Her, de Spike Jonze (2014)

       Her

        Spike Jonze écrit pour la première fois seul le scénario de son nouveau film, très personnel dans son approche comme dans son thème. L’idée d’une relation entre un homme et un programme d’intelligence artificielle lui vient directement de sa propre expérience, il y a une dizaine d’années, alors qu’il prend conscience qu’il parle à un service de messagerie informatique. Le défi de base de Her – raconter une histoire d’amour entre l’homme et une entité virtuelle – est largement tenu par Spike Jonze, qui non content de cet exploit (avouons-le, un tel scénario casse-gueule aurait pu déboucher sur un nanar involontaire), nous livre l’une des plus belles romance story sur fond de récit d’anticipation de ces derniers temps au cinéma ainsi qu’une mise en scène lumineuse.

        Se déroulant dans un Los Angeles tentaculaire, tantôt brumeux tantôt superficiellement éclairé, dans un avenir très proche, la vie de Theodore Twombley (surprenant et impeccable Joaquin Phoenix) condense à elle-seule un peu le mal existentiel inhérent à la société post-moderne et ultra-connectée. S’il excelle dans son travail (beau paradoxe, il écrit des lettres sentimentales pour des clients abonnés à ce genre de service), s’il a quelques amis de confiance avec qui il peut parler, il n’en reste pas moins profondément solitaire et perdu sur le plan amoureux, notamment suite à sa séparation avec sa femme. Comme beaucoup d’autres personnes autour de lui, il finit par se procurer un OS intelligent, capable de s’adapter à ses attentes. Il n’en fallait pas plus pour que Theodore tombe amoureux de la voix de cet OS qui s’est nommé Samantha (en même temps, avec la voix de Scarlett Johansson, n’importe qui tomberai amoureux).

Il faut dire qu’il y a des avantages et certains inconvénients à vivre avec une intelligence artificielle :

1) Avantages :

– Plus d’excuses pour emmener votre moitié au restaurant, au cinéma ou à Disneyland, elle ne mange rien, et ne prend pas de place puisque dans la poche de votre veste.

– N’ayant rien d’autre à faire, vous pouvez lui demander de faire votre travail et ainsi vous en débarrasser.

– Vous pouvez déconnecter le système à tout moment, et ainsi être tranquille quand bon vous semble.

– Elle ne peut pas vous blâmer de ne pas avoir rabaisser le couvercle des toilettes, ou de ne pas avoir fait la lessive.

– A vous de choisir la voix qui vous convient le mieux (celle de Marge Simpson est incluse de base, celle de Scarlett Johansson coûte 599 euros hors taxes, …).

2) Inconvénients :

– Pour faire des gosses, ça va être un peu tendu…

– La question du mariage : déjà que l’union entre deux personnes de même sexe a eu du mal à être acceptée, alors celle entre une personne et un OS…

– Pas le choix pour faire les courses ou allez cherchez un McDo, ce sera vous !

– Il y a intérêt d’avoir une bonne connexion internet.

– Ce sera toujours vous le Sam de la soirée (à moins bien sûr que les voitures du futur soit aussi intelligente).

– Pour les croyants, le débat est lancé : l’OS a-t-il une âme ? Si oui, se retrouve-t-elle au Paradis, en Enfer, ou dans les limbes une fois le service déconnecté ?

Her

        L’une des grandes qualités de Her (outre celle de prouver que Joaquin Phoenix porte à merveille la moustache), c’est de ne porter aucun jugement sur ce qui est décrit. L’entourage de Theodore réagit comme si l’OS était une personne de chair et de sang, partageant tous les moments de la vie réelle grâce à l’objectif vidéo que Theodore emporte partout. Rien n’est épargné et Spike Jonze s’est totalement investi dans les moindres détails de son histoire, jusqu’à une scène de sexe interactive entre la voix de Samantha et Theodore, ou encore une femme qui se substitue à la voix virtuelle pour permettre un vrai rapport charnel. Et c’est là où tient toute la réflexion du film, à savoir les limites de l’intelligence artificielle et les problèmes d’éthique qui en découlent. Si au premier abord il semble plus simple de partager sa vie avec une entité abstraite et virtuelle (possibilité d’éviter les conflits, mensonges …), il apparaît cependant que cela pose les mêmes problèmes qu’une relation entre deux êtres humains, l’OS montrant rapidement sa capacité à ressentir des sentiments tels que la jalousie ou la colère. Et Theodore de se rendre compte du caractère factice et automatisé de Samantha, dans une scène sublime sur les marches d’une station de métro.

        Outre sa représentation fascinante et cohérente du possible monde de demain (qui contraste fort bien avec les vêtements des personnages style années 1950 !), Her en vient à l’essentiel, en traitant de l’amour comme du bien le plus sacré de l’Humanité, et remède universel à la solitude.

Dr. Gonzo

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3 réflexions sur « Her, de Spike Jonze (2014) »

  1. Effectivement, un beau film, qui se laisse déguster même si je trouve qu’il a dû mal à s’éloigner des codes du genre et à être réellement original (pas aussi original que Dans La Peau De John Malkovich en tout cas). Très belle performance du couple vedette.

  2. Magnfique love story de l’ère informatque qui ouvre sur une réflexion passonnante sur l’évolution des rapports humains, mais aussi sur les rapports à distance (dans tous les sens du terme). Sous ses airs mélancoliques voire un peu guimauve, Her s’avère être une comédie sentimentale finalement assez flippante.

  3. Flippant, c’est le mot ! Mais en même temps, il y a une sorte d’optimisme final qui prend le dessus, et rappelle qu’il appartient à chacun de ne pas oublier la puissance de l’amour.

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