Idiocracy, de Mike Judge (2006)

18760611

Joe Bowers (Luke Wilson, frère de Owen), l’Américain moyen par excellence, est choisi par le Pentagone comme cobaye d’un programme d’hibernation, qui va mal tourner. Il se réveille 500 ans plus tard et découvre que le niveau intellectuel de l’espèce humaine a radicalement baissé et qu’il est l’homme le plus brillant sur la planète…

        Dans le monde impitoyable des comédies, il y a souvent beaucoup de cynisme et peu d’honnêteté. Alors que la majorité des spectateurs se précipitent vers des productions formatées et consensuelles appuyées par les gros médias dont la stratégie marketing agressive n’a plus rien à prouver (tout allusion aux comédies françaises actuellement dans les salles –Fiston, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, ou encore Supercondriaque pour ne pas les citer – n’est que fortuite coïncidence), il est difficile pour les petites productions un tant soi peu novatrices/subversives de se faire une place. Mais fort heureusement, la qualité d »une comédie finit tôt ou tard par se révéler au plus grand nombre. The Big Lebowski (Joel & Ethan Cohen, 1998), ce petit film passé inaperçu lors de sa sortie, n’est-il pas devenu  l’un des films cultes les plus adulés de par le monde, à l’origine d’une religion et d’un festival annuel ?

Dans Idiocracy, les hommes politiques lancent des doigts d'honneur aux citoyens. Au moins, ils ne cachent plus leur vraie nature...
Dans Idiocracy, les hommes politiques lancent des doigts d’honneur aux citoyens. Au moins, ils ne cachent plus leur vraie nature…

        Dans le cas de Idiocracy, les choses sont un peu moins évidentes, même si une petite communauté de fans actifs est déjà en place, il reste beaucoup de récalcitrants à la comédie satirique du génial Mike Judge, à qui l’on doit notamment Office Space (hilarante comédie dans une entreprise d’informatique avant le bug de l’an 2000), et actuellement aux manettes de la série Silicon Valley diffusée sur HBO. Car il s’agit bel et bien d’un film qui dérange, parce que ce qu’il illustre du monde du futur (dans les années 2500) est peu glorieux et surtout que certaines choses sont actuellement déjà visibles dans nos sociétés. De fait il s’agit d’une extrapolation et d’une exagération de ce que l’on constate aujourd’hui : l’anti-intellectualisme est ainsi triomphant et Joe Bauers, le parfait « Américan moyen » en 2006, se retrouve être le plus intelligent dans le futur mais est en contrepartie considéré comme une pédale/un homosexuel par ses pairs à cause de son langage trop « savant » ! La langue américaine est devenue une novlangue, appauvrie et remplie d’insultes qui sont désormais à la mode. Ce qui est injurieux ou débile est désormais synonyme de cool. Un peu comme aujourd’hui, en fait. La première moitié du film est ainsi une géniale présentation de l’état affreusement débile du monde, incapable de traiter les problèmes qui auparavant (aujourd’hui) n’étaient que de simples formalités. A commencer par les ordures ménagères, qui s’entassent dans un désert d’ordures depuis des siècles, finissant par créer une avalanche à l’origine du réveil de Joe et Rita, la fille cryogénisée avec lui en 2006. La totalité de la population passe son temps à regarder la télévision (parmi les chaines qui cartonnent : « Ow! My Balls ! » (en référence à Jackass) ou encore « The National Masturbation Network« ), en mangeant par un tuyau et sur un fauteuil avec WC intégré ! Toute ressemblance avec un joueur hardcore de World of Warcraft n’est que fortuite. L’abrutissement des masses est à son apogée, et le nivellement par le bas (dumbing down) a parfaitement fonctionné, grâce au soutien indéfectible de TF1, Direct 8 (aussi nommée « Julie Lescaut TV », Secret Story, On est pas couché… (Pour connaître le nom des 975 565 643 700 864 émissions/chaînes/personnalités incriminées, allez sur www.quidirigelemondedefacontotalementlegaleethonnete.com).

L'homme est incapable de faire face au problème des ordures, créant un désert de déchets.
L’homme est incapable de faire face au problème des ordures, créant un désert de déchets.
Le Starbucks du futur a quelque peu perdu de sa vocation d'origine...
Le Starbucks du futur a quelque peu perdu de sa vocation d’origine…

        Etant l’homme le plus intelligent de cette belle société, Joe est donc recruté par la Maison Blanche pour mettre fin à la crise économico-socio-urbano-hospitalo-alimentaire. Le Président des Etats-Unis, Camacho, est une sorte de gangsta rappeur bodybuildé (excellent Terry Crews qui en fait des tonnes), les récoltes sont arrosées par du Brawndo, une boisson contenant des sels minéraux, ayant fait la fortune d’une multinationale qui dirige maintenant le monde entier, comme quelques autres grandes compagnies, pour la plupart reconverties dans l’industrie du sexe (les femmes sont réduits à l’état d’objets sexuels, les hommes ne pensent plus que par leur sexe, les blagues salaces sont particulièrement appréciées…) y compris Starbucks ! Mike Judge et le scénariste Etan Cohen maîtrisent parfaitement l’art des dialogues satiriques, des situations hilarantes et pourtant terriblement déprimantes, puisqu’on ne peut qu’être effrayé par la cohérence du film dans sa vision future de la connerie humaine. L’anti-intellectualisme est déjà « cool » et engendre énormément d’argent aujourd’hui. Il suffit de voir le succès d’une idiote en plastique comme Nabila sortir une « phrase » sans verbe  pour s’en convaincre. Le langage est de plus en plus menacé par l’écriture SMS ou par la prédominance des logos sur l’orthographe (voir la scène de l’hôpital, ou la fille de l’accueil doit appuyer sur des boutons colorés selon la situation du malade, qui n’est pas sans rappeler l’écran de bureau de Windows 8).

Windows 8 And Idiocracy

Dans le futur, les multinationales ont trouvé la solution pour envahir le spectateur de publicités agressives en permanence : le multi-tasking.
Dans le futur, les multinationales ont trouvé la solution pour envahir le spectateur de publicités agressives en permanence : le multi-tasking.

         Revoir Idiocracy huit ans après sa sortie est donc un exercice de confrontation psychologique : se rendre compte, si besoin était, que le film de Mike Judge est bien une bombe politique prophétique, qui devrait figurer au programme scolaire. Un film peut-être même trop lucide, à tel point qu’il dérange, comme les critiques toujours bien pensants des Cahiers du Cinéma. Et je dois dire qu’aduler un film que les Cahiers ont conspué, c’est se sentir encore vivant !

Dr. Gonzo

Publicités

3 réflexions sur « Idiocracy, de Mike Judge (2006) »

  1. J’ai bien aimé ce film iconoclaste en diable et pas si éloigner d’une certaine télé-réalité d’aujourd’hui. Finalement, on y est…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s