Pacific Rim, de Guillermo Del Toro (2013)

Pacific Rim

         Avec Pacific Rim, Guillermo Del Toro s’offre pour la première fois de sa carrière un budget énorme de 190 millions de dollars, marketing inclus, afin de réaliser un rêve de gosse. Pas seulement le sien, mais aussi celui de millions de geeks, cinéphiles, cinéphages… Qui n’a pas rêvé un jour voir des mechas combattre des kaijus, dans une symphonie de destruction homérique ? Pour autant Pacific Rim ne s’adresse pas seulement aux geeks, loin s’en faut. Blockbuster oblige, le film est destiné à être rentable dans la tête des dirigeants, et ils ne peuvent se permettre de balancer des termes que le spectateur lambda ne puisse comprendre. D’où la nécessité d’expliciter les termes de « kaiju »  (monstre marin géant, dont le premier représentant est Godzilla dans les années 50 et reflet du Japon post-Hiroshima) et de « jaeger » (« chasseur », des mechas ou robots pilotés par des humains), et ce avant la première image du film.

        Contrairement à la grande majorité des blockbusters actuels, Pacific Rim est un film original, dont l’univers n’a encore jamais été développé et qui ne repose pas sur une bande-dessinée ou un livre. Et malgré les (trop) nombreuses images ou bandes-annonces dévoilées avant la sortie du film, on peut dire sans trop de risques que le film arrive quand même à surprendre et offre son lot de moments forts et de surprises en tout genres. Après une séquence explicative obligatoire pour entrer dans l’univers du film, on prend connaissance avec les principaux personnages, tous bien écrits et charismatiques. Raleigh Becket (Charlie Hunnam, le héros de Sons of Anarchy) et Mako Mori (Rinko Kikuchi) forment un duo attachant contrôlant le jaeger américain « Gipsy Danger » ; Stacker Pentecost (Idris Elba) incarne la notion même du charisme rien qu’avec sa présence physique et ses discours imposants (à voir absolument en VO, le doublage français est d’un ridicule abyssal), Hannibal Chow (Ron Perlman) est tout simplement magique, un rôle taillé pour ce grand acteur par ailleurs ami de longue date de Guillermo Del Toro (pour info, il y a une scène post-générique à ne pas manquer pour connaître la fin de son personnage !). Enfin les deux scientifiques que sont Newt Geizler (Charlie Day) et Hermann Gottlieb (Burn Gorman) brillent par leur humour décalé et leur caricature outrancière du monde scientifique.

Y a-t-il besoin de mots sur une image pareille ?

        Le bestiaire de Pacific Rim est tout simplement gargantuesque, c’est un peu le fantasme de tout fantasticophile qui prend vie ! Bien sûr l’animation permettait déjà de voir des créatures si dantesques, mais le fait de le voir en film live rend la perception bien plus terrifiante et jouissive ! Le rendu des effets spéciaux (signés ILM) atteint ici un point d’orgue jamais vu, c’est époustouflant il n’y a pas  d’équivalent dans l’industrie du cinéma passée et actuelle, exception faite d’Avatar. Del Toro donne une grande leçon de cinéma à tous les Michael Bay et autres Roland Emmerich, choisit des angles originaux (les contres-plongées de malade s’accumulent de façon incroyable), livre des plans séquences de destruction vertigineuses et des combats épiques, et n’en oublie pas pour autant des séquences bien plus tragiques comme les souvenirs de Mako voyant pour la première fois un kaiju lorsqu’elle était enfant, des images d’un souffle dramatique intense. Chaque kaiju dispose de ses caractéristiques propres et est immédiatement reconnaissable, le scénario apporte un véritable soin à leur univers, partant de la faille inter-dimensionnelle (la « brêche ») dans l’océan pacifique. Ils sont ainsi divisé en plusieurs catégories, selon leur taille, le plus grand étant de catégorie 5, celui qui conclut magistralement le film. Pour les combattre, l’armada de jaegers déployée est tout aussi gigantesque et bien développée sur le papier comme à l’écran. On évite soigneusement la publicité pro-américaine pour se concentrer sur l’union entre les pays qui combattent les kaijus ensemble. Le « Gipsy Danger » est évidemment la vedette des mechas, mais n’oublions pas les très beaux « Striker Eureka » (Australie) ou « Crimson Typhoon » (Chine). Bref du pain béni, surtout sous la direction du chef opérateur Guillermo Navarro qui livre une fois de plus un rendu somptueux, le tout accompagné d’une musique martiale et rutilante très rock’n’roll.

        Loin de se cantonner au monster movie pur et dur, Pacific Rim est aussi un film de personnages, avec de l’émotion et un scénario solide reflétant la culture artistique (la peinture hispanique ou asiatique) et intellectuelle (la psychanalyse notamment) de son auteur, qui fait du film la combinaison parfaite entre art et industrie, ou comment Guillermo Del Toro garde le contrôle total sur une grosse machine de près de 200 millions de dollars. Des petits détails montrent d’ailleurs le regard sincère du réalisateur qui ne perd jamais son objectif en cours de route et qui donne au film sa patte si soignée : un oiseaux qui s’envole calmement après qu’un kaiju tombe sur le port de Hong-Kong, un jaeger qui lève soigneusement les jambes pour ne pas écraser un pont avec des civils (Superman, prend en de la graine !)… Les exemples sont nombreux de ce que Pacific Rim représente comme univers de science-fiction complexe et foisonnant. Dans le même ordre d’idées, tout un développement autour des conséquences de l’arrivée des kaijus est présent, notamment les aspects religieux (un culte est crée en l’honneur des monstres, assimilés à la vengeance divine), économiques (le marché noir des organes de kaijus, dirigé par Hannibal Chow) ou encore politiques (l’alliance entre les pays du Pacifique, la Résistance…). De fait Pacific Rim est un film vivant, grouillant de détails, et dont on imagine mal qu’il ne soit pas décliné en trilogie tant l’univers le permet. Parfait hommage à Ray Harryhausen et Ishiro Honda, Pacific Rim est, je pense que vous l’aurez compris après les lignes que je viens d’écrire, l’un des plus grands moments de cinéma depuis un moment, en plus d’être un habile pied de nez à l’industrie hollywoodienne (la tagline « Pour combattre des monstres, nous avons créé des monstres » peut très bien se comprendre dans ce sens).

Dr. Gonzo

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6 réflexions sur “ Pacific Rim, de Guillermo Del Toro (2013) ”

  1. Ce Pacific Rim est beau mais tout ce qui brille n’est pas or, et ce film n’est pas parfait même si c’est un bon divertissement. Le duo de scientifique m’a énervé et j’ai trouvé le combat final face au Kaiju 5 trop facile. Après, je suis d’accord, il y a de très belles scènes (moi aussi j’ai frissonné devant le souvenir de Mako) et Ron Perlman est une fois encore monstrueux.

  2. Le plaisir de voir des kaijus contre des jaegers l’emportent sur les petits défauts, après je comprend parfaitement pour les scientifiques qui sont caricaturaux on aime ou pas. Pour moi la bataille de Hong-Kong est le truc le plus « badass » que j’ai vu depuis très longtemps. Des fois je me demande si Del Toro ne lis pas dans mes pensées !

  3. Une nouvelle réussite pour Guillermo Del Toro, un superbe blockbuster où il se fait largement plaisir !

  4. Quel enthousiasme ! ça fait plaisir à lire. J’aurais aimé le partager mais j’avoue ne pas être aussi emballé par ce chocs de titans du nouveau millénaire. J’aurais aimé que les points passionnants que tu évoques en fin de chronique (le culte voué aux monstres, l’exploitation vénale du phénomène) ne soit pas relégués au simple détail en passant mais supplante l’aspect bricolo-freudien du pilotage de Jaeger. Sans compter le traitement des personnages qui est à l’avenant.

  5. Ces défauts que tu cites sont indéniables, pour autant c’est mon ressenti qui parle et je ne peux qu’appuyer la vision de Del Toro qui est seul à même de transcender un genre aussi crucial que le kaiju eiga. Un film rempli d’amour pour le cinéma, c’est justement ce qui fait la différence.

  6. j’ai tout simplement adoré ce film que j’ai vu il n’y a pas longtemps! Les jaeger sont géniaux et très grands et attachants!

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