye Sheridan, vu dans The Tree of Life); Michael Shannon y va de son petit second rôle mémorable, Sam Shepard a encore la banane pour un septuagénaire … ! Nichols filme encore une fois en Cinemascope, et c’est tout simplement grandiose, offrant une profondeur de champ sublime en extérieur (Terrence Malick n’est pas loin…) et magnifiant les (rares) moments plus nerveux, à l’instar de la fusillade finale.

Mud

        Sur un rythme donc plutôt lent, à l’image de l’inquiétante tranquillité du Mississippi et de ses innombrables confluences, Mud nous fait vivre la découverte du monde adulte et des responsabilités par ces deux jeunes, dont la fréquentation avec l’homme de l’île, qui se cache après un crime, va les confronter à la dure réalité.  Et question réalité, le film de Nichols est tout sauf didactique. En effet le tour de force de Mud est, à l’instar de nombre de films des frères Coen par exemple, de faire coexister le mythe, l’Histoire et la fiction. Inscrivant son histoire dans une Americana évoquant Mark Twain, Nichols n’en oublie pas moins d’illustrer visuellement le contexte socio-économique contemporain de l’Amérique profonde – celle des petits pêcheurs, des villes quasi-désertes, de l’abandon familial, bref l’envers du rêve américain. La notion de « frontière » prend ici tout son sens, si importante dans la culture américaine en tant que dernier bastion de la nature sauvage contre la présence humaine. Le personnage de Mud est en pleine résonance avec cette « frontière » autant figurative (la nature hostile, avec la morsure de serpent) que figuré (il est éloigné de la civilisation car il a dépassé la loi, autre frontière d’ordre éthique). Son propre nom (« mud » signifie « boue ») évoque d’ailleurs l’ambiguïté du personnage : entre naissance de l’homme dans la tradition biblique et symbole de dégradation. Personnage quasiment mystique, dont l’existence semble hors du temps, on peut dès lors l’apparenter à une allégorie du passage à l’âge adulte des enfants, qui plus est lorsqu’il sort du Mississippi pour s’engouffrer dans la mer,  brillante métaphore qui clôt le film. Comme avec son précédent film, Nichols livre une vraie proposition de cinéma, sincère, personnelle et pourtant universelle dans sa thématique. Un putain de film quoi !

Dr. Gonzo

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4 réflexions sur « Mud, de Jeff Nichols (2013) »

  1. Conquis pareillement. Un film qui nous prouve qu’il y a encore des gens qui savent faire du cinéma (ça change d' »evil Dead » !). Pertinente remarque sur la « frontière » esquissée dans le film, et qui rapproche « Mud » d’un authentique western (genre dédié à la frontière par excellence). S’il se rapproche de son très bon premier film « shotgun stories », Nichols marque encore des points sur le terrain de l’émotion. J’en suis ressorti tout tourneboulé et en même temps comblé par un final magnifique et lumineux.

  2. C’est rare effectivement des réalisateurs qui s’exprime encore par le montage et la mise en scène ! Evil Dead m’a agréablement surpris, en considérant ce qu’il est, une version très contemporaine d’un monument des années 80 en cela qu’il lui ôte tout second degré et revendication subversive. Je viendrai développer mon avis sur ton article.

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