La Guerre des Mondes, de Steven Spielberg (2005)

On ne compte plus les films catastrophes américains qui s’inspirent des événements du 11 septembre 2001. Tiens, si ! On va les compter… Oh, et puis non ! De toute façon, cela n’aurait pas grand intérêt. Quoi qu’il en soit, La Guerre des Mondes prend place dans ce nouveau genre cinématographique post-11 septembre, car il relate une attaque brutale et soudaine, un acte terroriste et belliqueux dans un pays qui n’a pas connu de conflits sur son sol depuis la guerre de Sécession et l’arrivée de David Guetta.

Ray Ferrier (Tom Cruise) est un docker divorcé et un père rien moins que parfait, qui n’entretient plus que des relations épisodiques avec son fils Robbie, 17 ans (Justin Chatwin), et sa fille Rachel, 11 ans (Dakota Fanning). Quelques minutes après que son ex-femme et l’époux de cette dernière lui ont confié la garde des enfants, un puissant orage éclate. Ray assiste alors à un spectacle qui bouleversera à jamais sa vie…

La Guerre des Mondes
Tripode 1 : « Nous venons en paix ! » Tripode 2 : « Ah ! Ah ! Qu’est-ce que t’es con Roger, alors ! »

Généralement, dans ce genre de film ayant pour thème une invasion d’extraterrestres belliqueux, le point de vue choisi est alors celui d’officiers (« Paris et Londres sont rayés de la carte mon général ! » « Paris et Londres ? C’est où ça ? »), de politiciens (« Faites le maximum pour sauver le peuple des Etats-Unis d’Amérique… mais laissez Sarah Palin à découvert ») et de savants (« Cette espèce est dotée d’une intelligence cent fois plus élevée que celle de Benjamin Castaldi ! » « Oui, en gros, ils sont aussi intelligents que nous, quoi ! » « C’est exactement ça ! »).

Dans ce genre de film, les plans s’enchaînent sur des cartes d’état-major avec plein de drapeaux américains et sur des radars qui font « bip-bip-biiiiiiiiiiiiiiiip » ; sur des colonels bardés de médailles éructant des ordres incompréhensibles, qui parlent de musulmans et de bombe nucléaire ; sur le vice-président serrant dans ses bras ses enfants et son golden retriever. L’invasion est alors vue depuis le haut de la hiérarchie sociale, c’est-à-dire depuis ceux qui en savent le plus sur cette invasion en question. Le petit peuple, lui, est pris en compte quand il est cramé à coups de laser ou quand son nombre de morts est chiffré (« Le Luxembourg a perdu 80 millions d’habitants ! » « Vous êtes sûrs ? »).

L’intelligence de Spielberg a été de changer cette donne et de raconter cette fameuse « guerre des mondes » depuis le « bas », soit à hauteur d’Américain lambda, en nous montrant un homme ordinaire placé dans une situation extraordinaire. Un homme qui du jour au lendemain voit sa petite existence tranquille et banale complètement bouleversée, déjà par l’arrivée de ses enfants, lui le père indigne, ensuite par cette guerre qui commence, cette mort en marche dont il ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants, et face à laquelle sa réaction va être simple et réaliste : la fuite.

La Guerre des Mondes

Dans le livre de H.G. Wells (1898), les envahisseurs arrivent de Mars et débarquent en Angleterre, qui au moment de l’écriture était un empire colonial au sommet de sa puissance. Ici, on ne sait pas clairement d’où ils viennent, mais l’idée de Mars semble avoir été abandonnée (pour ma part, je pencherais pour Epsilon B-X24, mais ce n’est là qu’une humble supposition). En tout cas, ils sont déjà venus, puisqu’ils ont implanté dans notre sol de monstrueuses machines n’attendant qu’à être réveillées. Ce qui prouve : 1) leur avancée technologique 2) leur absolue malveillance.

En passant, dites-vous bien cela : pour savoir laquelle des deux espèces qui se rencontrent est la plus avancée, c’est forcément celle qui arrive la première sur la planète de l’autre. Eh oui !… Le jour où dans le ciel on verra apparaître une énorme soucoupe volante, on pourra se dire : « Merde ! On est à la ramasse ! ». Et après seulement, on pourra crier et fuir en agitant les bras.

« T’as pensé à rentrer le linge, chérie ? »

L’action du film de Spielberg ne se déroule donc plus au cœur de l’Empire britannique, mais aux Etats-Unis : à chaque époque sa puissance. Ce pays qui longtemps se crut inattaquable a changé de disque depuis l’attentat du World Trade Center. A compter de ce jour, le cinéma américain illustre cette nouvelle prise de conscience et dans La Guerre des Mondes, cette invasion des United States of America par une force supérieure (ce que personne alors n’imaginait) laisse le peuple américain pantois, interdit et… terrorisé. En quelques jours, l’un des pays les plus puissants est plongé dans le chaos par des tripodes gigantesques, sortes d’énormes insectes de fer apparemment invincibles, prêts à exterminer l’espèce humaine de façon mécanique et méthodique.

On imagine alors aisément l’état du reste du monde : par exemple, Haiti avant / Haiti après… Hem… Mauvais exemple, je vous l’accorde. Et notre petite France à nous, que deviendrait-elle suite à l’action destructrice des tripodes ? Plus d’Anges de la téléréalité ! Plus de Daniela Lumbroso ! Plus de Bernard Tapie ! Plus de Jean-François Copé !… Nom d’un couscous décongelé ! Venez ! Venez les Aliens !!!!

A côté de ça, donc, à côté de ces immenses machines à tuer extraterrestres, qui plus est protégées par une sorte de bouclier, Ray Ferrier, un « simple docker », semble, avec ses deux enfants, bien démuni et désavantagé. Mais comme on le serait tous, finalement. Lui, le géniteur divorcé dont la garde de ses enfants semble plus le gêner qu’autre chose, le mauvais père un peu beauf, amateur de grosses voitures (Spielberg revient d’ailleurs avec ce film à une de ses lubies : la famille décomposée), va pourtant devoir se transformer en « super papa » pour sauver sa famille et retrouver la confiance de son fils Robbie et de sa fille Rachel. Quand la tempête s’annonce, il convient de protéger sa progéniture. L’interprétation de Tom Cruise en père absent se transformant avec le danger en père « idéal » est au passage très bonne dans ce qu’elle confère d’humanité et de sensibilité au film. De toute façon, le personnage en lui-même mis à part, je trouve que c’est un excellent acteur. Oui, monsieur le procureur ! Et mon avocat va vous en apporter les preuves… un autre jour, peut-être.

La Guerre des Mondes

L’un des points forts de La Guerre des mondes, ce sont les scènes de panique et de mouvements de masse, qui me semblent très bien retransmises. Pour avoir fait les soldes ce week-end, je peux vous assurer que ce qu’il y a d’humain chez l’homme se désintègre rapidement dès que sa survie ou une chemise à – 50 % est en jeu. Dans le film de Spielberg, cette volonté de survivre se traduit par… la fuite.

Alors que l’ennemi avance irrémédiablement, l’homme se déshumanise. Comme un gibier traqué, l’humain devenu bien faible et sans moyen de riposter tente d’échapper encore et encore à cette force exterminatrice en courant à toutes jambes, en revenant à l’essentiel. Une voiture qui est la seule à ne pas être en panne devient un objet de jalousie, puis de meurtre. Evidemment, certains hommes fanfaronnent et veulent mourir en combattant une force imbattable pour le roi et la patrie – tant mieux pour eux. La plupart, plus réalistes, veulent simplement sauver leur peau, quitte à oublier toutes les règles et les valeurs établies par des millénaires d’humanité. Plus de politique, de patriotisme, ni de « civilisation ». Se terrer et attendre. Résister, si l’on peut ; mais survivre, d’abord… Et Dieu dans tout ça ? Aux abonnés absents. Il a déjà quitté la terre depuis longtemps, ce perspicace !

La Guerre des Mondes
« J’ai comme une petite envie de grenadine, moi »

La réalisation de Spielberg le génie s’immortalise en scènes fortes qui restent dans la mémoire. C’est l’autoroute aérienne qui explose en arrière-plan et le formidable plan-séquence qui suit (avec cette caméra qui entre et sort de l’habitacle de la voiture) ; c’est la plongée sur la petite Rachel piégée sous les feux du tripode ; c’est ce train en flamme qui traverse brutalement la nuit devant l’œil indifférent d’une foule en fuite (une ville tout près vient d’être rayée de la carte et sa gare pulvérisée, mais dorénavant, chacun ne pense qu’à soi). C’est, enfin, ce paysage rouge, ces racines sanguinolentes qui s’étendent à perte de vue. La maîtrise de l’image, de la dramaturgie, sont indéniables dans ce « blockbuster intimiste ». Ajoutons à cela des mouvements vifs de caméra, puis des plans plus posés, des gros plans sur les yeux pleins de larmes de Cruise et sur le visage terrifié de la petite Rachel, et on obtient tout ce qui fait le talent de Spielberg le réalisateur.

La Guerre des mondes montre les peurs et les faiblesses de l’Homme, mais aussi sa grandeur et sa volonté implacable de survie. Alors certes, la fin est très spielbergienne : tout le monde est sauf et la famille recomposée et réconciliée est heureusement au grand complet. Et une mélodie plus mémorisable, un thème plus appuyé de John Williams auraient été les bienvenus. Il n’en demeure pas moins que La Guerre des mondes reste un très bon film à grand spectacle, riche en péripéties, avec des effets spéciaux étonnants mais pas envahissants, et d’autant plus impressionnants qu’ils sont « l’arrière-plan » de ce que subit la petite famille, ce qui les rend plus réalistes. Un film sans son armada de militaires et de présidents prêts à se sacrifier pour sauver l’Amérique, mais avec un message intelligent (le plus petit être aura la peau du plus grand) et une réalisation solide. Un film de science-fiction d’excellente facture EDF !

Haydenncia

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10 réflexions sur “ La Guerre des Mondes, de Steven Spielberg (2005) ”

  1. Je me demande comment tu arrives à être aussi juste tout en étant drôle (« « Le Luxembourg a perdu 80 millions d’habitants ! » « Vous êtes sûrs ? »). Une brillante chronique sur un film que j’adore.
    Et j’ai toujours été un fervent défenseur de cette fin dans laquelle je trouve en réalité un sentiment de perdition qui se lit dans les yeux de Tom Cruise et sur la musique légèrement inquiétante de John Williams.

  2. Merci pour ton commentaire 2flicsamiami.

    En fait, je me demande en écrivant chaque critique ce qui me ferait rire moi. Oh ! Je sais que j’ai un humour assez particulier, mais bon, ça a l’air de plutôt fonctionner. Parfois cependant, et Dr Gonzo peut en témoigner, ce que je compte écrire va trop loin et donc, ne voulant pas tomber sous le coup de la loi, je me retiens. C’est dur, mais je me dis : « Faut pas exagérer pépère ! Pas question d’avoir l’Association des Nains de France ou la LICRA sur le dos…»

    Mais bon, dans l’ensemble, je tente le mieux possible de mêler humour et sérieux, et quel qu’en soit le résultat, j’y prends un réel plaisir ^^ !

  3. Je comprend, on a tôt fait de déclencher une guerre intergalactique. En tout cas, tes traits d’humour fonctionnent, j’aime ça et je te dis bravo !

  4. Mon Dieu ce que je le trouve nul ce film, désolé les gars. Mais tout ce que je n’aime pas chez Spielberg (surtout la fin) est réuni dans ce film. Les moments d’émotion sonnent faux pour moi comme mon intérêt pour Tom Cruise, acteur mégalo par excellence (dans la même cour que ce tâcheron de Will Smith).
    Bref, j’aime pas ce film.

  5. Sacrilèèèèège !!! Au bûcher ! Au bûcher ! Au bûûûûcher Kaal l’Hérétique !…

    Tu as tout à fait le droit de ne pas aimer ce film… (Cependant, le terme « nul » n’est-il pas un peu exagéré ^^ ?)

  6. Réjouissante lecture ! et pertinente analyse ! Je place pour ma part cette version du roman de Wells parmi mes Spielberg favoris. Le point de vue allégorique de l’extermination de masse prend ici une dimension encore plus puissante que dans « Schindler » je trouve. La présence de la menace souterraine éclaire à la fois le passé mais aussi le présent, faisant de ce film le premier grand choc visuel post 9/11. Je garde en méméoire cette vision des corps charriés par la rivière, vision des plus noires qui relativise sacrément l’éclat positif de la conclusion.

  7. Cette image des cadavres dans la rivière fait en effet partie de celles qui m’ont marqué.
    En parlant de « La Liste de Schindler », le train en flamme dans « La Guerre des Mondes » peut renvoyer à la Shoah, même si cette référence ne m’a pas sauté aux yeux sur le coup. Par contre, un autre passage m’a directement fait penser à l’Holocauste : la pluie de vêtements tombant d’un tripode, qu’on peut voir comme une allégorie des cendres s’échappant des fours crématoires et des vêtements entassés dans les camps.
    Dans les deux cas, il s’agit d’une extermination méthodique, organisée et froide.

  8. J’aime beaucoup cette cuvée de Spielberg, témoignant d’une rare maîtrise du septième Art. Rarement un blockbuster aura été si intime, si humain.
    C’est malin, j’ai une furieuse envie de revoir ce très beau film.

  9. Ce n’est peut être pas le meilleur film de spielberg mais force est de constater que c’est un film d’excellente facture et qui ne nous ennuie à aucune moment.

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