Gamera contre Barugon, de Shigeo Tanaka (1966)

Gamera contre Barugon

        Gamera ne chôme pas, les gars ! Enclenché en 1965 avec le film sobrement intitulé Gamera, la tortue géante réveillée par des expériences militaires terrorise, pardon fait rigoler les spectateurs à raison d’un film par an jusqu’au début des années 70. Le premier du nom, qui rappelons-le dois tout au hasard (il s’agissait d’un film de rats géants mais, faute de rats incontrôlables lors du tournage, les producteurs leur ont substitué une tortue géante !), est un succès surprise lors de sa sortie, faisant de la créature un sérieux concurrent au Godzilla de la Toho. Si ce premier film en noir & blanc offre une qualité indéniable (scénario, effets spéciaux, décors, mise en scène) et une bonne tranche de petits détails désopilants (certains dialogues ne s’inventent pas), le reste de la franchise, durant sa période initiale, laisse beaucoup à désirer. La faute à un ciblage essentiellement enfantin et donc aux éléments qui vont avec, notamment des personnages d’enfants insupportables qui tiennent le rôle titre, à des chansons insipides dont seules les Japonais et les années 60 ont le secret. Et puis disons-le, il faut se les farcir les suites innombrables qui utilisent les stock-shots des précédents films sans souci de cohérence narrative ni de respect photographique (il fait jour, ah il fait nuit, dis donc c’est qu’il dure long le combat entre les monstres ou c’est moi qui ait un problème de décalage horaire ?!).

Qu’à cela ne tienne, le deuxième film de la franchise tient largement la route et propose sans souci le spectacle le plus correct dont on peut attendre de Gamera. Seul film de la franchise dont Noriaki Yuasa laisse son poste de réalisateur au profit de Shigeo Tanaka, Gamera contre Barugon commence comme un film d’aventure typique sur une île exotique où une opale découverte se révèle être l’œuf du monstre Barugon (sorte de reptile mutant, vérifiez dans votre Encyclopédie des espèces bizarres et étranges dont l’existence ne tient qu’aux descriptions ambiguës d’individus ayant au minimum 3 grammes d’alcool par litre de sang, volume III, page 356), qui sous l’effet des infra-rouges, devient gigantesque (mais ça, tout biologiste qui se respecte le sait). Présentation des personnages et rappel des événements du premier film tiennent lieux ici de première partie du film, assez poussive et statique. Les scènes de destruction se font attendre, mais le spectacle vaut l’attente. Quand Barugon décide de se pointer pour casser du building, il ne se fiche pas de nous ! Certes, les moins de vingt (trente ?) ans ne pourront que regarder la chose qu’avec un sourire moqueur. Avec ses combats entre deux titans campés par des acteurs dans des costumes en latex, difficile d’avoir un regard sérieux, mais néanmoins cela n’empêche pas le film de comporter une certaine poésie caoutchouc. Et même si tout cela date d’un autre âge du cinéma, on remarque encore un sens de la mise en scène très convaincant pour mettre en évidence la taille des monstres et la fureur des combats. Tanaka, qui vient du film épique et d’aventure, utilise des cadrages et un sens de la profondeur de champ propres à ces genres. Sur un film comme Gamera, cela permet de renforcer le spectaculaire tout en effaçant – du moins, pour l’époque – l’artifice du cinéma et de l’histoire narrée. Un simple gros plan sur une maquette de ville permet de faire oublier le plan large d’ensemble initiale, et fait littéralement « gonfler » la taille de Gamera et de Barugon. Une astuce qui ne se dément pas, à revoir certaines scènes du Seigneur des anneaux.

        Outre une réalisation efficace et l’apport de la couleur qui offre un ton pop 60’s au charme fou, Tanaka a aussi le mérite d’apporter à la franchise un ton plus sombre, un scénario original tout en s’intégrant dans les codes du genre (mais qui conserve un côté moralisateur), ou encore un montage plus complexe qu’il n’y parait (les conflits entre les personnages humains renvoient aux combats entre les monstres). Autant d’éléments qui font de Gamera contre Barugon l’un des meilleurs de la saga (ce n’est pas difficile en même temps), offrant de purs moments de cinéma gonzo à base de rayons arc-en-ciel, de fumée cryogénique et de flammes entre tortue et monstre reptilien !

Dr. Gonzo

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2 réflexions sur « Gamera contre Barugon, de Shigeo Tanaka (1966) »

  1. Merci ! Je n’ai que des couronnes danoises et des anciens (anciens) Francs, mais je parie aussi sur la tortue géniale (qui actuellement se repose avant de retourner protéger le Japon).

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