Barbarella, de Roger Vadim (1968)

Barbarella

        Quand Roger Vadim, l’homme à femmes – Brigitte Bardot, Jane Fonda, Catherine Deneuve, … – décide d’adapter la bande-dessinée Barbarella (Jean-Claude Forest, 1962), c’est du lourd ! La fameuse aventurière inter-galactique du futur est incarnée par Jane Fonda, alors épouse de Roger Vadim, qui ne se prive pas pour la filmer sous tous les angles possibles et imaginables. 

        La bande-dessinée Barbarella a connue son heure de gloire au début des années 1960, participant culturellement à la libération sexuelle et au changement de mentalités qu’allait connaitre les démocraties occidentales à la fin de la décennie. Icône populaire, sensuelle au possible et surtout indépendante, le personnage de Barbarella ne pouvait que plaire à cette époque à la recherche de liberté et d’expériences en rupture avec les valeurs traditionnelles. En mélangeant érotisme soft et science-fiction, Jean-Claude Forest toucha un large public. Roger Vadim lui s’en fiche pas mal de la révolution sexuelle, son film montrant plutôt une Barbarella certes toujours hyper sexuée mais qui n’est là que pour contenter les fantasmes des hommes et des femmes qu’elle rencontre dans la galaxie. On rentre directement dans l’ambiance psychédélique du film avec une magnifique séquence de générique légère et très explicite quant à l’intention libidineuse de M. Vadim. La pauvre Barbarella apprend bien assez vite que la seule chose qu’intéresse les hommes partout dans la galaxie, ce n’est pas (que) le football et les jeux vidéo. Et que dire de cette scène où elle apparaît nue devant… le Président de la Terre ! En l’an 4000, cela semble normal en tout cas, et les Manif’ pour tous, SOS Éducation et autres Christine Boutin n’ont plus leur place. Le meilleur des mondes, en fait.

        Signe des temps, la Terre est décrite comme un endroit pacifié, et les humains se saluent par le mot « Love ». Niveau bande-originale, on baigne dans la même ambiance, au son innocent et joyeux de la musique « Peace & Love » et hippie. On trouve d’ailleurs des musiques de David Gilmour, futur guitariste de Pink Floyd. Roger Vadim semble avoir abusé de la marijuana, tant sa mise-en-scène est de loin le principal défaut. Tantôt mollasson, tantôt peu inspiré dans ses cadrages, le réalisateur a du mal à donner du souffle à son aventure « d’eros-fiction » comme le dit le slogan. De fait il semble, comme je l’ai dit, bien plus intéressé par les courbes affolantes de sa femme. On voit bien à l’écran qu’il s’agit d’une co-production avec Dino De Laurentiis (aka « Le plus grand pourvoyeur de cinéma de genre des 50 dernières années ») : le budget offre des décors minimums, et même si certains sont convenables (la ville de Sogo, la chambre des fantasmes…), la réalisation ne les met pas toujours en valeur, malgré le bon travail du directeur de la photographie Claude Renoir. D’autres lieux, comme le Labyrinthe ou le lac glacé où se crashe le vaisseau spatial de Barbarella, sont vraiment bien pauvres et peu exploités. Bref, on est bien loin de la magnificence visuelle d’un Mario Bava qui sait s’affranchir d’un budget tout petit.

Barbarella

        Mais malgré tout, Barbarella vaut le coup d’œil, véritable monument kitch représentatif  de son temps, et bien sûr reposant sur le jeu totalement aberrant de la magnifique Jane Fonda (au début du film lorsque son vaisseau se trouve dans un champ de perturbations spatio-temporelles – rires – elle se donne tout le mal possible pour faire semblant de tomber). Combien de fois trébuche-t-elle au cours du film ? Beaucoup trop, c’est sûr, tout comme le nombre de fois où elle change de tenue (conçue par Paco Rabane). Les dialogues ? Écrits par dessus la manche, à la limite de la parodie ou digne du plus mauvais nanar. Mais peut importe, on se paye une bonne tranche, c’est psychédélique et coloré, parfois expérimental (les déformations de l’image par des bulles ou l’eau par exemple), bref c’est du tout bon malgré d’évidents défauts. A voir en VF parce que le doublage approximatif des acteurs anglo-saxons dans la langue de Molière, c’est vraiment poilant.

Dr. Gonzo

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Une réflexion sur “ Barbarella, de Roger Vadim (1968) ”

  1. Je me suis régalée du côté kitch en revoyant ce film sur Paramount Chanel y’a pas très longtemps. Contrairement à toi, moi j’ai préféré mettre en V.O (la voix de jane est tellement plus belle) la V.F m’ayant tro vite irrité les oreilles;
    Les costumes de Paco Rabanne sont tout a fait dans la tendance sixtees et sous la coupe de la libération de la femme 😉

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