Même la pluie, de Icíar Bollaín (2011)

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        Le sujet de Même la pluie ne manque pas d’ambition, autant cinématographique qu’idéologique. Sous couvert d’une méta-réflexion sur la création cinématographique, conçue donc comme une mise en abîme au sein du film, Icíar Bollaín et le scénariste attitré de Ken Loach, Paul Laverty, entendent établirent un parallèle entre deux périodes historiques dans un même espace géographique. L’idée est certes originale, mais pas si étonnante de la part d’artistes hispaniques qui depuis une quinzaine d’années nous ont habitué à envisager le médium cinéma au delà de ses limites (film-chorale, huit-clos absolu, …), nous renvoyant directement à la puissance créatrice des écrivains d’Espagne ou d’Amérique Latine des décennies passées.

        Ainsi Costa (Luis Tosar) et Sebastián (Gael García Bernal), respectivement producteur et réalisateur de cinéma, arrivent à Cochabamba au début de l’année 2000, troisième ville de Bolivie, pour tourner un film sur la colonisation espagnole lors de l’arrivée de Christophe Colomb. Le script de Sebastián se veut le plus critique possible concernant les méthodes d’asservissement des colons envers les populations indigènes. Quant au choix de la Bolivie comme lieu de tournage, il s’agit d’une économie d’argent notoire, comme le soulignent clairement plusieurs discussions entre les membres de l’équipe de tournage espagnole. Au même moment débute à Cochabamba une vague de contestation de la part des habitants des bidonvilles, qui protestent contre l’augmentation du prix de l’eau. La multinationale américaine Bechtel a en effet remportée le marché de la distribution de l’eau, entraînant privatisation, fermeture forcée des puits jugés illégaux, et tarif annuel de 450 dollars, alors que les gens ne sont payé que 2 dollars par jour. Ce combat, impliquant des rapports de force disproportionnés, est vécu différemment selon les membres du tournage, entre soutien timide et manque total d’intérêt. Mais chacun va au cours des événements revoir son jugement pour finir par soutenir la révolte, plus ou moins sincèrement (le producteur pense avant tout à ce que cela entraîne comme conséquences sur le film).

        Même la pluie alterne scènes du film en cours sur la colonisation et séquences de contestation populaire, menée par Daniel, celui qui joue le rôle d’Hatuey, leader de la rébellion contre les Espagnols. De fait, il faut souligner que le manichéisme de l’ensemble est trop appuyé, le parallèle trop explicité pour rendre le film crédible. Rappelons qu’au cinéma, mieux vaut montrer que dire. Malgré des acteurs brillants (Luis Tosar et Gael García Bernal sont au top), il est difficile de ne pas voir dans Même la pluie une oeuvre qui oublie de nuancer son propos, et qui par-dessus tout se repose trop sur des scènes larmoyantes, à grand renfort de musique obséquieuse. Cela n’empêche pas plusieurs scènes d’être plus stimulantes, comme la réflexion sur la figure de Bartolomé de Las Casas et son héritage dans l’Histoire, ou encore la corruption des élites du pays (la scène de la mairie entres autres). Démonstratif et comportant des lourdeurs, le film n’en demeure pas moins à voir pour son sujet, trop peu connu et largement sous-traité par les médias occidentaux pour des raisons évidentes. Comme chez Ken Loach, le peuple devient ici acteur à part entière, dont la victoire lors de la Guerre de l’eau ne règle certes pas les problèmes sociaux qui les dépassent. De la soumission par les colons persuadés des bienfaits de leur quête religieuse jusqu’à l’exploitation voire la réduction au silence totale par les multinationales et la logique de la mondialisation, la cruauté de l’homme ne faiblit jamais mais au contraire s’adapte selon le contexte.

Dr. Gonzo

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