Massacre à la tronçonneuse 2, de Tobe Hooper (1986)

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        Tobe Hooper avait fichu la frousse à tout le monde en 1974 avec Massacre à la tronçonneuse. Inutile de rappeler combien ce film est devenu matriciel pour le cinéma d’horreur postérieur, tant sur le plan esthétique que thématique. Tout le monde attendait logiquement une suite, surtout que la fin du film laisse des possibilités d’écriture infinies. Sauf que c’est la Cannon qui met en chantier cette fameuse suite, la société des inénarrables Yoram Globus et Menahem Golan y voyant un filon fructueux (pour rappel, dans cette seule année 1986, la firme produit plus d’une vingtaine de films, dont Cobra avec Sylvester Stallone et les nanars sympathiques de Chuck Norris, respect !). Tout spectateur qui a déjà goûté au plaisir de voir un film Cannon sait pertinemment que cette suite n’ira pas dans le chemin emprunté par le film original, et c’est justement le cas. Il suffit déjà de voir la photo promotionnelle ci-dessus pour se rendre compte des intentions du film.

        Tobe Hooper voulait faire de ce deuxième opus une sorte d’inversion du premier, y développer l’humour noir qui y était à peine dessiné, ou du moins inconsciemment ignoré par le spectateur pour qui la vision macabre et dérangeante de la famille cannibale ne permettaient pas de songer au second degré. De fait, la première séquence annonce clairement les intentions : deux adolescents se font pourchasser en voiture par la famille de rednecks sur un fond musical bourrin. Ils finissent par avoir un accident, ce qui justifie l’enquête du shérif Lefty Enright, qui marque le coming out de Dennis Hopper, tout juste sorti de sa cure de désintoxication. Quant à la scream queen du film, le rôle revient à Caroline Williams, qui s’en sort avec les honneurs et remplit son quota de hurlements en jouant l’animatrice de radio Vantia « Stretch » Brock. Pendant 40 minutes, le film suit un schéma qui évoque furieusement l’original. Puis quand arrive Leatherface dans le studio d’enregistrement de Stretch, Hooper opère un virage à 180° complètement osé.  Précisément, c’est lorsque Leatherface mime un acte sexuel en secouant sa tronçonneuse entre les jambes de Stretch que l’on se dit que, quand même, ils ont bien pété les plombs sur le tournage ! Et ça ne fait que commencer, tenez-vous bien ! Après un premier meurtre au marteau bien sanglant, la pauvre femme va donc se retrouver dans le repaire des Sawyer, une sorte d’ancienne mine bien sale comme il faut. Et l’on apprend donc, tout naturellement, que la famille est reconvertie dans la préparation du meilleur chili con carne du coin (inutile de demander de quelle carne il s’agit). Une séquence sort du lot dans ce climat loufoque, Leatherface protège Stretch et lui met le visage découpé de son ami tué dans le studio sur son propre visage, renvoyant ainsi à sa propre altérité et à sa crise sexuelle, élément typique du tueur dans les films d’horreur1.

- "Seigneur Tout Puissant, aide moi dans ma Croisade contre les forces du Mal !"
– « Seigneur Tout Puissant, aide moi dans ma Croisade contre les forces du Mal ! »
-"Euh ?! Tu te fiches de ma gueule là c'est bien ça ?"
-« Euh ?! Tu te fiches de ma gueule là c’est bien ça ? »
-"Hééééé, Face de cuir, il est vraiment trop ringard ton surnom !!!"
-« Hééééé, Face de cuir, il est vraiment trop ringard ton surnom !!! »

        Mais à croire que tout cela est un peu trop psychanalytique et sérieux, Hooper repart sans transition sur ce qui fait le sel du film : la comédie noire, la dérision et l’outrance. Outrance tout d’abord dans le gore. Alors qu’il était absent du premier film, le gore est ici franchement prégnant, à tel point que le film a été pendant longtemps interdit dans certains pays. Entre une tête défigurée par un marteau, un corps tranché par la tronçonneuse, ou encore une castration, le maquilleur Tom Savini (Zombie, Vendredi 13…) avait de quoi s’occuper. Cette partie dans la mine offre également des dialogues outranciers qui font lorgner le long-métrage du côté du nanar pur et dur. Dennis Hopper se place ici, dans le genre, tant le voir déambuler dans les recoins à la recherche des Sawyer en mode Croisade spirituelle (il implore le Seigneur de lui donner la force de les tuer !!) est hilarant. Il se définit comme le « Prince des Moissons Célestes » (Euh, sérieusement ?!), avant d’affronter en duel Leatherface tronçonneuse contre tronçonneuse !!! Un grand, très grand moment, qui se prolonge encore quand il sort deux petites tronçonneuses pour remplacer la grande qui est défectueuse, quel grand moment de rigolade. On ne peut rester sérieux non plus  devant « Chop Top », qui a perdu une partie de la calotte crânienne au Vietnam et arbore donc une moitié de tête en métal. Fou furieux, crétin accompli, tout comme le père de cette charmante famille de dégénérés Drayton Sawyer (joué par un autre acteur que dans le premier, tout comme le grand-père ainsi que Leatherface). Notez la finesse des dialogues : quand il s’est fait découpé les attributs sexuels et la moitié des fesses par la tronçonneuse, il lâche : « Il m’a bien pété le pot, l’enfoiré ! Au moins j’ai plus d’hémorroïdes, pas besoin de payer l’hôpital ! ». Cela se passe de commentaires. Tout comme la « danse de la tronçonneuse » improvisée de Caroline Williams à la fin.  La scène du repas de famille, marque de fabrique de la saga, est ici particulièrement déglingué et vire à l’expérimentation visuelle qui n’est pas sans rappeler un certain Peter Jackson période Bad Taste (il est d’ailleurs envisagé pour réaliser le troisième, avant que Jeff Burr n’obtienne le poste).

        Vraiment, ce Massacre à la tronçonneuse 2 est un ovni filmique, rendu possible par l’exubérance et la prise de risques caractéristiques des années 80, et pour cela, je ne remercierai jamais assez ces grands malades de chez Cannon. On ne peut reprocher à Tobe Hooper d’avoir fait deux fois le même film, au moins !

1. Voir à ce propos les analyses pertinentes sur le genre et le cinéma d’horreur dans Men, Women and Chain Saws : Gender in the Modern Horror Film, de Carol J. Clover, 1993.

Dr. Gonzo

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