Mud – Sur les rives du Mississippi, de Jeff Nichols (2012). La critique de Haydenncia

« Hey ol’ man / Dat is my Holy Jolly Polly on the Mississipi banks… » Lee Red, Miss my Mississippi, 1923 (1)

Sur les rives du Mississippi, deux adolescents, Ellis et Neckbone, découvrent au hasard d’une de leurs escapades « Mud », un fugitif réfugié sur une île. Les enfants vont se lier d’affection pour l’homme, et se mettre en tête de l’aider à sortir de sa situation périlleuse.

Mud

Le Mippissippi… Le Missippissi… Aah merde !… Je reprends (raclement de gorge ) : le Mi-ssi-ssi-pi fait partie de ces fleuves mythiques qui, comme l’Amazone, le Nil, le Danube ou la Vilaine, nous renvoient à des images, à des sons, à des univers particuliers. Il fait partie de ces fleuves qui font travailler l’imagination, qui marquent de leur empreinte la culture, l’histoire, la littérature et les légendes des pays qu’ils drainent.

Le Mississippi possède cette part de mystère nécessaire aux grands fleuves. Peut-être cela vient-il de son nom d’origine amérindienne ? Du fait qu’il traverse le cœur des Etats-Unis et est au centre de l’histoire de ce pays, celle du blues, de la ségrégation ? Ou bien parce qu’il s’agit d’un des plus grands et des plus puissants fleuves du monde ? Parce qu’il incarne, enfin, la puissance sauvage d’une Amérique fantasmée ? Quand on pense au Mississipi, on voit tout de suite ces fameux steamboats fumant, les bayous, les Appalaches, Georges Pompidou en maillot de bain sur un alligator. Toujours est-il qu’à ce niveau de la critique, je marque une pause et je bois une petite lampée…

(lampée = glouglouglou)

Bon ! Poursuivons.

Le film de Jeff Nichols nous entraîne donc sur les rives du Mississippi, fleuve à la trompeuse tranquillité. Pas de Tom Sawyer ni de Huckleberry Finn ici, mais pas loin ; en fait, deux enfants, Ellis (impressionnant Tye Sheridan) et son pote Neckbone, débrouillards et aventuriers, qui découvrent par hasard en naviguant sur le fleuve la planque – un bateau dans un arbre, plutôt insolite – d’un type mal rasé, visage buriné, tatouage de serpent sur le bras, chemise propre, flingue à la ceinture et pastilles Vichy dans la poche. Cool… Un type qui se fait appeler « Mud » (« boue »). Recool… Lors de cette première rencontre, le jeune Neckbone voudrait partir loin de ce gars un peu bizarre, mais Ellis, visiblement en recherche d’affection, semble impressionné, captivé par ce Robinson des bayous, ce type littéralement extraordinaire, qui porte des chaussures qui laissent des empreintes en forme de croix. Rerecool…

Finalement, les enfants, sceptiques, mais intrigués, reviennent voir Mud sur son île et acceptent de l’aider – car Mud a besoin d’aide. Oooooooooh que oui ! Il a tué par amour pour sauver la belle Juniper (Reese Witherspoon, superbe) des mains d’un malfrat violent. D’ailleurs, celle-ci doit venir le rejoindre d’ici quelques jours et alors, ils partiront ensemble dans ce bateau qui sert de planque et qu’il va falloir réparer. Ils iront à Disneyland ou au Puy-du-Fou, et ils riront ensemble, les yeux dans les yeux, leurs cœurs battant à l’unisson… Oui, mais le problème, c’est que Mud est recherché, pas seulement par la police, mais également par des tueurs à gages qui, d’ailleurs, pointent leur nez dans cette petite ville tranquille.

Mud

Mud nous emmène dans l’Amérique profonde, entre eau et forêt, là où les grandes mégalopoles américaines ont laissé la place à de petites villes un peu mortes aux habitants parfois antipathiques. Pas vraiment des rednecks, mais plutôt la classe moyenne, voire pauvre des Etats-Unis. Une Amérique oubliée, presque laissée pour compte, mais terriblement cinégénique.

Dans cette Amérique peu enthousiasmante, l’on comprend aisément que l’apparition du captivant Mud puisse égayer, ou en tout cas bouleverser la vie des deux enfants. Et celle d’Ellis, d’abord, qui voit sa famille se déchirer et ses parents être sur le point de se séparer. Neckbone, quant à lui, n’a plus ses parents : il vit chez son oncle (Michael Shannon), un scaphandrier qui récupère des trucs dans le fleuve pour décorer sa maison. Je connaissais un type qui faisait ça. Il est mort noyé parce que le gars qui devait le remonter avait décidé de rentrer chez lui regarder le match France / Îles Féroé. Finalement, c’est un autre scaphandrier qui l’a retrouvé et qui l’a accroché au mur de son salon, pour décorer. Elle était bien mon histoire, non ?

Bref, Ellis, le jeune Ellis, est au début du film encore un enfant qui croit que l’amour et le bien l’emportent toujours : le fait que ses parents puissent divorcer lui paraît irréel et le sympathique Mud ne peut être que quelqu’un de bien. Et c’est parce que Mud veut retrouver sa Juniper, parce que Mud aime sa Juniper, qu’il va entreprendre de l’aider et qu’il va se donner à fond. Cependant, les désillusions vont vite arriver et avec elles la fin de l’innocence. Et le passage à l’âge adulte va se faire brutalement et se conclure violemment, dans une très bonne scène de fusillade.

Mud
Mud

Matthew McConaughey a visiblement retrouvé son charisme au fond du fleuve (j’en rajoute : ça fait un petit moment qu’il revient, notre Matthew), car je l’ai trouvé bon, même très bon. Son personnage d’homme des bois est tout bonnement fascinant : mystérieux sinon mystique, paumé, superstitieux, c’est un « tueur » à la fois attachant et inquiétant, entre chien et loup ; un solitaire au charisme animal, comme Jean-Pierre Coffe. Un type qui parle beaucoup, mais qui, somme toute, ne se livre pas trop, et dont la sincérité peut être mise en doute. C’est également une sorte de « père de substitution » pour le jeune Ellis, qui a du mal à communiquer avec son propre père un peu trop passif. Toutefois, bien qu’il soit manipulateur et un brin mythomane, Mud, malgré son prénom, est un type bien, finalement.

Récit initiatique (initiation d’Ellis, mais aussi de Mud, les deux s’apportant l’un à l’autre), film aux accents malickiens – le côté religiosité/philosophie en moins –, Mud – Sur les rives du Mississippi est clairement un film à voir et à conseiller. Doté d’un scénario solide, d’une photo classique, mais belle – et bien servie par la magie des rives du Mississippi –, d’une très bonne BO et de personnages forts, voilà un vrai coup de cœur de votre cher et tendre et, au-delà, voilà décidément un jeune réalisateur à suivre. Jeff, on te regarde : ne nous déçoit pas, bonhomme !

Haydenncia

(1) Chanson et auteur inventés de toutes pièces, mais ça rend toujours bien une citation en début d’article ^^

Ici, la critique du Dr Gonzo https://cinefusion.wordpress.com/2013/05/06/mud-de-jeff-nichols-2013/

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6 réflexions sur “ Mud – Sur les rives du Mississippi, de Jeff Nichols (2012). La critique de Haydenncia ”

  1. Une chronique excellente ! De la fausse citation à l’hommage à Jean Pierre Coffe, en passant par l’histoire de ton ami scaphandrier, j’étais plié en deux. Une tribune à la hauteur de ce beau film dramatique.

  2. @ Princécranoir : Yipee yay, yipee yo !

    @ 2flicsamiami : Un jour, je te raconterai l’histoire de mon pote qui était trappeur dans le bois de Vincennes – une bien terrible et triste histoire ^^…

  3. Dans ce cas, tu découvriras qu’un homme peut être tué par un hérisson dans un combat à la loyale. Mais, ce sera pour un autre jour ^^ !

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