Man of Steel, de Zack Snyder (2013)

Man of Steel

Un petit garçon découvre qu’il possède des pouvoirs surnaturels et qu’il n’est pas né sur Terre. Plus tard, il s’engage dans un périple afin de comprendre d’où il vient et pourquoi il a été envoyé sur notre planète. Mais il devra devenir un héros s’il veut sauver le monde de la destruction totale et incarner l’espoir pour toute l’humanité.

        Difficile défi que de remettre en route le comics  Superman après l’adaptation pionnière de Richard Donner en 1978, campée par un Christopher Reeve impérial. Entre ses suites pas toutes indispensables et le film de Bryan Singer qui rendait hommage à celui de Donner de façon assez maladroite, la carrière de Superman dans les salles obscures est passée par des périodes de flottement. Un temps entre les mains de Tim Burton, puis de McG, sans compter le rôle en lui même envisagé pour Nicolas Cage, ou encore Will Smith qui déclinera poliment pour une histoire de couleur de peau. Faut pas déconner quand même !

        Finalement, Man of Steel est confié à Zack Snyder, écrit par David S. Goyer et Christopher Nolan, et produit par sa société Syncopy Films. Et après avoir vu le film, on est effectivement en présence d’un film hybride, fruit de compromis entre la vision du super-héros de chacune des personnes impliquées dans le projet. Pour ce qui est du scénario, l’ensemble est un peu décousu, la chronologie non-linéaire propre à Nolan déstructure la narration et offre des gros morceaux bien distincts, de façon désorganisée. Au final, la mythologie est maladroitement exploitée, que ce soit les motivations du Général Zod ou encore la relation de Clark Kent avec ses parents ou Lois Lane. Zod veut supprimer les Humains pour leur infériorité et recréer Krypton. En ce sens, le scénario est très influencé par la thématique fasciste inhérente à Snyder (300, Le Royaume de Ga’Hoole…), ce qui aurait pu être un élément intéressant s’il était mieux exploité.

        En effet, la dernière partie du film nous offre une destruction massive de Metropolis mais derrière tout cela il n’y a rien, aucune empathie pour les dizaines de milliers de morts que font Zod et Superman lorsqu’ils se battent. On est proche de l’absence totale d’émotion que procurait 2012 lors de ses moments de mort de masse (on remarquera qu’il y a aussi une scène débile avec un chien dans Man of Steel). Snyder préfère éclipser les conséquences humaines des combats et passer directement à l’entrée de Clark Kent au Daily Planet dans la bonne humeur, passage obligé s’il en est. Du calibrage hollywoodien de base. Niveau mise en scène, je suis toujours allergique au « style Snyder », ses zooms avant et arrière lors de la bataille sur Krypton et pendant les combats sur Terre donnent l’impression de voir une cinématique, et par dessus tout déstabilise la disposition des personnages, parvenant même à ôter une partie du charisme à Zod (excellent Michael Shannon). Ce n’est pas pour rien que beaucoup de réalisateurs évitent à tout prix l’utilisation du zoom, et encore celui-ci doit-il être justifié – ici on est plus en présence d’une utilisation tape-à-l’oeil. Tout comme les combats, certes titanesques, mais qui tiennent plus de Dragon Ball Z que de Superman; et qui tranchent beaucoup trop avec les scènes en « mode Terrence Malick »  lorsque la mère de Kent apparait.

- "Tu vois, ça, c'est un zoom avant, et ça, un zoom arrière !" -"Et ça sert à quoi ?" -"C'est utile quand les rushs sont mauvais, comme ça on voit pas que c'est mal filmé parce que le zoom cache les défauts !" -"Cool, on verra pas mon slip alors !"
– « Tu vois, ça, c’est un zoom avant, et ça, un zoom arrière ! »
-« Et ça sert à quoi ? »
-« C’est utile quand les rushs sont mauvais, comme ça on voit pas que c’est mal filmé parce que le zoom cache les défauts ! »
-« Cool, on verra pas mon slip alors ! »

        C’est vraiment dommage, car la bande originale de Hans Zimmer est renversante, et Henry Cavill est assez convaincant dans le slip de Superman. Mais malheureusement l’hystérie visuelle de Snyder fusionne avec l’écriture psychologisante  de Nolan (oui, on va finir par le savoir que les super-héros souffrent !). Il ne reste plus qu’à espérer que le projet Justice League*, l’alliance de super-héros DC Comics sur le modèle des Avengers chez Marvel, ne soit pas confié à Zack Snyder.

* Pour le moment, la cohérence de cet univers est en construction. On peut voir un clin d’œil à Batman (mais pas à celui de Nolan) dans Man of Steel, lorsque Zod détruit un satellite portant le symbole « Wayne Enterprise ». Le personnage de Green Arrow est développé dans sa propre série produite par CTV, sobrement intitulée Arrow, et constitue une excellente surprise (j’y reviendrait dans un article). Reste à mettre en route une nouvelle trilogie Batman, sans compter le développement des autres personnages, on est pas près de voir arriver Justice League

Dr. Gonzo

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9 réflexions sur “ Man of Steel, de Zack Snyder (2013) ”

  1. D’accord sur les effets zoom/dézoom vraiment excessifs et gênants. Perso après j’ai passé un très bon moment, le scénario manque de consistance (d’accord sur le côté décousu) mais on voit enfin Superman dévoiler comme il se doit la puissance de ses pouvoirs et ça fait plaisir. Un bon divertissement.

  2. Fine analyse à laquelle je souscris intégralement (ou presque car je n’ai pas été franchement convaincu par le côté gravure de mode de Cavill et les grimaces insistantes de Shannon). C’est un peu le problème de ces films qui à force de se prendre au sérieux finissent par verser dans le ridicule. Emmerich pointe le bout de sa truffe en effet (je n’avais pas pensé à la scène du chien mais c’est vrai !) à travers une clique de militaires et de scientifiques qui sombrent dans la plus déplorable caricature. Quand au grand moment de démolition urbaine, c’est du côté de Mickey Bay qu’il faut aller chercher. Pas super.

  3. Ce sera sans moi, pour ce « Man of Steel »…Superman n’est pas le super-héros qui me fascine le plus et le style Snyder m’horripile au plus haut point (je pense qu’on se rejoint, à ce sujet)…

  4. Max : L’un des points importants pour tout super-héros, c’est la responsabilité qu’impliquent ses pouvoirs et son identité sur les autres. Or Clark Kent/Superman semble bien plus occupé à rentrer au Daily Planet qu’à pleurer les morts de Metropolis. C’est toujours le problème avec la fin des films de super-héros (pour la plupart),comme si toute les destructions auxquelles on vient d’assister n’avaient pas de valeur, pas de conséquences… Mais je t’accorde que niveau déploiement de force, ce Superman là est garni, après chacun appréciera ou non la manière de Snyder…

    Princécranoir : Shannon étant Shannon, ses grimaces ne m’ont pas empêché d’apprécier son rôle tant cet acteur dégage quelque chose de cinégénique. Pour Cavill, il joue certes sur un registre limité, mais il me semble bien taillé pour ce rôle quand même (dans mes souvenirs, le Superman de la BD n’est pas non plus ce qu’il y a de plus expressif comme super-héros !). Pour la petite anecdote, il a failli jouer Batman à la place de Christian Bale…Et je suis bien d’accord pour les scientifiques et militaires, des vrais sous-personnages vides dans un décorum factice.

    Laurent : Si la réalisation de Snyder te déplaît, alors ne regarde surtout pas ce Man of Steel ! Je ne suis pas ultra fan de Superman à la base non plus, pourtant cet univers peut donner quelque chose de fantastique au cinéma, si seulement les scénaristes réussissaient à écrire un arc narratif digne de ce nom !

  5. Je ne savais pas que Cavill était pressenti pour Batman. Il faut dire que la mise en scène ne lui rend pas forcément grâce ici, limitant son jeu à une suite de hurlements servant à libérer rage et colère. A tous les détracteurs de Snyder, je trouve pour ma part qu’il n’y a plus grand chose de son style dans ce « Man ». Il est visuellement éloigné du graphisme vidéogame de « Watchmen » par exemple, ce qui laisse dubitatif quant à ses réelles prérogatives sur le film.

  6. « Watchmen » était plutôt bien réalisé, comparé aux autres Snyder. Son approche videogame est effectivement bien loin de ce que propose Man of Steel, même si on retrouve quelques traces de ce style notamment dans les combats.

  7. Mon p’tit père, je ne peux que te suivre en tout point. Un film visuellement bien branlé mais sans aucune consistance ni émotion. C’est vraiment dommage, y’avait moyen de faire mieux, surtout avec la plume de David S Goyer. M’enfin, c’est toujours mieux que ce navet de Superman Returns.

    Je sais pas pour toi, mais j’en suis ressorti avec un bourdonnement dans le crane à force d’entendre que des explosions façon Michael Bay pendant la dernière heure.

  8. Aucune émotion c’est exactement ça. Personne pour pleurer les morts de Metropolis mais par contre, quand Superman détruit un satellite à 12 millions de dollars, il se fait engueuler par un militaire… Le matérialisme passe avant les vies humaines, c’est bien connu !
    Niveau bourdonnement dans le crâne, ça été j’avais prévu le coup je me suis installé au fond de la salle, et je recommande cette « astuce » dès que l’on voit un film de Michael Bay, Roland Emmerich, Zack Snyder ou un found foutage, ça évite le mal de crâne !!

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