Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch (2014)

Des avantages et des inconvénients d’être un vampire :

Avantages :
– Charisme, charme sensuel sinon sexuel, beauté, intelligence, haute érudition, dentition parfaite, vision nocturne à 360 ° par beau temps.
– Immortalité (ou très longue vie) : permet de connaître les grandes heures de l’Histoire, d’assister à la construction des pyramides, de Notre-Dame, de vivre les moments forts de la Révolution française, de danser dans un cabaret des années folles, de rencontrer Léonard de Vinci, Van Gogh, Basquiat, de connaître l’invention de l’électricité, du cinéma et de la boîte de Tic-Tac.
– Pour les plus habiles, se transformer en chauve-souris et dormir la tête en bas : certainement une expérience !
– Etre à peu près sûr de ne jamais mourir de soif – source intarissable. Même les blattes ont du sang, alors…
– Ne pas avoir besoin d’ouvre-boîte (une bonne canine acérée fera l’affaire).
– Faire peur.

Inconvénients :
– Vivre uniquement la nuit, ou alors mettre une très très bonne crème solaire, et encore. Et par conséquent, avoir une peau affreusement diaphane. Manger des carottes pour avoir un meilleur teint.
– Immortalité (ou très longue vie) : ce qui oblige à se cacher sous l’Inquisition, sous la Terreur, à traverser les épidémies, les famines, les guerres de religion, les deux guerres mondiales, la création d’NRJ 12… Et puis, on ne se fait pas un peu chier, non, au bout d’un moment ?
– Etre obligé de se taper Chasse & pêche, M6 Music et les rediffusions de Midi en France quand on regarde la télé (bah oui, entre 2h et 4h, il n’y a que ça).
– Se méfier du décalage horaire à chaque fois qu’on voyage : partir à 2h du matin, ça va ; arriver à midi, ça va déjà beaucoup moins.
– Ne pas pouvoir manger de saucisson à l’ail.
– Se ruiner en achetant des bougies pour fêter son anniversaire (640 bougies ça revient à cher, mine de rien).
– Dormir dans un cercueil (mal de dos assuré, plus risque de se cogner la tête en se réveillant).
– Ne pas avoir de reflet dans son miroir – pas idéal quand on veut se raser. Mais, le vampire est généralement glabre et d’ailleurs, ni ses cheveux ni ses ongles ne poussent… Bordel, c’est un avantage, ça !
– Faire peur.

Adam, un musicien underground, et Eve, son énigmatique amante, vivent ensemble depuis plusieurs siècles. La vie de ces deux éternels se voit perturbée par l’arrivée d’Ava, la petite sœur d’Eve, et remet en question leurs rapports avec le monde moderne.

Only Lovers Left Alive

Only Lovers Left Alive, c’est l’histoire d’un couple de vampires au XXIe siècle. Adam habite à Détroit, Eve à Tanger. Même s’ils vivent séparément, ces deux-là s’aiment depuis… oh ! depuis un bon paquet de siècles (« Tu te rappelles notre première rencontre pendant la chasse au mammouth ? »). Bien sûr, on s’en doute, il y a eu des crises, de la vaisselle cassée et des « T’es comme ta mère, avec 250 ans en moins ! ». Malgré tout, ces deux-là sont vraiment mordus l’un de l’autre… Comment ? Trente coups de fouet pour ce jeu de mot ? Ok ok…

Deux vampires, donc, deux dandys flegmatiques, cultivés, civilisés même (boire du sang « à la source », ça ne se fait plus, voyons). Noctambules, nocturnes, ils flânent dans les rues ou se terrent chez eux. La nuit, ils passent relativement inaperçus – leurs canines ne poussent que quand ils doivent s’en servir, contrairement à Rachida Dati qui, elle, a tout le temps les dents longues (c’était l’instant ATTAQUE GRATUITE). Plus surprenant, ils ont même, parmi les humains, quelques « contacts », quelques intermédiaires qui les aident, à s’approvisionner en sang, à rester cachés, etc. Bonne idée du réalisateur. Il y a également d’autres vampires dans l’entourage de ce couple : un vieux poète britannique et une petite sœur imprévisible et… insatiable.

Désabusés, Adam et Eve s’accoutument tant bien que mal à cette société qui évolue sans cesse, à ce monde de plus en plus détérioré par les « zombies » (nous). Car c’est un peu le glas de leur race qui semble sonner, et la victoire d’une humanité inconsciente ; c’est un peu, finalement, le crépuscule des vampires que ce film nous montre. Eh bé ! Tu relis ça et tu applaudis.

Eve
Eve
Adam
Adam
Julien Lepers
Julien Lepers

Jarmusch a mis plusieurs années à préparer son film, et ça se ressent. Certains plans – mais c’est une habitude chez lui – sont de toute beauté, très stylisés et très précis. Le réalisateur filme notamment sa ville malheureuse, Detroit, de façon à la fois amoureuse et résignée : c’est une mégalopole presque fantôme, vide, qui a perdu de sa vivacité d’autrefois, elle, le fleuron de l’industrie automobile américaine. L’idée également de placer des vampires à Tanger est inhabituelle, et donc bienvenue. Ça change des éternelles Paris, Londres ou Vienne, villes « romantiques » donc « vampiriques ».

Enfin, Only Lovers Left Alive est rempli de petites phrases délicieuses (« Ça fait tellement XVe siècle ») et le tout est plein d’humour. Quand on est vampire, quelle date de naissance faut-il indiquer sur sa carte d’identité ? Et quand on s’appelle Arielle Dombasle ? Et puis, la bande-son est sympa (si on n’est pas suicidaire) ; en tout cas, elle colle parfaitement à l’ambiance du film.

Petite question pour une petite pause : existe-t-il des vampires végétariens et si oui, se contentent-ils de jus de betterave ?

Only Lovers Left Alive

Alors certes, on trouve quand même quelques séquences un peu longuettes, mais qu’on pardonne vite. L’ensemble est de toute façon suffisamment hypnotique pour nous captiver. Mais, n’est-ce pas là la force des vampires, ce pouvoir d’attraction devant lequel on cède et on tend son cou ? Et la fin est extra ! Sans parler des acteurs, véritablement excellents, notamment Tilda Swinton, parfaite et… chevelue.

Bref, Only Lovers Left Alive est un film tout à fait intéressant, décalé, nouveau, interprété par des acteurs attachants et beaux, et porté par une belle histoire sur fond de passions vampiriques et de désillusions séculaires. A voir à voir à voir. Bon, je cours m’acheter du boudin, moi.

Haydenncia

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5 réflexions sur “ Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch (2014) ”

  1. Merci Princécranoir.
    Je n’ai pas vu suffisamment de Jarmusch pour oser un classement, mais à n’en pas douter, ce film-là est réussi ! Et plus encore !

  2. A n’en pas douter 😉 !
    Dans tous les sens du terme, d’ailleurs (mais STOP ! Pas d’attaques physiques !…)

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