Aux Yeux des Vivants, de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014)

Aux Yeux des Vivants

        Alexandre Bustillo et Julien Maury, anciens journalistes dévoués au cinéma de genre (Mad Movies), avaient littéralement bluffé leur monde en passant derrière la caméra en nous offrant A l’intérieur, pièce maîtresse de la nouvelle vague horrifique française dont la beauté graphique de certaines séquences nous ramenait à l’âge d’or du cinéma bis italien le plus sanglant ! La déception était encore plus grande en découvrant Livide, leur second film, foutraque au possible (notamment à cause d’un mélange de genres très lourd) et jamais flippant. La sortie très discrète de leur troisième film en commun laissait donc un sentiment de crainte et d’enthousiasme à la fois.

        Aux Yeux des Vivants ne cache jamais ses influences, qui notons-le sont tout à fait glorieuses. Sorte de croisement entre Stand by Me et Massacre dans le train fantôme, le film du duo offre un point de départ saisissant. Et là où l’on avait beaucoup de mal à s’identifier aux personnages de Livide, le trio de jeunes acteurs de celui-ci est attachant au possible, la direction d’acteurs étant au top. Trois adolescents (dont l’un évoque sans aucun doute Stephen King adolescent) qui décident de faire l’école buissonnière afin d’aller s’amuser dans la nature, et qui finissent par tomber sur un village de décors de cinéma à l’abandon, à l’exception d’un serial-killer qui y a élu domicile (avec son père !).  En termes de boogeyman monolithique, on avait pas vu aussi flippant dans nos contrées depuis bien longtemps, pour sûr. Interprété par Fabien Jegoudez, dont le physique particulier apporte un réel potentiel de peur au personnage, la tension est parfaitement maîtrisée tout le long du film, qui se transforme rapidement en faux home invasion, avec une touche de survival bien tranchant. Même les scènes clichés du genre, auquel le film n’échappe pas, sont quand même stressantes de par le personnage de Klarence. Un boogeyman qui est encore plus inquiétant au naturel qu’avec son masque de clown d’ailleurs !

Aux Yeux des Vivants

        Se refusant dans un premier temps à nous montrer la violence frontalement (exceptée la première séquence, avec Béatrice Dalle), Aux Yeux des Vivants révèle dans sa deuxième partie des moments de tripatouillages bien gores; pas de doutes, on bien dans un film des réalisateurs de A l’intérieur. Des réalisateurs que doivent craindre d’ailleurs les associations d’enfants maltraités et les anti-IVG, à en croire une scène difficile impliquant un lave-linge ! Même si l’on note de nombreux petits défauts qui leur collent à la peau depuis A l’intérieur (trop de références mises en avant, un casting pas toujours homogène…), Alexandre Bustillo et Julien Maury savent s’y faire en matière de composition de plans iconiques, d’images inquiétantes, de gestion de l’espace et bien sûr de viande saignante !

        Retour gagnant pour le duo, abonnés au genre depuis longtemps et qui témoigne de leur amour pour un cinéma toujours mal vu en France, d’où le fait que Aux Yeux des Vivants ait été tourné en Bulgarie !

Dr. Gonzo

Publicités

5 réflexions sur “ Aux Yeux des Vivants, de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014) ”

  1. Voilà qui donne envie ! J’aime beaucoup ces petites productions de genre françaises, même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, et profondément déçu de les voir si boudées dans nos salles.

  2. C’est vrai qu’il y a du très bon et du très mauvais dans cette veine, mais c’est un peu comme tous les genres. Pour la frilosité historique du genre dans nos contrées, ça doit être génétique, je ne vois pas d’autres explications 😉
    La majorité des spectateurs préfère regarder sur un écran les « aventures » d’un médecin de campagne que d’un tueur en série, c’est plus rassurant !

  3. Je suis d’accord, Aux yeux des vivants permet au duo de se racheter après un Livide franchement bordélique. Ceci dit, il contient selon moi un défaut récurrent dans la filmographie des deux cinéastes : l’implication psychologique.
    Leurs films sont tous très gores et ils arrivent sans problème à monter une tension, mais les procédés qu’ils utilisent pour rendre sympathiques leurs personnages sont un peu trop simplets à mes yeux. Même chose pour les antagonistes dont les motivations et la psychologie sont quand même franchement obscures. A la limite, le seul qui tenait la route à ce niveau est pour moi A l’intérieur.
    Et c’est dommage parce qu’avec un peu plus d’implication, leurs films auraient pu devenir des oeuvres bien plus efficaces.

  4. Les méchants ont en effet un gros défaut dans la présentation de leur histoire, mais après leur jeu contourne largement le problème, surtout Klarence, l’un des meilleurs boogeyman du cinéma d’horreur que j’ai pu voir depuis quelques temps. Quant aux autres personnages, j’ai trouvé au contraire qu’ils étaient très bien développés, même si certains sont très anecdotiques.
    Encore un peu de persévérance et le duo nous montrera leur réel potentiel !

  5. Un bon film qui contient malgré tout quelques défauts, comme le fait d’avoir voulu américaniser les noms qui fonctionne mal quand c’est prononcé par des acteurs Français. Et puis, la scène de torture avec le père m’a franchement gêné tant elle colle mal avec le reste du film.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s