Le Dernier Samaritain, de Tony Scott (1991)

Le Dernier Samaritain Titre original :
 The Last Boy Scout
 Réalisation : 
 Tony Scott
 Scénario : 
 Shane Black et 
 Greg Hicks
 Chef opérateur : 
 Ward Russell
 Nationalité : 
 Etats-Unis
 Musique : 
 Michael Kamen
 Avec : 
 Bruce Willis,
 Damon Wayans,
 Chelsea Field...
 Production : 
 Silver Pictures,
 Warner Bros.
 Durée : 
 106 mn
 Date de sortie : 
 12 février 1992

Détective privé alcoolique et cynique, Joe Hallenbeck fut autrefois un héros des services secrets. Sa carrière a tourné court, tout comme celle du footballeur noir Jimmy Dix, qu’il rencontre dans une boîte de nuit où se produit Cory. L’assassinat de cette dernière va lancer les deux hommes dans une enquête difficile et musclée…

        S’il est un film d’action qui symbolise le passage des années 80 aux années 90, il s’agit très certainement de The Last Boy Scout.  Réalisé par feu Tony Scott après plusieurs films sous la houlette de Jerry Bruckheimer (Top Gun, Le Flic de Beverly Hills 2…), Le Dernier Samaritain lui permet de s’exprimer pleinement dans son approche si particulière (et si conspuée par les critiques) du montage et de la mise en scène. La noirceur de ce film n’est pas là par hasard, on doit le scénario (vendu à un prix jamais atteint alors !) à Shane Black, LA star du scénario des années 80/90 (L’Arme Fatale 1 et 2, Last Action Hero, …) tombé dans l’oubli et la dépression jusqu’à son retour récent. Ainsi le personnage de Joe Hallenbeck (Bruce Willis) est d’un fatalisme à toute épreuve, détective privé désabusé et sans but. Sa femme le trompe, sa fille le déteste et cerise sur le gâteau, il n’a plus de cigarettes (oui, car il fume à un rythme insoutenable, essayez donc de trouver une seule scène où il n’a pas de clope au bec !). D’une certaine manière, Le Dernier Samaritain est la vraie version de « Jack Slater », le film dans le film de Last Action Hero : même cadre, antihéros qui balance des punchlines à gogo, méchants caricaturaux, policiers qui arrivent dans les secondes suivants les délits, …

        En matière de répliques justement, Shane Black s’y connait et nous livre l’un des films d’action les plus jouissifs sur ce plan. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si Joe Hallenbeck dit que « dans les années 90 on ne peut plus frapper un gars sans balancer quelque chose de cool avant ». Cette petite phrase montre bien le renouvellement du genre à partir du début des années 90, vers des films d’actions dynamités par l’humour et parfois la régression. Un exemple ? Le passage de L’arme Fatale 1 et 2 (sombres, sérieux, adultes tout en apportant ce qu’il faut de subtilités comiques) aux troisième et quatrième épisodes, comédies plus potaches qui délaissent l’ambiance noir. Shane ne s’y est pas trompé avec ce scénario qui anticipe l’évolution future du genre qui l’a fait connaitre. Le film repose sur Joe Hallenbeck et Jimmy Dix (Damon Wayans) sous la forme du buddy movie, (forme qu’affectionne Shane Black), deux personnages hantés par la mélancolie et le passé (morts, divorce, drogue, perte de dignité…). Une noirceur absolument phénoménale pour ce genre de film, tout comme la profusion de scènes d’action et de fusillades. C’est d’ailleurs cela qui a déplu à nos chers critiques français de l’époque :

« Ca explose de tous les côtés, ça ne s’interrompt que le temps de lancer une réplique à mi-chemin entre l’obscénité et l’humour de comptoir. »  Le Monde, 14 février 92.

« On peut, en fin de projection (…), s’amuser au petit jeu de l’inventaire. Combien, dans ce film hystérique, y a-t-il d’explosions de voitures, de rafales de fusil-mitrailleur et de passages à tabac ? » Télérama, 19 février 92.

Le Dernier Samaritain

        Une critique qui n’a visiblement pas compris l’intérêt et les qualités novatrices du film, mais cela n’a rien d’étonnant quand on sait comment elle traitait le réalisateur de Top Gun. Car Le Dernier Samaritain n’en reste pas moins une œuvre particulièrement critique sur la société, par le biais d’un scénario mêlant manipulations politiques du gouvernement de Californie, mafias de paris sportifs illégaux et business dans le monde du foot US. La sacro-sainte famille si chère aux yeux de la société occidentale n’est pas épargnée, ici tout est fait pour sauver les apparences, l’amour est une maladie comme le cancer (dixit Hallenbeck). Ce script si dense trouve en la personne de Tony Scott le réalisateur qui lui fallait. Montage effréné mais toujours lisible, imagerie MTV 80’/90′, cadrage serré, couleurs saturées… Un style qu’on aime ou non, mais qui je trouve colle parfaitement avec l’histoire et les personnages. Scott continue son expérimentation visuelle acquise dans la publicité, et renforce d’autant plus l’aspect cynique et décalé du film.

        Bruce Willis reprend avec plaisir un rôle de flic désabusé, légèrement nihiliste et terriblement cinégénique. Une vraie loque humaine reflétant la société dans laquelle il vit, et pourtant on est prit de sympathie pour lui. Allez savoir, c’est ça le pouvoir du cinéma ! Quand à Damon Wayans, il est excellent en ancien quaterback viré pour paris illicites. Deux mots sur les méchants du film, inoubliables crétins caricaturaux qui offrent à Joe Hallenbeck ses plus belles répliques ainsi qu’une mort assez… insolite ! Teinté de postmodernisme (la fille de Hallenbeck regarde L’Arme Fatale à la télé lors d’une scène), Le Dernier Samaritain est, d’un point de vue absolument subjectif, l’un des meilleures films d’action de cette décennie fluo et cynique ! Échec retentissant à sa sortie, il n’aura pas droit à une suite comme le scénariste aurait aimé, et conforte le producteur Joel Silver (mais aussi en général toutes les majors) dans l’idée de privilégier l’humour à la noirceur pour les futurs films d’actions. Nouvelle époque, nouvelles règles !

Dr. Gonzo

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2 réflexions sur “ Le Dernier Samaritain, de Tony Scott (1991) ”

  1. Je ne peux que te le conseiller, assez méconnu (je ne dirait pas ignoré) et pourtant tellement fun et représentatif de son époque comme film.

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