Hunger Games – L’embrasement, de Francis Lawrence (2013)

Ayant fait sur ce même site la critique (époustouflante) du premier épisode de la trilogie Hunger Games, qui pour le moment est encore une trilogie mais qui, évidemment, se complétera bientôt d’un prequel, puis d’une histoire dérivée et enfin d’une nouvelle trilogie, je me devais de poursuivre sur ma lancée et de critiquer ce second épisode : Hunger Games – L’embrasement.

Un second épisode au titre un peu pompeux et que j’appellerai donc par commodité Hunger Games 2, et parfois, aussi : Le deuxième film adapté de la saga de Suzanne Collins dont le premier tome est paru en 2009 en France chez Pocket Jeunesse numéro d’ISBN 2-266-18269-2, le deuxième tome en 2010 chez le même éditeur ISBN 2-266-18270-6 et le dernier tome en 2011 ISBN 2-266-18271-4 et est-ce que tu veux du sucre dans ta moussaka ? par souci de complication.

Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark (Josh Hutcherson). Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la Victoire dans tous les districts. Au fil de son voyage, Katniss sent que la révolte gronde, mais le Capitole exerce toujours un contrôle absolu sur les districts tandis que le Président Snow (Donald Sutherland) prépare la 75e édition des Hunger Games, les Jeux de l’Expiation – une compétition qui pourrait changer Panem à jamais… 

La milice de Jockeys
Une milice mi-jockeys mi-Stormtroopers

Je ne vais pas réexpliquer le contexte du film (Amérique post-apocalyptique, dictature version Lady Gaga et miliciens habillés en jockeys), mais simplement préciser que ce second volet de Hunger Games mixe toujours de façon kitsch et futuriste la Rome antique et le glam rock, les combats de gladiateurs violents et les romances pénibles, le monde urbain et le monde sauvage, tenues de gala et tenues de camouflage. Bref, un sacré patchwork, mais qui fonctionne.

De fait, il ne faut pas oublier que la saga, malgré son ultra-violence qui, comme je l’ai écrit, m’avait un peu choqué dans le premier film, appartient à la large palette des films dits « pour ados », palette qui va de la navrante saga Twilight au récent Divergente, en passant par Je découpe ta voisine au sécateur (et je passe la tondeuse). Toutefois, cette palette, aux couleurs généralement ternes et sans éclats, donne quelquefois des surprises intéressantes, à l’image de ces deux premiers Hunger Games agréables à défaut d’être innovants.

Alors bon, pour ma part (je ne suis pas un fan de la saga), j’ai trouvé l’histoire ni intéressante ni inintéressante. Disons simplement que le film commence véritablement à partir du moment où les jeux, les Hunger Games proprement dits, commencent, soit dans la seconde partie du film. C’est, avouons-le, l’aspect survival plus encore que son message qui donne son principal intérêt au film de Francise Lawrence. Voir des ados privés de portable s’entretuer – et cette fois pour autre chose que la guerre Justin Bieber/One Direction –, quel plaisir ! mais quel plaisir ! Bon, ici, ce sont plutôt de jeunes adultes qui se massacrent, mais vous avez compris le message…

Quoi qu’il en soit, l’arène où se déroulent les combats a cette fois pour cadre une jungle qui rappelle soit Lost, soit Jurassic Park, soit le zoo de Vincennes, mais qui en tout cas grouille de pièges et d’animaux méchants (ici des mandrills – pas malin, quand on sait que Katniss Everdeen est une bonne tireuse à l’arc et que le cul coloré du Mandrill fait une cible parfaite). Finalement, Hunger Games 2, c’est un peu Koh Lanta en Corée du Nord … Quoiqu’un vrai Koh Lanta en Corée du Nord (saison 2, Koh Lanta à Kaboul), ça aurait plus de gueule !

Hunger Games 2

Côté casting, Stanley Tucci est toujours aussi excellent en animateur excentrique et hystérique. Jennifer Lawrence remplit son rôle. Woody Harrelson a volé la perruque de Matthew McConaughey depuis True Detective. Et j’ai la flemme de décrire le jeu des autres acteurs, mais en gros, ils font ce qu’on leur demande. Sauf Lenny Kravitz à qui l’on demande juste de chanter Are You Gonna Go My Way. Qu’est-ce que tu fous là, Lenny ?

J’ai néanmoins été frappé – et ému – par une présence dont j’avais oublié qu’elle était dans ce film, celle de Philip Seymour Hoffman, dont la brève apparition suffit à conforter son statut d’immense acteur, à la fois charismatique, inquiétant et attachant. La scène où il explique au dictateur Snow comment gouverner par la ferveur et la terreur est particulièrement bien trouvée. Les régimes totalitaires, fascistes en particulier, ont toujours joué sur ces deux cordes sensibles : la peur et l’enthousiasme, le fouet et la caresse. Un Troisième Reich ne fonctionnant que par la matraque n’aurait pas tenu deux ans. Il fallait des fêtes monstrueuses et ininterrompues, une propagande extatique, la « Force par la Joie » pour dissimuler et faire oublier les camps, la Gestapo et la perte des libertés.

Cette loi que tout bon dictateur doit connaître, même si c’est de façon un peu grossière et dans un contexte assez différent, le film la montre plutôt bien. D’abord par son décorum digne des grandes cérémonies nazies (voir images ci-dessous), qui montre qu’une bonne partie du pognon de Panem passe dans l’organisation de ces « grand’messes » que sont les Hunger Games. Mais aussi par la façon de gérer la rébellion qui s’agite et menace l’ordre établi, en accommodant répression et réjouissances. Ainsi, le public miséreux des districts s’enflamme et se passionne pour l’histoire d’amour entre Katniss et Peeta, et l’instant d’après des agitateurs sont exécutés en public… Puis de nouveau les regards effrayés se détournent alors qu’on annonce le mariage entre les deux tourtereaux, puis de nouveau on fouette quelqu’un pour l’exemple. Manuel Valls a encore beaucoup à apprendre…

Un petit air de Germania...
Un petit air de Germania…
Hunger Games 2
… et du Triomphe de la Volonté

Alors certes, le film n’est pas exempt de paradoxes. Ainsi, s’il dénonce un monde faux et superficiel où tout n’est que beauté et apparence, on remarquera tout de même que tous ses acteurs semblent sortir de pubs pour parfums et que les héros sont de beaux jeunes gens aux dents blanches et au teint frais. D’autre part, le film dénonce la violence comme divertissement… tout en nous proposant de nous divertir par la violence. Soit un film qui prévient l’incendie tout en ajoutant du combustible. A côté de ça, Hunger Games 2 en profite pour égratigner les habituelles dérives de la société de consommation, les médias complices, l’accroissement des inégalités sociales, les cigarettes électroniques et les pubs avec Gad Elmaleh.

Au final, Hunger Games 2 – L’embrasement, en tant que film visant d’abord un public adolescent, reste intéressant, bien foutu et plutôt intelligent dans son message. Du Stéphane Hessel version blockbuster, sympathique et sans surprise.

Haydenncia

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7 réflexions sur “ Hunger Games – L’embrasement, de Francis Lawrence (2013) ”

  1. Un film quii se laisse regarder sans déplaisir et une critique qui se laisse lire avec plaisir!

  2. J’aime pas Stephane Hessel, ça sent les dessous de bras.
    Sinon, très envie de découvrir cette suite, d’autant plus que j’avais apprécié le premier volet.

  3. Je viens de comprendre Hessel / dessous de bras. Et j’ai envie de dire : EXCELLENT ! En pleine forme, 2flicsamiami 😉

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