Largo Winch 2, de Jérôme Salle (2011)

La plupart du temps, quand le cinéma d’action français veut se la jouer à l’américaine, le résultat est médiocre, moche, loin du modèle. La plupart du temps, quand le cinéma français tente d’adapter une bande dessinée à succès, le résultat est médiocre, moche, loin du modèle. Largo Winch 2, qui combine ces deux défauts, en est une bonne illustration. Décryptage de votre envoyé spécial.

Propulsé à la tête du Groupe W après le décès de son père adoptif, Largo Winch le communiste décide à la surprise générale, de le mettre en vente afin de créer une ambitieuse fondation humanitaire. Mais le jour de la signature, il se retrouve accusé de crimes contre l’humanité par un mystérieux témoin. Pour prouver son innocence, Largo devra retourner sur les traces de sa vie passée, au cœur de la jungle birmane, en compagnie de Bob Morane.

Largo Winch
Guili-guili…

Ça commence pourtant fort, avec course-poursuite entre bagnoles, mitraillages et tout et tout. C’est d’ailleurs plutôt réussi. Ça fait VROUM ! PAW ! BOUM ! WIIZ !, chaque plan dure moins de deux secondes, la caméra danse le jerk sur de la musique pop, mais c’est efficace, voire prometteur. Bien calé dans son sofa entre trois jolies créatures à demi nues et un moustachu en slip de cuir, on se frotte les mains et on se dit qu’on va passer un bon moment…

Oui, eh bien c’est raté !

On doit à Jérôme Salle le moyen Anthony Zimmer (2005) ou encore le navrant Largo Winch premier du nom (2008). Un réalisateur bien parti, donc. Avec cette suite, le réalisateur-scénariste s’inspire de deux titres de la série éponyme franco-belge de Francq et Van Hamme, La forteresse de Makiling (tome 7) et L’heure du tigre (tome 8).

Mais, alors que dans la BD c’était Simon Ovronnaz, le meilleur ami de Largo, qui était accusé à tort, dans le film, c’est Largo lui-même qui se retrouve mis en examen par un tribunal international pour crime contre l’humanité ! Forcément, notre héros n’est pas content de se retrouver ainsi face à la justice alors qu’il se sait innocent. « CORRUPTIOOOOON !!! » hurle-t-il, assis sur ses WC en émail. Mais, Largo Winch n’a pas dit son dernier mot…

Entre deux rachats d'entreprises, Largo fait du jardinage
Entre deux rachats d’entreprises, Largo fait du jardinage

Commençons par les… le… les points positifs du film.

Le point fort du film (pour un film français, s’entend), ce sont ses scènes d’action et son côté… dépaysant. Le film nous fait ainsi voyager de Hong-Kong à la Birmanie, de la Birmanie à la Suisse, de la Suisse à la Corrèze. On voit du pays ; c’est beau, c’est bien, c’est FRAM.

Côté action, c’est plutôt bien fichu. Scènes de combat filmées par un parkinsonien, explosions de paillotes dans la jungle birmane façon Rambo, courses-poursuites qui ne sentent même pas la sueur : c’est rythmé, nerveux et plutôt divertissant. Les amateurs de bagarres à mains nues seront comblés et ceux qui aiment voir des Asiatiques se faire défoncer la tronche (nous tous) aussi.

Isolé dans la jungle birmane, Largo Winch sert de punching ball aux paramilitaires locaux. Mais, comme tout bon milliardaire qui se respecte, il pratique le taekwondo durant son temps libre et ses cours lui reviennent vite une fois le moment venu.

Basic Ins... Largo Winch 2
Basic Ins… Largo Winch 2

Le point faible du film, c’est tout le reste.

L’intrigue, déjà, est de facture très classique, sans surprise, avec un (faux) rebondissement à la fin et un grand méchant aussi inquiétant qu’un tapis de douche. Dès que l’action s’arrête, le film devient long, lent et verse parfois dans le pathos, avec des séquences émotion qui ne servent à rien (je pense notamment aux scènes interminables entre Largo et son fils).

L’autre (très) gros problème de ce film, c’est Tomer Sisley – soit l’acteur principal.

Aussi expressif qu’un bulot empaillé (son jeu se résume à froncer les sourcils et à plisser les yeux, encore et encore), Sisley garde le même ton monocorde pendant tout le film (c’est encore pire en VF), et ce quelle que soit la scène ! En gros, Largo vous dira « je suis content », « je suis triste », « je suis en colère » ou « j’ai envie d’un œuf mayonnaise » avec la même voix sérieuse et monotone…

Finalement, le jeu assez moyen de l’acteur fait qu’on ne s’attache pas du tout au personnage, dépourvu du moindre charisme, et que, du coup, il pourrait se faire tuer avec une pince à escargots dans les toilettes du Carrefour Market de Châtillon-sur-Seine dès le début du film qu’on s’en ficherait complètement. C’est quand même embêtant de partir avec un film dont le héros ne dégage rien.

Les seconds rôles sont à peine mieux, mis à part Sharon Couguar Stone dans un rôle quasi parodique et Nicolas Vaude, plutôt drôle. Quant à Laurent Terzieff, il a beau être un immense acteur, je l’ai trouvé peu crédible et peu à l’aise dans ce film (son dernier, soit dit en passant : le choc d’avoir joué avec Tomer Sisley). Et le méchant général birman qui souffle sa fumée de cigare sur la caméra et qui mitraille les femmes dans le dos est particulièrement stéréotypé. Un bon gros méchant comme même Hollywood n’ose plus les mettre à l’écran.

Enfin, le dernier gros défaut est plus technique. Doté d’un filtre particulier qui veut se la faire « pas film français », mais qui pourtant fait toujours « film français avec un filtre bizarre », Largo Winch 2 n’arrive pas à faire oublier sa nationalité et son manque de moyens. En gros, voilà un film qui pète plus haut que son cul. Largo Winch 2, c’est un peu – pour être mauvaise langue – comme si Mission : Impossible 4 avait été tourné dans votre salle de bain (avec une caméra HD, quand même).

LE gros défaut du film
LE gros défaut du film

Alors certes, la fin (enfin, pas la toute fin) rattrape un peu l’ensemble, notamment la séquence en chute libre assez surprenante : mais là encore, je suis incorrigible et j’ai trouvé matière à rire avec cette scène, quand le mercenaire s’élance dans le vide à la poursuite de Largo : en voilà d’un type jusqu’au-boutiste, j’ai pensé. Et j’ai rigolé. Et ça fait du bien, bon dieu !

Bref, avec Largo Winch 2, voilà un film français qui se tourne vers l’Amérique, mais qui se vautre en chemin faute de budget. Peu innovant, longuet, sans surprise, desservi par un acteur principal fade qui joue à la manière des pseudos dentistes dans les pubs pour dentifrice, le film est à voir pour ces quelques scènes d’action sympatoches, et encore. En gros, mis à part les scènes d’action, plutôt réussies, ce qu’il y a entre ces scènes (le reste du film) n’a pas grand intérêt.

Préférez la bande dessinée, 1010 fois meilleure !

Haydenncia

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14 réflexions sur « Largo Winch 2, de Jérôme Salle (2011) »

  1. J’me suis payé encore une bonne tranche de rire avec ta chronique. Pas vu, mais je lis en ce moment tout et son contraire sur ce film.

  2. Evidemment, certains doivent trouver qu’il s’agit d’un bon film. Il en faut pour tous les goûts et le tout à l’égout. Perso, je ne te le conseille pas. Quoique, te connaissant (un peu), je pense que tu trouveras matière à te marrer avec ce film ^^ !

  3. Si c’est pour se fendre la poire, s’en payer une bonne tranche tout en se pliant en quatre, alors je suis partant.

    Tu commence à ma connaitre un peu. Ça me fais peur.

  4. Je connais tout sur tout le monde. J’ai même un dossier sur Renan Luce (?). Par chez moi, on m’appelle « la Stasi », c’est te dire ^^ !

  5. Grazie mille ! Quant aux fans, vous trouverez des posters de moi à côté du rayon surgelé, entre celui du singe sur ses WC et celui de la fille toute nue sur une plage. L’argent récolté sera entièrement reversé à l’Association des porteurs de perruque de France (APPF). ILS ONT BESOIN DE VOUS ! Merci.

  6. Mais comment fait tu pour être aussi drôle !!!

    Bon je ne l’ai pas regarder car le premier m’a suffit, que c’était long au cinéma puis je n’ai jamais aimer Tomer Sisley

  7. Arrêtez avec les louanges les gars, on va finir par croire que j’écris mes propres commentaires caché derrière différents pseudos ^^ ! En tout cas merci, ça fait toujours plaisir de voir que ce qu’on écrit dans le but de faire rire… fait rire ! Et ça donne envie de continuer ainsi ! So, the show must go on !

  8. Il faut croire tout ce que dit Mr Haydencncia, c’est plein de bon sens. Pas la peine de larguer du temps devant ce Winch-là ou même l’autre,… ou tout autre film de Jérôme Salle en fait. Lisez plutôt la chronique, elle est bien mieux écrite et bien plus marante que le film.

  9. Il faut croire tout ce que dit Princécranoir sur Mr Haydenncia, c’est plein de bon sens aussi ^^ !

  10. Pas vu ce 2nd chapitre, mais déjà, à la base, je n’avais spécialement aimé le premier, donc je m’en dispenserai

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