Gone Girl, de David Fincher (2014)

Quand Valérie Trierweiler décide de mettre à l’écran son histoire avec François Hollande, ça donne Gone Girl… Comparaison grossière me dites-vous. Je vous réponds : oui.

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

Gone Girl

Il y a tellement de choses à dire sur le dernier Fincher que je vais tenter de synthétiser un max.

Alors voilà : c’est un très bon film.

Merci à vous. Au revoir.

Hem… Un peu plus consistante, la critique.

Ben Affleck se retrouve donc accusé d’avoir assassiné sa femme depuis que celle-ci a subitement disparu le jour de leur anniversaire de mariage. Fichtre ! On dirait ma vie. Or, si présomption d’innocence il y a, le bonhomme fait tout pour aggraver son cas : attitude désinvolte, manque de chagrin apparent, petits sourires malencontreux devant les caméras au moment où l’on attend des mètres cubes de larmes ; bref, tout cela rend son innocence de plus en plus suspecte, tout cela fait de lui LE coupable idéal.

À propos, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais même les Bonobos ont du poil aux pattes. Et je ne sais pas si vous avez remarqué également, mais Ben Affleck nous fait une McConaughite aiguë, lui le paria du cinéma qui depuis Argo, semble retrouver sa crédibilité d’acteur. Car le bougre est particulièrement bon et convaincant dans ce rôle au fond assez neutre. Avons-nous là le nouvel enfant chéri d’Hollywood ? Le nouveau chouchou des films indépendants made in US ? Le nouveau Jean Benguigui d’outre-Atlantique ? Allez savoir ! En tout cas, si Gone Girl est le premier film que Fincher tourne avec Ben Affleck, ce n’est certainement pas le dernier !

Quant à Rosamund Pike qui joue la femme disparue, la « fille partie » du titre, elle est tout simplement nulle.

Je plaisante bien entendu : elle est au contraire impressionnante. Le personnage qu’elle incarne, Amy, est une jeune femme à la beauté classique et hitkoch… hitcho… hitchcockienne et au caractère inquiétant, très inquiétant. Au fur et à mesure du film, on la découvre manipulatrice et castratrice, totalement perfide, totalement fascinante. À vrai dire, il y a deux Amy (« J’ai deux Amyyyyyy / mon pays et Paris ») : celle que le public connaît, la sage et populaire écrivaine à succès, et l’autre, la véritable Amy, celle du privé, celle sans le masque, celle du côté obscur de la force : bref, l’authentique salope… Je me lâche, excusez-moi… Personnage multiple, donc, que cette « épatante Amy », beauté froide et véritable génie du mal, comme ma voisine de palier…

Gone Girl

Sur le fond, on retrouve dans Gone Girl plusieurs films de Fincher : le jeu de piste de The Game, le sentiment d’emprisonnement de Panic Room, le visage qui se transforme de Benjamin Button, le psychopathe de Seven ou Zodiac, le chimpanzé de Greystoke… Comment ? Il n’y a pas de chimpanzé dans Gone Girl ? Et ce sont des gorilles et non des chimpanzés dans Greystoke ? Et Greystoke n’est pas un film de David Fincher ? Mais c’est que vous commencez à m’emmerder !

Sur la forme, David Fincher s’est assagi. Cela ne veut pas dire que la réalisation est décevante, loin de là. Simplement, les plans se font dans l’ensemble moins rapides, moins « secs » – en gros, moins excités que dans la plupart de ses précédents films. La photo est cependant toujours aussi soignée, certainement du fait de son passé de réalisateur de pubs et de clips, et d’une caméra numérique nouvelle génération. Et la mise en scène, qui joue sur les flashbacks, les chausse-trappes, les « on dirait que mais non et t’aurais pas du feu ? », est toujours aussi calculée, structurée, machiavélique.

Grâce à la virtuosité de Fincher, le spectateur, vous, moi, HEINRICH (toujours mettre un mot allemand en majuscule), se fait tour à tour accusateur puis défenseur, en passant par le stade inconfortable du complice, selon les aléas d’un scénario génialement labyrinthique. Preuve de cette réalisation réussie , les 2h30 filent et glissent comme Philippe Candeloro sur la patinoire de Jouy-en-Josas. C’est dire !

Gone Girl

Enfin, et même si c’est en périphérie du film, avec Gone Girl David Fincher dénonce l’emballement et la manipulation des médias, avec leur horde de journaleux/rapaces toujours prêts à devenir les Fouquier-Tinville du XXI siècle. De fait, Ben Affleck étant, comme dit plus haut, le suspect idéal, certains médias – en fait la majorité, grégarisme aidant – le jettent en pâture au public crédule, se mettent à statuer sur son cas à la va-vite, car l’actualité va vite, et le jugent avant même la justice de l’Etat du Missouri. On pense ici à Oscar Pistorius, lynché par les médias et l’opinion générale qui voyaient en lui un tueur froid et pleinement conscient de ses actes… et finalement « ménagé » par la justice (homicide involontaire au lieu d’homicide volontaire, ce qui lui fait une belle jambe. Ah ! Ah !)

David Fincher égratigne au passage l’hypocrisie du grand public, de ces gens qui, comme vous et moi, mais surtout vous, trouvent avec ce genre d’affaires de quoi égayer leur morne quotidien, et qui un jour haïssent pour le lendemain adorer, comme le souligne d’ailleurs Ben Affleck dans le film. Amen.

GONE GIRL est donc un excellent thriller, au ton ironique sinon cynique, construit à la manière d’un puzzle narratif et non dénué d’humour. La fin, par contre, m’a complètement laissé sur le c…, comme on dit chez les Carmélites. Le genre de fin qu’on attend sans l’espérer, qu’on espère sans vraiment l’attendre. Mais, ça fait partie du charme du film. Bref, pour ma part voici un très bon cru que ce Fincher 2014. A vous les studios !

Haydenncia

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8 réflexions sur “ Gone Girl, de David Fincher (2014) ”

  1. Du coup, j’hésite entre faire vœux de célibat ou suivre les traces de maitre Landru.
    Excellent film soit-dit en passant, même si, perso, j’aurais dit que ça glissait comme une grand mère sur un trottoir un jour de verglas.

  2. Aaahh ! Maître Landru ! Je vois que tu as de bonnes références ^^ !
    Et au fond quelle différence y a-t-il entre Candeloro sur une patinoire et une grand-mère sur un trottoir un jour de verglas ? Je sais ! Candeloro, lui, se déguise en Lucky Luke, ce qui est plus rare chez les grands-mères…

  3. Bien dit ! Très bon film en effet ! Une bouffée d’espoir pour Pistorius, Oj Simpson, et tous les Landru du monde moderne ! Par contre, faut éviter d’écrire un papier juste après l’apéro par ce que ça commence à se voir 😉

  4. Non point ! Je suis sobre quand j’écris une critique (et c’est peut-être encore plus inquiétant, me diras-tu). Rarement le reste du temps, mais quand j’écris une critique, je suis sobre – conscience professionnelle oblige 😀 !

  5. Je reviens pour une nouvelle bafouille, histoire de ne pas laisser cette pauvre Amy se contenter de 5 pauvres petits com. Donc pour tous ceux qui veulent retrouver Amy, ils peuvent immédiatement apporter leur soutien à http://www.gonegirlestlefilmavoirdumoisdoctobreetsitespascontentcestpareil.com . et si ça marche pas, vous pouvez toujours aller lire ce que j’en pense (sans oublier de passer par l’isoloir des Golden blog pour dire que Cinéfusion est un site génial ! ).

  6. Pour moi, un des meilleurs films de l’année, une excellente adaptation du déjà très bon roman de Gillian Flynn. J’ai trouvé la mise en scène époustouflante, les acteurs brillants (surtout Rosamund Pike), le propos pertinent et les 2h30 passent très vite.
    (critique très drôle au passage 🙂 )

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