Birdman, de Alejandro González Iñárritu (2015)

Birdman

        Bon, déjà, disons le cartes sur table, écrire le nom du réalisateur n’est pas une mince affaire, merci le copier/coller pour le coup, et pour le prononcer, un petit topo s’impose les amis : on dit donc Alérandro Gonzalez Iniaritou (sic). J’espère que l’intéressé ne m’en voudra pas pour avoir écorché son nom.

        Tout ça nous amène au 5ème film de ce réalisateur qui, pour ma part, est l’un des plus talentueux de sa génération. On me siffle dans l’oreillette que le bonhomme vient de remporte l’Oscar du meilleur réalisateur, et bien c’est amplement mérité. Pour autant, Birdman ne manquera certainement pas de désarçonner les amateurs du réalisateur. Exit le principe du film-choral que celui-ci maniait avec une intelligence rare et méticuleuse. Ici le cinéaste adopte l’unité de lieu – un théâtre new-yorkais et le quartier qui l’entoure – et de temps – via l’utilisation d’un faux plan-séquence. Faux plan-séquence car, on le remarque si l’on prête attention, il y a plusieurs raccords dans le film, disposés très judicieusement et qui ne remettent pas en question le principe du film. Au contraire, la dimension méta textuelle reste parfaitement ludique et passionnante.

        Riggan Thomson, acteur célèbre uniquement pour son rôle de super-héros dans la franchise fictive Birdman, veut à tout prix être reconnu du public et décide d’adapter une nouvelle de Raymond Carver en pièce de théâtre à Broadway. C’est sans compter sur les acteurs qui l’accompagne, notamment Mike Shiner, personnage incontrôlable autant dans la vraie vie que sur scène, ainsi que sa fille Sam, en pleine cure de désintoxication. Riggan doit composer en plus avec l’ombre de son personnage de super-héros, qui tend à lui pourrir la vie en s’immisçant dans son esprit.

C'est bien beau de voler, mais ça va pas ranger ta chambre pour autant, fainéant.
Légende 1 : C’est bien beau de voler, mais ça va pas ranger ta chambre pour autant, fainéant. Légende 2 : Le Ça , le Moi et le Surmoi de Michael Keaton / Riggan Thomson.

        Au-delà de l’aspect purement formel du film, très réussi et jouissif pour le spectateur collé au personnage de Riggan – on se prend à lui parler ! – Birdman offre à Michael Keaton l’un de ses rôles les plus forts en termes de dramaturgie et de psychologie. L’errance physique du personnage dans les coulisses du théâtre n’a d’équivalent que son errance mentale, son incapacité à s’adapter aux changements, son incompréhension du nouveau paysage culturel américain. En gros, le mec est suicidaire, quoi. Plus que tout, c’est sa volonté d’être reconnu, d’exister (de l’étymologie « être actuellement ») pour ses compétences artistiques qui se heurtent à son passé d’icône de la culture populaire, et donc incompatible avec la « haute culture » raffinée du monde du théâtre. Les dialogues qui rendent compte du fossé entre ces deux mondes peuvent paraître parfois un peu manichéens et simplistes (cf. la critique de théâtre bourgeoise et psychorigide dans le bar), mais ils n’en représentent pas moins la vision stéréotypée  que beaucoup de gens ont. De là à dire que Birdman est une pique lancée aux gardiens du temple pour remettre en question les jugements de valeurs infondés, chacun se fera son avis, justement. Le film se montre très réussi dans son mélange de comédie presque absurde et de moments dramatiques.

        Chose à part, Michael Keaton a pris un coup de vieux (il ne ressemble plus à Julien Lepers…), et sa composition du rôle met la barre très haute. Ode à l’imagination comme échappatoire à la monotonie du réel comme à la vie sociale oppressante – voir les mouvements de caméra à la grue pour mieux signifier le désir de s’échapper – Birdman offre aussi au génial Edward Norton un nouveau rôle sur mesure, et confirme que Alejandro González Iñárritu est un réalisateur de talent, et qui plus est qui n’a pas peur des nouveaux défis puisqu’il s’éloigne ici de ses précédents films.

P.S. : Mais qui, QUI, qui est responsable de la bande-annonce du film qui le présente comme une sorte de Transformers en mode vertébrés tétrapodes ailés ?!

Dr. Gonzo

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12 réflexions sur “ Birdman, de Alejandro González Iñárritu (2015) ”

  1. Michael Keaton sort incontestablement vainqueur de ce monument de fatuité cinématographique. Le plan séquence bidonné d’une heure et demie, franchement je vois pas l’intérêt. Hitchcock avait déjà dit que c’était une erreur sur le petit théâtre de « la corde ». A la limite Sokourov est le seul à avoir poussé l’honnêteté du principe à son paroxysme en faisant un film en un seul vrai plan dans « l’arche russe ».

  2. Je pense que le plan-séquence, dans Birdman, rend compte d’une sorte d’éternel retour du personnage, ce que semble montrer le plan-séquence circulaire autour et dans le théâtre. Le procédé me parait donc justifié. Après, j’ai remarqué une ou deux fois où ça cloche, lorsque la caméra doit fastidieusement redescendre (ou remonter) pour retrouver un autre personnage dans un autre lieu.

    Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé la profondeur psychologique de Keaton grandie par le procédé. Ce serait plutôt une surdose de dialogues redondants qui m’ont quelques peu agacé, sans gâcher le plaisir non plus.

  3. Ta réponse (comme celle de Borat sur mon blog) traduit à merveille l’effet pervers du procédé : on en vient à chercher les coutures, à trouver la faille dans le dispositif de mise en scène alors qu’on devrait au contraire l’oublier. Inarritu avait-il besoin de nous infliger ça pendant une heure et demie juste pour représenter l’éternel (non)-retour de l’acteur ? J’en doute. Quant à la surdose de dialogues, de clins d’œil, de citations et de références (l’anecdote Clooney dans l’avion, franchement) je ne peux qu’être d’accord, elle est particulièrement soûlante. J’arrête là, après ça va se voir que j’ai pas aimé 😉

  4. L’oublier est facile et difficile, parce que d’une part on sait déjà que le film procède comme ça et la première vision force à repérer chaque détail. Mais on peut très bien l’oublier en s’identifiant à Keaton après. En revanche, je ne peux qu’être d’accord sur le fait que c’était pas une obligation de choisir cette technique.

    Certaines références méta sont clairement de trop, mais il y en a des biens trouvées (la journaliste niaise à propos de Barthes ;)).

  5. Même là c’est limite trop. On devrait pouvoir oublier le procédé passé les premières minutes (moi je ne savais pas que le tout le film était comme ça) et au contraire, il devient une charge dont on ne peut s’empêcher de traquer les failles. Honnêtement, je doute que naisse chez le spectateur la moindre empathie pour ce Keaton en slip. Pas de ça chez moi en tous cas 😉

  6. Yo !

    Merci pour cet article. Je suis tout à fait d’accord avec ce qui est dit. Un vrai film coup de poing, je ne m’attendais vraiment pas à ça.

    Voici ce que j’en pense plus en détail :

    A plus ! 😮

  7. C’est fou comme j’ai détesté ce film, encore plus que les autres films d’Inarritu (oui, j’ai une dent contre ce type). Personnellement, j’ai surtout eu l’impression que ce plan séquence cachait toutes les lacunes du scénario qui part dans tous les sens en voulant parler de trop de choses à la fois ! Non seulement je me suis ennuyée comme un rat et je me suis lamentée, mais en plus je n’en pouvais plus de cette batterie derrière, très mal utilisée. Quant aux acteurs, bof. Keaton est pas mal mais honnêtement sa performance ne m’a pas emballée des masses – je suis même soulagée qu’il n’ait pas eu l’Oscar – et j’ai détesté les seconds rôles (surtout Norton et Stone, qui en font des caisses).

  8. C’est un film qui adore ou qu’on déteste je pense. J’ai été captivé par Keaton et le propos du film que j’en ai oublié la batterie, les quelques défauts liés au plan-séquence… Les seconds rôles qui en font des caisses vont de pairs avec la théâtralité du film. Mais c’est vrai que pour ce réalisateur, c’est son film le moins facile d’accès.

  9. Pas bien compris tout le tapage autour de ce film. En dehors de la prestation de Keaton, je trouve qu’il n’y a pas grand-chose à retenir. Ah si, il y a ces roulements de batterie insupportables qui ponctuent régulièrement le film, avec un fond sonore pseudo jazzy. Berk !

  10. Eh bien, on peut dire que le dernier Inarritu ne fait pas l’unanimité, loin de là ! Autant la mise en abime de la création artistique que le procédé même du film m’ont convaincu, et puis c’est assez rare de voir un réalisateur bien installé dans ses principes et l’estime qui va avec se remettre en question et bouleverser ses méthodes.

  11. Bah disons que ce genre de film ne me parle absolument pas. Enfin, personnellement, me suis bien fait suer !

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