Cheap Thrills, de E.L. Katz (2014)

Cheap Thrills

        Seriez-vous prêt à vous couper un doigt pour gagner une grosse somme d’argent ? Voilà le genre de question auquel Cheap Thrills tente de répondre. Craig, jeune père de famille sans histoire, vient de perdre son emploi et est menacé d’expulsion. Heureusement – ou malheureusement – pour lui, il rencontre un couple fortuné dans un bar qui propose, à lui et à son ami d’enfance Vince, de gagner facilement beaucoup d’argent en participant à plusieurs défis. La nuit de Craig s’annonce riche en émotions et en hémoglobines.

        Premier long-métrage du jeune E.L. Katz, Cheap Thrills a fait sensation dans les festivals spécialisés. Le réalisateur fait partie de cette nouvelle génération de fans de cinéma d’horreur qui passent derrière la caméra, avec par exemple Ti West (The House of the Devil, 2009) ou Adam Wingard (You’re Next, 2013). Cheap Thrills n’est pas à proprement parler un film d’horreur, mais se rapproche des ingrédients sanglants du genre dans de nombreuses scènes. Si E.L. Katz délaisse l’horreur pure, son film n’en demeure pas moins un bel exemple de ce qu’on pourrait appeler l’horreur sociale. Sous la comédie noire en effet se cache l’insoutenable pression sociale et humaine à laquelle n’importe qui est sujet. Les quatre personnages du film sont brillamment écrits dans leur psychologie et leurs motivations respectives. Loin des stéréotypes qui pourraient pourtant avoir cours ici, la représentation de deux mondes opposés est crédible et souvent poignantes. D’un côté Colin et Violet, nantis à la recherche de sensation fortes pour donner une orientation plus ludique à leur vie, de l’autre Craig et Vince, deux jeunes hommes qui essayent dignement (ou non) de vivre et subvenir aux besoins de leur famille. Au début, les défis proposés par Colin et Violet sont sans danger et amusants : boire un certain nombre de verres d’alcool, aller déféquer chez le voisin de Colin… Mais la récompense pour ces défis est minime, sans grand intérêt pour les deux copains. C’est alors que le film sombre de plus en plus dans l’ignoble et l’inavouable. Pour gagner l’argent nécessaire pour payer son loyer, Craig va devoir faire des choses qu’il ne pourra pas effacer. Sans dévoiler trop de ce que réserve le film, il doit par exemple se couper un doigt et le manger (!), ou encore manger une assiette entière de viande de chien (cuit à la température idéale, nous rassure colin en bon hôte). Petit à petit, Craig perd son innocence et surtout sa dignité, puisqu’il accepte la proposition sexuelle indécente de Violet, avec le consentement de son mari évidemment. Alors qu’on pense avoir atteint ici le point culminant de la déshumanisation de Craig, le final nous réserve encore des surprises, explorant toujours plus les méandres obscurs de l’âme humaine.

Cheap Thrills

        Le film explore en fin de compte les conséquences du capitalisme sauvage et la concurrence humaine, qui détruit tout sur son passage y compris l’amitié et l’amour. Comme l’affiche promotionnelle le scande, « ce qui ne vous tue pas vous rend plus riche », un slogan qui peut sembler juste pour Colin et Violet, mais par pour Craig qui y perd autre chose que sa vie, une chose que les plus riches ne peuvent sans doute pas comprendre… Cheap Thrills est un film poignant, lucide sur des questions universelles, et très actuelles en l’occurrence. On en oublierai presque que la mise en scène est banale, voire pas toujours réussie pour un quasi huit-clos. Mais le casting aussi le fait oublier : Pat Healy est puissant d’émotion dans sa descente aux enfers, Sara Paxton inquiétante en bourgeoise désabusée (les deux acteurs ont déjà joué ensemble dans le moyen The Innkeepers de Ti West en 2011), le génial David Koechner, vu dans Anchorman, est à la fois effrayant par son sadisme mais aussi très touchant. Des personnages décidément complexes et bien traités et interprétés, la cerise sur la gâteau. Avec un premier long-métrage si marquant, il va falloir suivre la carrière de E.L. Katz avec intérêt, et lui offrir une meilleure visibilité qu’une petite sortie DTV.

Dr. Gonzo

 

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4 réflexions sur « Cheap Thrills, de E.L. Katz (2014) »

  1. Ah oui effectivement nous avons un avis totalement opposé ! c’est provocateur mais c’est justement l’intérêt du film de montrer que le besoin d’argent peut mener loin dans la folie. Après j’ai trouvé le traitement efficace alors que ça aurait pu être stéréotypé, je n’y vois pas de cynisme pour ma part.

  2. Si tu le temps essaies de voir Big Bad Wolves , c’est du pure délire , c’est un film considéré comme l’un des meilleurs par Tarentino en 2013 (israélien) mais on le trouve en sous titré
    Ciao

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